Les nations et les nationalismes de 1850 à 1914environ 80 textes, 40 pages A4 Entre [...] = indications hors textes
Nations et nationalismes de 1850 à 1914(programme de première en France, dossier établi par François Joslin)
Décret prescrivant les mesures à prendre quand la patrie est en danger 5 juillet 1792 Considérant qu'il est de son devoir d'aller au-devant de cet événement possible, et de prévenir par des dispositions fermes, sages et régulières, une confusion aussi nuisible à la liberté et aux citoyens que le serait alors le danger lui-même ; Voulant qu'à cette époque la surveillance soit générale, l'exécution plus active, et surtout que le glaive de la loi soit sans cesse présent à ceux qui, par une coupable inertie, par des projets perfides ou par l'audace d'une conduite criminelle, tenteraient de déranger l'harmonie de l'Etat ; Convaincue qu'en se réservant le droit de déclarer le danger elle en éloigne l'instant, et rappelle la tranquillité dans l'âme des bons citoyens ; Pénétrée de son serment de vivre libre ou mourir, et de maintenir la Constitution ; forte du sentiment de ses devoirs et des voeux du peuple, pour lequel elle existe, décrète qu'il y a urgence. L'assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de sa commission des douze, et décrété l'urgence, décrète ce qui suit : Art. 1er. Lorsque la sûreté intérieure ou la sûreté extérieure de l'Etat seront menacées, et que le corps législatif aura jugé indispensable de prendre des mesures extraordinaires, elle le déclarera par un acte du corps législatif conçu en ces termes : " Citoyens, la patrie est en danger ". 2. Aussitôt après la déclaration publiée, les conseils de département et de district se rassembleront, et seront, ainsi que les municipalités et les conseils généraux des communes, en surveillance permanente ; dès ce moment aucun fonctionnaire public ne pourra s'éloigner ou rester éloigné de son poste. 3. Tous les citoyens en état de porter les armes, et ayant déjà fait le service de gardes nationales, seront aussi en état d'activité permanente. (cartouches.)" Décret de la Convention, 15-17 décembre 1792. 2. Ils convoqueront le peuple pour créer une administration provisoire. (...) 9. L'administration provisoire cessera dès que les habitants, après avoir déclaré la souveraineté et l'indépendance du peuple, la liberté et l'égalité, auront établi une forme de gouvernement libre et populaire." Proclamation de Dumouriez, décembre 1792 Bonaparte à Talleyrand, ministre des relations extérieures (...) J'ai l'honneur de vous le répéter : peu à peu le peuple de la République cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté. (...) Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup trop vive dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes les opérations la vraie politique, qui n'est autre chose que le calcul des combinaisons et des chances, nous serons pour longtemps la grande nation et l'arbitre de l'Europe. Je dis plus : nous tenons la balance de l'Europe; nous la ferons pencher comme nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du destin, je ne vois point d'impossibilité à ce qu'on arrive en peu d'années à ces grands résultats que l'imagination échauffée et enthousiaste entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant et raisonné, atteindra seul. (...) Paris, 10 décembre 1797" Bonaparte : allocution au directoire exécutif La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, depuis vingt siècles, gouverné l'Europe ; mais de la paix que vous venez de conclure date l'ère des Gouvernements représentatifs. Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le vaste territoire n'est circonscrit que parce que la nature en a posé elle-même les limites. Vous avez fait plus. Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres par les arts, les sciences et les grands hommes dont elles furent le berceau, voient, avec les plus belles espérances, le génie de la liberté sortir des tombeaux de leurs ancêtres. Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont placer deux puissantes nations. (...) Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre. Paris, 26 décembre 1797" Bonaparte : Au Président de l'Institut National Proclamation de Napoléon 1er aux Espagnols, mai 1808.
Napoléon, père des nations d'Europe ? (11 novembre 1816)- ajout au dossier de M. Joslin
L'agglomération de trente ou quarante millions de Français était faite et parfaite ; celle des quinze millions d'Espagnols l'étaient à peu près aussi (...). Quant aux quinze millions d'Italiens, l'agglomération était déjà fort avancée : il ne fallait plus que vieillir, et chaque jour mûrissait chez eux l'unité de principes et de législation, celle de penser et de sentir, ce ciment assuré, infaillible, des agglomérations humaines. La réunion du Piémont à la France, celle de Parme, de la Toscane, de Rome, n'avaient été que temporaires dans ma pensée, et n'avaient d'autre but que de surveiller, garantir et avancer l'éducation nationale des Italiens. (...) L'agglomération des Allemands demandait plus de lenteur, aussi n'avais-je fait que simplifier leur monstrueuse complication ; non qu'ils ne fussent préparés pour la centralisation ; ils l'étaient trop au contraire, ils eussent pu réagir aveuglément sur nous avant de nous comprendre. Comment est-il arrivé qu'aucun prince allemand n'ait jugé les dispositions de sa nation, ou n'ait pas su en profiter ? Assurément si le ciel m'eût fait naître prince allemand, au travers des nombreuses crises de nos jours, j'eusse gouverné infailliblement les trente millions d'Allemands réunis ; et pour ce que je crois connaître d'eux, je pense encore que, si une fois ils m'eussent élu et proclamé, ils ne m'auraient jamais abandonné, et je ne serais pas ici... (...) Quoiqu'il en soit, cette agglomération arrivera tôt ou tard par la force des choses : l'impulsion est donnée, et je pense pas qu'après ma chute et la disparition de mon système, il y ait en Europe d'autre grand équilibre possible que l'agglomération et la confédération des grands peuples. Le premier souverain qui, au lieu de la première grande mêlée, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à la tête de toute l'Europe, et pourra tenter tout ce qu'il voudra. (...) »
Mais bientôt le ciel se noircit : une race d'hommes pervers, indignes d'être l'instrument du bien, disputa les fruits de la domination ; ils se massacrèrent entre eux, opprimèrent les peuples voisins, leurs frères nouveaux, et leurs envoyèrent des essaims d'hommes rapaces. Tous nous pillèrent, tous accumulèrent nos dépouilles ; ils semblaient n'avoir d'autre crainte que de laisser échapper quelque chose de ce pillage pour le lendemain. (...) Nous n'eûmes tous que la seule pensée, et nous fîmes tous le serment de venger des outrages nombreux et la perte amère d'une espérance doublement trompée."
