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Brèves
Le Collège de Genève cherche les siens
samedi 9 février
Un article de la Tribune de Genève l’annonce : il reste environ 450 jours avant que les festivités ne débutent. Anciens élèves, inscrivez-vous nombreux, incitez vos anciens camarades à faire de même, pour que la fête soit belle !
 
Yelmarc Roulet , Le Temps, le 21 mars 2009
Esprits de Calvin
samedi 25 avril 2009
Le Collège Calvin fête cette année son 450e anniversaire. Visite guidée avec l’esprit du réformateur

Les combles du Collège Calvin. (Eddy Mottaz)
Les combles du Collège Calvin. (Eddy Mottaz)

Le Collège Calvin, à Genève, a toujours la réputation d’être le gymnase des « bourges ». Mais ça ne se voit pas vraiment. Sauf peut-être à la marée de petites motos à l’entrée de l’établissement. A l’heure de midi, dans la cour, les élèves pique-niquent dans une musique tonitruante. Le panneau indicateur des divers services est illisible sous les tags. Quant aux locaux, ils sont pour partie d’entre eux d’une vétusté stupéfiante. L’élite genevoise, qui s’y est formée durant des siècles, tomberait-elle en poussière ?

« Préparer au ministère »

Alors que le vénérable collège genevois célèbre ces jours ses 450 ans, ses façades disparaissent sous les échafaudages. La rénovation tant attendue se produit enfin. Encore que les travaux, planifiés sur quatre ans, ne concernent pas l’intérieur. Avis aux amateurs, on peut admirer la charpente d’origine, fierté du patrimoine cantonal, qui est à ciel ouvert. La toiture qui fuyait sera refaite à neuf.

Quand le Collège de Genève est créé, en 1559, « pour instruire les enfants aux langues et sciences humaines, afin de les préparer tant au ministère qu’au gouvernement civil », Calvin est dans ses dernières années. Il avait dû beaucoup se battre pour instituer ce qui allait devenir un véritable bras armé dans la diffusion des idées réformées et la formation des pasteurs à l’échelle européenne. En même temps qu’à la Réforme, en 1536, Genève avait adhéré au principe de l’école obligatoire. Un idéal qui restera déclamatoire pendant longtemps.

Des humanités aux sciences

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que les humanités s’ouvrent aux sciences. Professeur de philosophie dans la maison, Horace Bénédict de Saussure plaidera en vain en 1774 pour une école orientée vers la concorde civile et la démocratisation. Ce ne sera qu’avec la Régénération des années 1830 que ces idées d’ouverture et de cohésion sociale se concrétiseront. En 1836, l’introduction des « classes françaises », autrement dit sans latin, répond aux besoins des commerçants, ouvre le temps des filières scolaires.

On est entré dans l’ère de la méritocratie. L’onction du mérite personnel est donnée par l’école, qui ouvre ainsi la porte à l’ascension sociale malgré les situations héritées.

Le premier catholique

A la même époque, le poids prépondérant de la Compagnie des pasteurs dans le choix des enseignants est fortement remis en question. Les liens étroits entre élite genevoise et calvinisme n’en sont pas pour autant rompus, loin de là. Au point qu’en 1986 encore, lorsque Jacques Fleury, catholique et marqué comme tel, pose sa candidature au poste de directeur, il se demande si ça peut vraiment marcher. Cela marchera. Le premier patron non protestant du Collège Calvin est sur le point de prendre sa retraite, juste après les festivités du 450e anniversaire.

Les deux ailes d’origine du Collège de Genève ont été élevées dans le plus pur style maniériste de la cour de France, relève Pierre Monnoyeur, auteur d’un ouvrage sur l’architecture du monument, à paraître prochainement. La couleur n’en était pas absente, ni la fantaisie, comme pour démentir la réputation rigoriste du calvinisme. L’une des aulas était décorée des colonnes de la drôlerie, à voir aujourd’hui au musée de la Maison Tavel.

La désaffection

L’aspect actuel du bâtiment doit surtout à l’œuvre de l’architecte Louis Viollier, qui, à la toute fin du XIXe siècle, a homogénéisé les éléments existants dans un ensemble néorenaissance.

Le bâtiment a été classé en 1921. Mais il n’est pas devenu une vedette du patrimoine, malgré l’attachement fort de ceux qui y ont fait leurs classes. On a même failli le détruire. « Le XVIe siècle ne fait pas rêver, ou alors c’est l’enseignement, constate Pierre Monnoyeur avec un mélange d’ironie et de dépit. Dans les guides touristiques, le collège a subi un déclassement irrémédiable depuis le XIXe siècle, à l’inverse du statut pris par la cathédrale. On ne trouve même plus de carte postale. »

« La République est au collège »

Reste la formidable pérennité de cette institution d’enseignement. « A l’emplacement de la salle où nous nous trouvons se situaient à l’origine les logements des lecteurs », explique Charles Magnin, professeur d’histoire de l’éducation à l’Université de Genève. Une permanence qui n’est du reste pas unique. Fait remarquable, les quatre collèges institués au XVIe siècle en Suisse romande – Genève et Lausanne pour les protestants, Fribourg et Porrentruy en terres catholiques – abritent encore des activités d’enseignement. Jusqu’à très récemment dans sa longue histoire, le Collège de Genève était le seul établissement secondaire supérieur du canton, la seule porte vers l’Université. Il y régnait donc un esprit de corps très important. « La République est au collège », nous disait-on, se souvient l’ancien élève Charles Magnin : « J’y ai vécu une socialisation magnifique par les pairs. C’est a posteriori que j’ai compris l’enjeu social, l’élitisme. »

De Jorge à Lova

Henry Dunant, Michel Simon, Jorge Luis Borges figurent sur la liste des anciens élèves de prestige, longue comme un bottin politico-mondain. On y trouve aussi Alain Tanner, Lova Golovtchiner et Bernard Haller.

La mixité, elle, n’existe que depuis 1969. Jusqu’alors, les étudiantes étaient formées à l’Ecole supérieure de jeunes filles. La naissance des Cycles d’orientation a privé le collège de ses trois degrés inférieurs. Avec cette réforme du système scolaire, le Collège de Genève, devenu Collège Calvin, n’est plus depuis une trentaine d’années qu’un gymnase genevois parmi douze établissements du même type. Enfin, pas complètement peut-être. La carte scolaire, qui détermine la distribution des élèves dans le canton, continue de lui amener, avec les enfants de la Vieille-Ville et de la rive gauche, d’Hermance à Cologny, une population plutôt privilégiée comptant aujourd’hui 785 élèves. Certains parents, dit-on, tentent encore de contourner le règlement pour envoyer malgré tout leurs enfants à Calvin. C’est donc que le label demeure.

A l’avenir…

Aujourd’hui, l’ère de la méritocratie a vécu. L’idéal est mis en échec. « Depuis Bourdieu, on sait qu’en voulant traiter tous les élèves de la même façon, on contribue à reproduire les inégalités, note Charles Magnin. Il ne suffit plus de faire accéder aux études les élèves pauvres mais doués, mais de sauver les chances de groupes sociaux entiers. La notion d’élite n’a plus cours non plus. On cherche plutôt à rassembler toutes les forces de la société. Mais sur quelles valeurs créer le lien social ? La crise financière met le doigt sur la crise des valeurs. » La réflexion sur l’avenir de la formation humaniste ne fait que commencer.