... parée de mobiles religieux. « Conformément aux paroles des Saintes Écritures, qui ordonnent à tous les hommes de se regarder comme frères, les trois monarques contractants demeureront unis par les liens d'une fraternité véritable et indissoluble, et, se considérant comme compatriotes, ils se prêteront en toute occasion et en tout lieu assistance, aide et secours ; se regardant envers leurs sujets et leurs armées comme des pères de famille, ils les dirigeront dans le même esprit de confraternité dont ils sont animés pour protéger la religion, la paix et la justice... Leurs Majestés recommandent avec la plus grande sollicitude à leurs peuples, comme unique moyen de jouir de cette paix qui naît de la bonne conscience, et qui est la seule durable, de se fortifier chaque jour davantage dans les principes et l'exercice des devoirs que le divin seigneur a enseigné aux hommes. »
"(...) La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés. (...) A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit. Les oeuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d'énormes cités ; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la population à l'abrutissement de la vie des champs. De même qu'elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l'Orient à l'Occident. La bourgeoisie supprime de plus en plus l'émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence totale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier. »
Document 2 Document 3 (...) C'est à eux, à leur langue et à leur manière de penser que nous sommes redevables, nous, les plus directs héritiers de leur sol, d'être encore des Allemands (...) C'est à eux que nous sommes redevables de tout notre passé national et, s'il n'en est pas fini de nous, tant qu'il restera dans nos veines une dernière goutte de leur sang, c'est à eux que nous devrons tout ce que nous serons à l'avenir."
Ce n'est pas la race : jetez en effet les yeux sur l'Europe et vous verrez bien que les peuples ne sont presque jamais constitués d'après leur origine primitive. Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou commerciaux sont ce qui a groupé les populations et fondé les États. Chaque nation s'est ainsi peu à peu formée, chaque patrie s'est dessinée sans qu'on se soit préoccupé de ces raisons ethnographiques que vous voudriez mettre à la mode. Si les nations correspondaient aux races, la Belgique serait à la France, le Portugal à l'Espagne, la Hollande à la Prusse ; en revanche, l'Écosse se détacherait de l'Angleterre, à laquelle elle est si étroitement liée depuis un siècle et demi, la Russie et l'Autriche se diviseraient chacune en trois ou quatre tronçons. (...) La langue n'est pas non plus le signe caractéristique de la nationalité. On parle cinq langues en France, et pourtant personne ne s'avise de douter de notre unité nationale. On parle trois langues en Suisse : la Suisse en est-elle moins une seule nation, et direz-vous qu'elle manque de patriotisme ? (...) Vous vous targuez de ce qu'on parle allemand à Strasbourg ; en est-il moins vrai que c'est à Strasbourg que l'on a chanté pour la première fois la Marseillaise ? Ce qui distingue les nations, ce n'est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur coeur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances. Voilà ce qui fait la patrie. Voilà pourquoi les hommes veulent marcher ensemble, travailler ensemble, combattre ensemble, vivre et mourir les uns pour les autres. La patrie, c'est ce qu'on aime. Il se peut que l'Alsace soit allemande par la race et par le langage ; mais par la nationalité et le sentiment de la patrie elle est française. Et savez-vous ce qui l'a rendue française ? Ce n'est pas Louis XIV, c'est notre révolution de 1789. Depuis ce moment, l'Alsace a suivi toutes nos destinées ; elle a vécu notre vie. Tout ce que nous pensions, elle le pensait ; tout ce que nous sentions, elle le sentait. Elle a partagé nos victoires et nos revers, notre gloire et nos fautes, toutes nos joies et nos douleurs. Elle n'a rien eu de commun avec vous. La patrie, pour elle, c'est la France. L'étranger, pour elle, c'est l'Allemagne." La nation selon E. Renan Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. II - Les nationalisme facteurs d'UNIFICATION / Les unités italiennes et allemandes
(...) C'est à eux, à leur langue et à leur manière de penser que nous sommes redevables, nous, les plus directs héritiers de leur sol, d'être encore des Allemands (...) C'est à eux que nous sommes redevables de tout notre passé national et, s'il n'en est pas fini de nous, tant qu'il restera dans nos veines une dernière goutte de leur sang, c'est à eux que nous devrons tout ce que nous serons à l'avenir." Les aspirations à l'unité italienne. Nous n'avons pas de drapeau, pas de nom politique, pas de rang parmi les nations européennes. Nous n'avons pas de centre commun, pas de pacte commun, pas de marché commun. Nous sommes démembrés en huit États indépendants l'un de l'autre, sans alliances, sans unité de vue, sans contacts réciproques réguliers. Un de ces Etats , comprenant à peu près le quart de la péninsule appartient à l'Autriche ; les autres, quelques uns par des liens de famille, tous par leur sentiment de faiblesse, en subissent aveuglément l'influence."
Dans un pays où la plupart des fabriques sont fermées ou traînent une misérable existence, où les foires et les marchés sont encombrés de marchandises étrangères, où la majeure partie des négociants ne font pour ainsi dire plus d'affaires, est-il nécessaire de prouver que le mal est à son comble ? Trente-huit lignes de douane paralysent le commerce intérieur et produisent à peu près le même effet que si on liait les membres du corps humain pour empêcher le sang de circuler de l'un à l'autre. Les soussignés osent en conséquence supplier la Diète : 1) de supprimer les douanes à l'intérieur de l'Allemagne, 2) d'établir vis-à-vis des nations étrangères un système commun de douane fondé sur le principe de rétorsion, jusqu'à ce que des nations adoptent le principe de la liberté du commerce européen." Les conséquences économiques de la division de l'Allemagne Le programme du Nationalverein en 1860 par un député Libéral du Landtag de Prusse, SchutzeDelitzsch. Mais, Messieurs, de même que la nécessité où nous nous trouvons, en tant que Prussiens, de devoir combattre pour nos droits constitutionnels donne toute sa valeur à notre vie politique, de même est-il dans le destin du peuple allemand de combattre pour son unité et de ne la devoir qu'à lui-même. C'est sans doute le trait marquant du XIXe siècle et ce qui le distingue du XVIIIe, que ce ne soient plus quelques monarques supérieurement doués et dépassant leurs peuples par les lumières qui tracent les voies de l'avenir, en entraînant péniblement ces peuples dans leur sillage. Non, Messieurs, les choses se présentent différemment en notre temps : ce sont les peuples qui sont à la pointe du progrès humain et politique, et ce sont les princes qui sont dans leur sillage. Je pense que nous devons avoir constamment à l'esprit ce qui suit : nous ne travaillons pas pour les dynastes allemands, ni pour les Hohenzollern, ni pour les Habsbourg, nous ne travaillons que pour nous, pour le peuple allemand... » L'unité italienne se fera grâce au Piémont (...) Si l'action des chemins de fer doit diminuer ces obstacles, et peut-être même les faire disparaître, il en découle naturellement cette conséquence que ce sera une des circonstances qui doit le plus favoriser l'esprit de nationalité italienne. Un système de communications qui provoquera un mouvement incessant de personnes en tout sens (...) devra puissamment contribuer à détruire les mesquines passions municipales, filles de l'ignorance et des préjugés (...).»
Les Lombards fut porté aux nues. Les gens modestes commençaient à assiéger les galeries dès trois heures de l'après-midi, en apportant leur panier, si bien que le rideau se levait dans des effluves de saucisson à l'ail ! (...) Le fameux choeur « Ô Dieu de notre toit natal » provoqua l'une des premières manifestations politiques qui signalèrent le réveil des Lombards-Vénitiens." La nécessité d'une langue commune Pour remédier à de tels usages la solution serait de posséder en commun une langue qui puisse offrir les mêmes usages [que ces idiomes régionaux] et grâce à laquelle les gens seraient conscients d'avoir changé la manière de s'exprimer, mais pas d'avoir appauvri leurs facultés d'expression. Et, pour posséder cette langue, il faut l'acquérir. Or, pour l'acquérir, il faut d'abord la reconnaître et dire d'un commun accord: la voici [c'est le toscan] " Contre l'hégémonie de la langue toscane [C'est ce qui explique] que cette solide unité linguistique dont se réjouit la France ou l'Allemagne ne peut être un argument pour étendre légitimement le pur idiome florentin à l'Italie entière. Ni même de l'espérer." L'affirmation de l'unité culturelle allemande Actuellement, nous souffrons des illusions de nos pères. (...) Nous sommes des vaincus : il dépendra de nous désormais de mériter le mépris ; il dépendra de nous de perdre, après tous nos autres malheurs, même l'honneur. Le combat [entre Allemands] avec les armes est fini ; voici que va commencer le combat des principes, des moeurs, des caractères. Donnons à nos hôtes [les autres Européens] le spectacle d'une amitié fidèle pour la patrie, (...) d'une honnêteté inattaquable de l'amour du devoir : l'image de toutes les vertus civiles. Le territoire allemand est divisé en une multitude d'états indépendants et parfois rivaux."
2) Garibaldi 3) Bismarck
La vallée du Pô, la Romagne et les Légations formeraient un Royaume de Haute-Italie, sous la Maison de Savoie. Rome et ses environs immédiats seraient laissés au Pape (1). Le reste des États du Pape, ainsi que la Toscane, formeraient un royaume d'Italie centrale. La frontière napolitaine ne subirait aucune modification. Ces quatre Etats italiens formeraient une confédération sur le modèle de la confédération germanique, dont la présidence serait donnée au Pape. » La politique de Cavour en 1856. L'empereur Napoléon III ne peut pas être contre cette guerre. Il la désire dans le fond de son coeur. En voyant l'Angleterre décidée à entrer en lice, il nous aidera certainement. (...) Les dernières entrevues que j'ai eues avec lui et ses ministres étaient de nature à frayer le chemin vers une déclaration de guerre [à l'Autriche]." Le Sud encore à conquérir. « Le facteur devait, en conditions normales, venir une fois par semaine. Grâce aux brigands installés dans la montagne et qui le dévalisaient une fois sur deux, la semaine devenait quinzaine... Celui qui devait se rendre à Naples ne partait pas sans avoir fait auparavant son testament; celui qui avait dépassé le phare de Messine acquérait une telle réputation dans le pays que sa salive devenait un médicament pour la guérison des eczémas... » L'aristocratie sicilienne dispose de « clientèles » d'un genre particulier : Mais les combats menés par les Piémontais après 1861 sont-ils seulement une lutte contre le brigandage ?
Le choix de la guerre (1866). L'influence de la victoire de Sadowa sur l'opinion allemande Jamais sans doute une guerre n'a été manigancée de façon aussi éhontée, avec une légèreté aussi scandaleuse que celle que Bismarck est en train de monter contre l'Autriche. (...) Je suis un partisan convaincu de l'influence prussienne en Allemagne du Nord, bien que je n'aie que peu de sympathie pour le système politique actuel en Prusse (...) . Tout le monde ici déteste cette guerre, personne ne peut s'accommoder de l'idée que l'issue inéluctable de la lutte sera ce que nous devons souhaiter. Nous allons voir des Allemands prendre les armes contre les Allemands, bref une guerre civile." "19 août 1866 (...) Quel bonheur enviable de vivre à notre époque présente et d'avoir pu être témoins de ce tournant de l'histoire de l'Allemagne (...) . Des années durant (...) j'ai souhaité un Cavour allemand ou un Garibaldi comme Messie pour mon pays. Et voilà qu'il vient d'apparaître dans la personne de ce Bismarck, que l'on a trop dénigré. (...) Je m'incline très bas devant le génie de Bismarck, qui a porté à son sommet un chef-d'oeuvre d'intelligence politique et d'action, comme il est rare d'en trouver un exemple dans l'histoire." III - DES NATIONALISMES FACTEURS DE TENSIONS
Le dualisme contesté « Dans les écoles publiques, les élèves slovaques traversent un douloureux purgatoire, houspillés et brimés s'ils demeurent fidèles à leur langue nationale, caressés, choyés, protégés, s'ils se convertissent à la vraie patrie magyare. Pour leur épargner ces épreuves et ces tentations, les Slovaques avaient réussi à fonder à leurs frais trois gymnases (1). On ouvrit, dès 1874, une enquête sur le lycée de Revuea. Le surintendant conclut que « les tendances slaves, et par conséquent anti-magyares ne permettaient pas d'espérer de l'enseignement des résultats favorables et utiles à la patrie » ; le gymnase est aussitôt fermé. Le ministre, mis en appétit, envoie une deuxième commission inspecter le gymnase de Zniov. Elle ne constate aucun abus. Le ministre s'avise que les bâtiments sont vieux (...) Peut-être, mais nous allons inaugurer un nouveau local. Les murs ne sont pas assez secs. En pleine période scolaire, les élèves sont mis à la porte et le lycée fermé. Depuis, toutes les demandes des églises et des communes pour fonder de nouveaux gymnases sont restées sans réponse. En revanche, sur le territoire slovaque, on compte 4 facultés, de droit, 36 écoles moyennes, 15 écoles normales, toutes uniquement magyares.» (E. Denis, « La Question d'Autriche et les Slovaques », Éditions Delagrave, 1917.) (1) Lycées. Les principales contestations du dualisme viennent des Slaves du sud et des Tchèques, dont le pays est le plus développé sur le plan économique. UNE VILLE COMME LES AUTRES EN AUTRICHE-HONGRIE Dans les écoles non allemandes de la ville, on n'épargnait pas les allusions au fait que la ville n'était pas allemande, « et que les Allemands étaient un peuple de voleurs qui s'appropriaient jusqu'au passé des autres ». Que cela ne fût pas interdit était curieux, mais relevait de la sage modération cacanienne. Il y avait alors en Cacanie nombre de villes analogues, et toutes présentaient le même aspect." Langues et revendications nationales dans l'empire austro-hongrois. "Appelés à présenter une adresse à Sa Majesté l'Empereur et Roi à l'occasion de l'ouverture de leur session, les députés du Landtag croate ont profité de l'occasion pour développer le programme de leurs ambitions nationales. Ils ne se bornent pas à réclamer pour leurs frères de la Bosnie et de l'Herzégovine un affranchissement définitif du joug qui les soumettait à la domination turque. Ils émettent la prétention que ces provinces soient incorporées dans un vaste Royaume comprenant, outre la Croatie actuelle, la Dalmatie et les Confins militaires (1) qui en ont été naguère détachés. Il ne s'agirait de rien moins que de la constitution au sein de la Monarchie d'un troisième État ayant les mômes droits, la même autonomie, la même organisation politique que les deux pays qui composent actuellement l'Autriche-Hongrie, (...). Il est permis de penser qu'ils ont trouvé l'occasion favorable pour prendre acte de ce qu'ils considèrent comme leurs droits et pour semer le germe de leur programme national, comptant sur le temps pour le faire fructifier."
Bien avant l'arrivée des Magyars, nos aïeux appelèrent cette terre leur patrie. Aussi, il est nécessaire de reconnaître notre personnalité nationale sur le territoire où elle s'étend en tant que masse continue et ininterrompue sous le nom de Région slovaque de la Haute Hongrie, en modifiant la frontière des départements d'après le critère ethnique. Les limites fictives des quatre districts actuels de notre patrie feraient place à des limites vivantes, définies non pas par la décision arbitraire des hommes, mais par la langue et la nationalité et, par conséquent, par la volonté de Dieu et la nature elle-même. Cette langue qui personnifie la nation dans le monde de l'esprit, qui est son unique moyen d'expression, l'unique stimulant de sa culture, ne doit pas être ravalée sur le territoire national, c'est-à-dire dans sa propre maison, par un rôle secondaire, au rang de servante. Elle doit être, au contraire, remise à la place qui lui revient dans les limites qui servent de cadre à la vie nationale. Les affaires des citoyens devant les services administratifs et judiciaires seront tout naturellement traitées dans leurs langues nationales. Nous adoptons pour devise : Une patrie libre et constitutionnelle fondée sur la liberté, l'égalité et la fraternité des nations." L'AFFIRMATION DE LA LANGUE TCHÈQUE AUX DÉPENS DE L'ALLEMAND
Quand, en 1854, ma grand-mère mourut, mon père n'eut à la maison personne avec qui parler allemand, et la langue tchèque domina complètement dans notre foyer. Ma soeur et moi sommes nés dans un foyer bilingue et nous avons appris aussi l'allemand ; mais, pour nos frères et soeurs plus jeunes, ce ne fut pas le cas. En un mot : dans notre maison, l'allemand dominait ; avec l'arrivée de ma mère et l'accroissement de la famille, augmenta la domination du tchèque. Avec la mort de ma grand-mère, se termina la langue allemande. Cela se passa souvent dans d'autres familles, selon mes souvenirs. Dans un foyer allemand entra une épouse tchèque, les enfants devinrent tchèques ; les membres allemands du foyer, restes de la période allemande, moururent ou partirent ; le père allemand n'avait plus à qui parler et dans le foyer régna seul le tchèque." Les Tchèques luttent contre la germanisation Problèmes linguistiques En cinquième, nous avions pour le latin et le grec un professeur nommé Vendelin Forster, qui devint célèbre romaniste, mais qui n'était encore qu'un rude Germain. Il prononçait le grec à l'allemande et prétendait nous y contraindre aussi. Pour l'ennuyer, je commençais à prononcer le latin à la tchèque. (...) Naturellement Forster entra en fureur, mais je répliquai : "Monsieur le Professeur, vous qui êtes allemand, vous prononcez le latin et le grec à l'allemande. Moi qui suis tchèque, je prononce le latin à la tchèque." Je n'en voulus pas démordre même quand le directeur me fit venir dans son bureau. Je reçus un zéro de conduite pour insubordination et insolence. » Une langue d'Etat En Hongrie, tout est beaucoup plus simple, car, ici, l'état s'identifie à une nationalité. Alors que la Cisleithanie se reconnaît comme un ensemble multinational, la doctrine officielle de la classe magyare veut que la Hongrie constitue un État national. Donnant au concept de nation un contenu politique distinct des attaches ethniques et linguistiques, elle soutient le postulat que les sujets du royaume de saint Étienne forment un seul peuple. La logique de cette thèse conduit le gouvernement de Budapest à opposer une fin de non-recevoir à toute revendication d'autonomie nationale formulée par les peuples minoritaires. Seule la Croatie bénéficie, depuis 1868, d'un statut particulier qui reconnaît sa personnalité politique et fixe les droits nationaux des Croates. Encore les autorités hongroises ne ménagent-elles pas leurs efforts pour vider ce compromis d'une partie de sa substance, en favorisant outrageusement le parti magyaron acquis à une politique de collaboration avec Budapest. » L'AUTRICHE MULTINATIONALE EST-ELLE VIABLE ?
Si j'étends mon regard au-delà des frontières tchèques, des raisons naturelles et historiques me forcent à ne pas le tourner vers Francfort, mais vers Vienne, afin que j'y trouve son centre, qui est appelé à rassurer mon peuple et à défendre sa tranquillité, sa liberté et ses droits. (...) Pour le salut de l'Europe, Vienne ne doit pas être dégradée et devenir une ville provinciale. S'il y a à Vienne des gens qui souhaitent même avoir votre Francfort comme capitale, il faut dire à haute voix : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils veulent ! (...) Imaginez l'Empire autrichien divisé en plusieurs républiques et petites républiques - quelle bonne base pour une monarchie universelle russe ! Enfin, pour terminer mon exposé détaillé, mais simple, je dois exprimer en quelques mots ma conviction que celui qui revendique que l'Autriche (et avec elle les pays tchèques) s'unisse sur une base nationale à l'État allemand exige d'elle le suicide (...)." Le sentiment d'un témoin étranger Tchèques et Allemands, Polonais et Ruthènes, Slovènes et Italiens se disputaient sans cesse, et lorsque à force d'insistance et de marchandage une race était parvenue à obtenir un avantage, bien vite les autres s'empressaient de réclamer une compensation. Les cabinets autrichiens, composés des plus hauts fonctionnaires, s'ingéniaient à tenir ces réclamations le plus longtemps possible en suspens ; leur but était de maintenir un équilibre de mécontentement entre toutes les races, et de contenter l'une en indisposant l'autre, s'inspirant en cela du proverbe dalmate: «Un mal partagé est un demi-bonheur. » " Rivalité austro-russe dans les Balkans. Votre Excellence sait avec quelle énergie et quelle persévérance, depuis quinze ou dix-huit mois surtout, l'Autriche a fait sentir son action sur les petits Etats de la péninsule, sur le Monténégro et la Serbie, en Bulgarie, en Roumanie même. Ces Etats sont autant de clients que l'Autriche dispute aujourd'hui avec âpreté à la Russie, et malgré les avantages que donne à cette dernière la communauté de race et de religion, les principautés slaves tombent peu à peu dans l'orbite de la monarchie austro-hongroise. Les questions de chemins de fer, la navigation du Danube, les traités de commerce sont autant de moyens dont le Cabinet de Vienne se sert habilement, et, grâce à la pression des intérêts matériels, il oblige par degrés des populations pauvres et ignorantes à subir son ascendant. La Roumélie, la Macédoine n'échappent pas à ce travail ; les missions catholiques, qui dans cette région étaient depuis longtemps l'un des principaux moyens d'influence du Gouvernement français, se réclament plus volontiers aujourd'hui de l'Empereur François-Joseph. On sent que l'Autriche, ordinairement si prudente dans ses aspirations et si lente dans ses mouvements, est poussée par une main qui ne souffre ni hésitations ni retards."
«La vente des emplois publics est la source principale des revenus de l'État. Le candidat emprunte, à des taux très élevés, [le] prix de l'achat à une maison de commerce arménienne, et le gouvernement laisse aux fermiers généraux le soin d'exploiter les provinces comme ils veulent pour rentrer dans leurs déboursés. (...) Les provinces savent d'avance que le pacha arrive pour les dépouiller ; elles arment en conséquence. On entame des négociations ; si l'entente ne s'établit pas, il y a guerre ; si elle se rompt, soulèvement. (...) L'inférieur ne peut approcher des supérieurs sans cadeaux ; le plaignant est tenu de faire un don à son juge. Employés et officiers reçoivent des pourboires ; mais celui qui accepte le plus de cadeaux, c'est le sultan lui-même. La ressource de l'avilissement du titre des monnaies a été employée jusqu'à épuisement. Il y a douze ans, l'écu espagnol valait 7 piastres ; aujourd'hui, il en vaut 21... Si l'une des premières conditions de tout gouvernement est d'éveiller la confiance, l'administration turque s'inquiète fort peu de remplir cette tâche. Les procédés à l'égard des Grecs, la persécution injuste et cruelle des Arméniens, ces fidèles et riches sujets de la Porte, tant d'autres mesures violentes sont de trop fraîche date pour que personne ne s'avise de placer ses capitaux à longue échéance. Dans un pays où l'industrie est privée de l'élément qui seul permet de réussir, le commerce ne peut être que l'échange des matières premières contre des objets de fabrication étrangère. Dans l'intérieur, personne ne veut s'occuper de la culture en grand du blé, parce que le gouvernement fait ses achats à des prix qu'il fixe lui-même. Les prix imposés par l'administration sont des calamités plus grandes pour le pays que les incendies et la peste tout ensemble. Non seulement cette mesure mine le bien-être, mais elle en tarit encore les sources. Il arrive ainsi que le gouvernement se trouve réduit à acheter son blé à Odessa, tandis que des étendues illimitées de terre fertile restent sans culture sous le ciel le plus clément, aux portes d'une ville de 800'000 habitants. Les membres du corps de cet État, autrefois si puissants, sont frappés de mort, la vie tout entière a reflué vers le coeur, et un soulèvement dans les rues de la capitale peut être le convoi funèbre de la monarchie osmanienne. » Bismarck et la question d'Orient Les projets de la Russie LA RUSSIE ET LA TURQUIE Sous ce rapport, c'est la Russie qui a joué le rôle le plus néfaste (...) Pour poursuivre sa poussée irrésistible vers le sud - la Méditerranée la Russie devait conquérir la Turquie (...). Je ne parlerai pas des innombrables projets de partage de l'empire ottoman que la Russie a voulu conclure ou a conclus avec l'Autriche, la France ou l'Angleterre. Ces projets n'ont pu aboutir à cause de l'impossibilité de partager Constantinople avec ses détroits ; ne pouvant faire une guerre directe de conquête, la Russie a dû s'arrêter à la seule politique possible, celle de l'intervention permanente en Turquie en vue de la protection des chrétiens. Le résultat devait être l'affaiblissement et enfin la désagrégation de la Turquie. Dans les vues de cette politique, il entrait : l° de ne pas permettre à la Turquie de se consolider par une réforme intérieure (...); 2° de ne pas permettre aux États balkaniques, dont la création devait être une étape vers leur conquête définitive par la Russie, de se fortifier par leur union. Ceci enlèverait à la Russie le droit de les protéger. Si nous avons fait cette longue digression dans l'histoire diplomatique de l'Orient, c'est pour montrer qu'aujourd'hui la formation d'une confédération balkanique ne rencontrera plus d'adversaires aussi puissants et aussi implacables que dans le passé. La Russie, affaiblie après la défaite dans l'Extrême-Orient, est entrée (...) dans une phase de recueillement, ne peut plus au moins pour longtemps encore mener une politique agressive dans les Balkans."
A l'égard du Monténégro, la Russie a une dette. La majeure partie des conquêtes monténégrines sur la Turquie a été donnée, sans rime ni raison, en toute propriété à l'Autriche qui n'avait même pas dégainé son épée, qui n'avait pas versé une goutte de sang, et la petite partie qui avait été accordée au Monténégro lui est à présent contestée par la Turquie le long de la frontière albanaise ! L'Autriche a entouré ce pays auparavant libre, d'un cercle de blockhaus en pierre et d'une clôture de baïonnettes, elle le tient en surveillance, littéralement dans la "sphère de son pouvoir", bien que, grâce à la fidélité et à la vaillance du Monténégro et à la sagesse du Prince, elle ne le tienne pas encore dans la "sphère d'influence autrichienne". » La mission de la Russie (1876) Après Pierre * le premier pas de notre politique nouvelle s'est tracé de lui-même : notre devoir était que ce premier pas fût l'union de tout le monde slave sous l'aile, pour ainsi dire, de la Russie. Et non pas pour la conquête, non pas pour la contrainte, ce premier pas, non pas pour l'anéantissement des individualités slaves devant le colosse russe, mais pour les reconstituer et leur faire la place qui leur est due dans leurs rapports avec l'Europe et avec l'humanité. Quant à faire de Constantinople l'héritage des Grecs seuls, c'est désormais tout à fait impossible : on ne peut pas leur livrer un point si important du globe terrestre, ce serait par trop au-dessus de leur taille. « Mais cela ... est ... une utopie, qu'il soit jamais permis à la Russie de prendre la tête des Slaves et d'entrer à Constantinople. On peut toujours rêver, mais les rêves restent des rêves » En êtes-vous si sûrs ? Mais outre que la Russie est forte, et peut-être même beaucoup plus forte qu'elle ne le suppose elle-même, outre cela, n'a-t-on pas vu jusque sous nos yeux, et dans les toutes récentes décennies, s'ériger d'énormes puissances qui ont régné sur l'Europe, et dont l'une s'est évanouie comme poudre et poussière. Et qui aurait pu le prédire à temps ? Qui connaît les voies de Dieu ?"
C'est le 24 décembre que tombe le centenaire de la naissance de notre poète Adam Mickiewicz. ( ... ) Le projet d'élever un monument à Mickiewicz est né dans les milieux intellectuels sympathisant avec le gouvernement. Il fut favorablement accueilli par le gouvernement. Au moment où un nouveau satrape du tsar, Imeretynski [gouverneur de la Pologne], était en coquetterie avec la société polonaise, ce monument devait être le premier lien du coeur unissant les deux partis, mais ceux qui trafiquaient de Mickiewicz ne savaient pas, ne sentaient pas ce que Mickiewicz représente pour la nation tout entière. Imeretynski s'est étonné, les promoteurs ont été surpris de voir sur la liste des souscripteurs les sous des ouvriers et des paysans de toutes les régions du pays. (...) Le programme d'aujourd'hui qui nous est imposé par le tsar et ses valets pour le jubilé de Mickiewicz, ne comporte rien de ce qui pourrait rappeler les souffrances, les espoirs, les luttes du grand poète (...). Le gouvernement a refusé une garde civique et l'a remplacée par la gendarmerie et la police qui l'entoureront de tous côtés, comme ils l'entourèrent pendant toute sa vie, pour le séparer une fois de plus du peuple polonais. Tout discours a été interdit." LA DIVERSITÉ DES SENTIMENTS POLONAIS SELON UN RAPPORT AUTRICHIEN DE 1914 - Les vieilles traditions de combat contre la Russie des années 1831 et 1863. - Les carrières militaires et administratives ouvertes aux Polonais en Galicie et par contre fermées en Russie à ceux-ci, - La forte concurrence agricole de la part de l'agriculture de la Russie centrale. Les paysans polonais (plus de 7 millions): sont en définitive très conservateurs, aussi méfiants à l'égard des propriétaires fonciers polonais que de l'intelligentsia citadine (...). La libération du paysan polonais en juin 1864 du servage a tout à fait brisé l'insurrection polonaise et continue toujours d'agir. En outre, le paysan polonais, effectivement protégé par le gouvernement russe, se trouve dans une situation matérielle bien meilleure que celle du paysan galicien. Par contre, il est très croyant et se fait influencer dans tous les domaines par le clergé. La population chrétienne des villes : ce groupe est l'expression même du tempérament national : bruyant, impulsif, nerveux, instable Résumé : dans la guerre entre l'Autriche et la Russie, les groupes les plus importants comme la petite noblesse, les paysans, le clergé, l'intelligentsia chrétienne des villes seraient immédiatement pour nous. L'alliance avec les Prussiens refroidit très sensiblement cette sympathie." La Pologne, vue par un nationaliste russe... Si les Polonais sont dotés de leur propre existence politique et avant tout de leur propre armée, ils en useront à la première occasion pour réaliser leur rêve le plus cher, pour restaurer le royaume polonais dans toute son étendue passée, pour annexer des régions aussi traditionnellement russes que la Podolie, la Volhynie (...). La Russie devrait donc de la sorte armer la Pologne pour ensuite défendre contre elle son patrimoine ancestral et la désarmer de nouveau. Qu'adviendrait-il de la Russie dans une telle lutte, qui serait pour elle une menace de tout instant ? Elle cesserait tout bonnement d'être une grande puissance européenne. Seul peut être qualifié de grande puissance l'État qui est en mesure d'appuyer ses paroles par des actes ; mais à quelle tâche sérieuse la Russie pourrait-elle se consacrer si la Pologne, qui lui est hostile, qui, par son catholicisme, adhère aux puissances occidentales, fourbissait ses armes contre elle et était l'alliée immanquable de tout ennemi ?" ... et par une Polonaise Ainsi nous avons la foi, nous avons la paix sociale. Ce sont deux grandes forces, et en vérité sur aucun point du globe je ne les vois développées et réunies à un aussi haut degré. Cela peut compter pour quelque chose dans cette triste Europe, minée de tous côtés, corrompue, et malade de tant de maux, et en face de cette Russie immense, qui contient à elle seule toutes les corruptions, celles de la civilisation et celles de la barbarie." LA RÉACTION DE BISMARCK À L'INSURRECTION Sir A. Buchanan me demanda si à ce sujet serait permis un éventuel franchissement de la frontière par une fraction des troupes des deux parties. je répondis affirmativement à cette question et ajoutai la déclaration catégorique que nous ne pourrions jamais supporter une Pologne indépendante sur notre frontière, même en partie insérée entre nos provinces." PATRIOTISME ET ANTISÉMITISME Ce patriotisme n'impose pas uniquement un certain comportement face aux gouvernements copartageants, face aux oppresseurs de la nation, il exige aussi la défense du bien national contre toute réduction au profit de tous ceux qui l'attaquent : il adopte une position défensive contre les prétentions des Ruthènes et des Lituaniens, il résiste aux efforts dissolvants des Juifs et ainsi de suite." La russification en Pologne (...) Aucune fonction supérieure, influente, bien rétribuée, n'est accessible aux Polonais. (...) Sur 11'003 fonctionnaires du royaume, on compte dans les divers ministères 3'285 Polonais (soit 29 %) (...). Sur 558 présidents et vice-présidents de tribunal, juges et procureurs, il n'y a que 21 Polonais (...). Les écoles présentent le même spectacle : dans le chiffre total de 1'516 professeurs, on ne relève que 164 Polonais (...). Comme l'administration entière du royaume ne se propose d'autre fin que l'exploitation fiscale et la russification, toutes les institutions ont cessé de répondre à leur destination originelle. Le tribunal ne veille pas au maintien de la justice ; l'école n'enseigne pas. Fonctionnaires et magistrats n'ont cure que de russifier. Ils russifient l'Église catholique, les institutions sociales, les délinquants, les enfants, les paysans, les bourgeois (...). Le plus infime fonctionnaire russe, parce qu'il est russe, peut suspendre à sa fantaisie l'exercice de tous les droits. (...) L'idéal de la politique russe en Pologne est d'entretenir une haine qui pénètre par tous les pores de l'organisme social. À chaque soulèvement populaire, le gouvernement russe incite les masses à piller les Juifs." REVENDICATION DE L'AUTONOMIE LITHUANIENNE En partie sous l'influence de l'oppression nationale et linguistique des Lituaniens, en partie grâce à l'influence bénéfique du progrès européen, la nation lituanienne s'est réveillée depuis 25 ans de son sommeil séculaire et la conscience nationale s'est propagée à tout le pays. Les Lituaniens sont actuellement fiers de leur passé, de leurs coutumes et tendent à recouvrer leur existence autonome comme tous les peuples éclairés d'Europe. Ils ont exposé leurs buts à l'étranger par leur presse où ils demandent : - la reconnaissance de leur territoire national sur lequel sont admises à égalité de droit les autres nationalités qui l'habitent ; - l'abolition des ordres et les libertés fondamentales ; l'instruction gratuite, obligatoire, générale ; - une diète à Vilna ; - la restitution du titre du Grand-Duché de Lituanie dans tous les Actes du gouvernement." LE MOUVEMENT UKRAINIEN Une fois les chaînes tombées, les classes éclairées de l'Ukraine se mirent avec ardeur à rattraper le temps que leur avait fait perdre l'oppression russe. Tout le monde était convaincu que rien ne s'opposerait plus désormais au développement culturel des Ukrainiens. (...) Les livres populaires furent répandus en masse dans la population et les paysans, qui n'avaient jamais vu de livres écrits dans leur langue, se jetèrent avec passion sur chaque nouvelle publication. (...) Les classes éclairées formèrent à Kiev une société scientifique ukrainienne."
Le XIXe siècle a été le siècle des nationalités, il est rempli d'agitations et de guerres nationales. (...) Le mouvement national n'a commencé qu'au moment où le sentiment national a pris la forme d'une idée politique, où l'on est parvenu à concevoir l'Etat comme l'institution commune à un peuple déjà réuni par une autre communauté, de traditions, de moeurs ou d'idéal politique. Alors on en est venu à désirer que l'État fût fondé sur la nation, que le territoire de l'État fût le pays habité par les nationaux. On en est venu à condamner le régime qui imposait à une population le gouvernement des étrangers. Le mouvement national s'est arrêté, et sauf la Norvège * et la péninsule des Balkans, aucun pas nouveau n'a été fait en Europe depuis 1870. (...) On ne peut plus aujourd'hui faire des révolutions comme en 1848, les gouvernements sont trop bien armés et trop expérimentes. Voilà pourquoi au XXe siècle le mouvement national prend la forme d'aspirations autonomistes. (...) Depuis que la révolution et la guerre d'indépendance sont devenues impraticables, il ne reste que les moyens de résistance passive. Dans la vie publique, publier des journaux en langue nationale (...), élire des députés d'opposition nationale (...). Dans la vie privée, entretenir des écoles avec l'enseignement national, des églises avec le culte national, et surtout dans les familles, enseigner aux enfants la langue maternelle, malgré les interdictions. Les héros de cette résistance passive, ce sont les députés et les journalistes qui s'exposent à la prison, les maîtres d'école et les prédicateurs qui acceptent une vie de privations et de tracasseries ; parfois les écoliers qui se laissent donner des coups, comme cri Pologne prussienne, pour parler la langue nationale. Et les plus solides défenseurs de la nation sont encore les femmes, car ce sont elles qui font la langue « maternelle » ; un peuple ne petit pas être dénationalisé tant que ses femmes ne cessent pas d'enseigner la langue nationale à leurs enfants."
C'est, d'abord, l'extrême complexité de la question, et l'enchevêtrement de toutes ces races : grecque, serbe, bulgare, valaque, turque, albanaise. C'est, en second lieu, la présence d'un grand nombre de Turcs, au moins 400'000, peut-être 600'000. C'est là un des caractères qui différencient la question macédonienne des différentes questions que se sont posées au fur et à mesure de l'émancipation des nationalités balkaniques. En troisième lieu, la présence d'une autre population musulmane, les Albanais, habitant les épais massifs de montagnes situés à l'est de la Macédoine, et dont la présence est également une gêne pour toute espèce de solution de la question macédonienne fondée sur l'autonomie des nationalités. (...) En sixième point : la grande majorité des chrétiens de Macédoine est slave. Maintenant, ces Slaves de Macédoine sont-ils des Bulgares ou des Serbes ? (...). Remarquez que la question est extrêmement difficile, (...) étant donné qu'un Serbe et un Bulgare, parlant chacun leur langue, se comprennent, ce qui n'arrive pas toujours à deux paysans français de différentes provinces." Créer une Yougoslavie Malgré la différence des noms géographiques, malgré celle des alphabets, Serbes et Croates, nous nous sommes reconnus frères : il n'y a plus ni fleuve ni montagne entre le Serbe, le Croate, le Slovène et le Bulgare. Nous avons fondé une littérature une et identique sur la base de la langue, qui, des bords de l'Adriatique aux bouches du Danube, résonne sur les lèvres de plusieurs millions d'hommes... » LES CROATES VUS PAR LES SERBES Qui a parcouru les régions entrant dans le cadre du droit constitutionnel croate peut facilement s'en convaincre. Un paysan des environs de Zagreb non seulement ne sait pas qu'il y a en Dalmatie, en Slavonie, en Istrie, et même en Bosnie des gens qui s'appellent « Croates », mais ignore également qu'il appartient lui aussi à une certaine nationalité croate (...). Comparez cela à la pensée nationale serbe exprimée dans les chants populaires, aux contes sur les champs de miel, à la conscience du paysan serbe de l'unité culturelle et à son désir de l'unité politique, pour avoir immédiatement la réponse à la question de savoir si les Serbes forment une nationalité particulière (...). Les Croates ne sont donc pas et ne peuvent pas être une nationalité particulière, mais ils sont en voie de devenir une nationalité serbe. (...) En prenant le serbe pour langue littéraire, ils ont fait le pas le plus décisif vers l'unification. Le processus de fusion s'opère aussi dans d'autres domaines, lentement mais continûment. Par la lecture de tout livre serbe et de toute poésie populaire, en chantant n'importe quel air serbe, un atome de la fraîche culture démocratique serbe passe dans leur organisme." Profession de foi albanaise Les atrocités des guerres balkaniques La première conséquence de ce fait est que le but de ces conflits armés, avoué ou sous-entendu, clairement compris ou vaguement senti, mais toujours et partout le même, fut l'extermination complète d'une population allogène. Dans certains cas, ce but s'est traduit par un « ordre» implacable et catégorique : tuer toute la population mâle des régions occupées. Nous possédons des lettres de soldats grecs dont l'authenticité ne peut être mise en doute (...) : «Nous n'avons fait qu'un petit nombre de prisonniers et les avons tués, car tels sont les ordres que nous avons reçus (...) afin que cette sale race bulgare ne puisse pas renaître... » (...) Quant aux Serbes, nous en avons un témoignage authentique, une lettre d'un militaire serbe (...). Le contenu de cette lettre ne ressemble que trop à celui des lettres des soldats grecs. Il est vrai qu'il s'agit ici d'une expédition faite pour réprimer « (...) je peux te dire qu'il se passe ici des choses affreuses. J'en suis terrifié et je me demande sans cesse comment les hommes peuvent être assez barbares pour commettre de telles cruautés. C'est horrible. Je n'ose pas (...) t'en parler davantage, mais je peux te dire que Liouma [c'est une région albanaise, le long de la rivière du même nom] n'existe plus. Tout n'est plus que cadavres, poussière et cendres. Il y a des villages de 100, 150, 200 maisons où il n'y a plus un seul homme, mais, à la lettre, plus un seul. Nous les réunissions par groupes de 40 à 50, et ensuite nous les percions de nos baÏonnettes jusqu'au dernier. » " Les effets des guerres balkaniques sur les populations civiles
Ce pays n'est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des Bohémiens nés par hasard au bord d'un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines. (...) En général la crise nationaliste débute souvent par une crise professionnelle. (...) Le jeune ouvrier, le jeune employé prennent garde que l'Allemand, l'Italien, le Suisse, le Belge, le Polonais, le juif, leur font la guerre économique dans les rues de Paris." « Il faudrait un miracle, dit Adrienne, pour que Metz redevienne française. » Et je sens qu'elle prie sans relâche à la cathédrale, dans les églises, dans les couvents que nous visitons et au pied de son petit lit d'hôtel, pour que ce miracle s'accomplisse... Agir. Ne plus douter de mon pays ni de mes propres forces. Agir. Servir. Être un soldat dans le rang, un franc-tireur derrière la haie. Ne plus discuter, ne plus m'interroger, poursuivre silencieusement mon idée. Faire pour elle les actes les plus obscurs, les besognes les plus humiliantes. Tout affronter, tout supporter d'un coeur léger, avec la certitude que ces tourments ne sont pas inutiles. M'oublier et songer à ceux qui sont plus malheureux que moi. Vouloir leur délivrance, y consacrer toute mon énergie. Faire en sorte que nos fils ignorent nos inquiétudes et nos dégoûts. Lutter pour qu'ils puissent un jour se reposer, lutter parce que la quiétude est ignominieuse sans l'honneur, lutter sans trêve, être l'artisan de la victoire, mourir content. » « C'est une minorité qui augmente tous les jours ! Une minorité très remuante qui ne demande qu'à s'embrigader, à porter des insignes, à brandir des drapeaux, à suivre des retraites militaires. Sous le moindre prétexte, aujourd'hui, on va manifester devant la statue de Jeanne d'Arc ou la statue de Strasbourg... On a sciemment créé dans le pays une psychose : la psychose de guerre. » En Allemagne : Le pangermanisme L'égoïsme sain de la race nous commande de planter nos poteaux-frontières dans le territoire étranger comme nous l'avons fait à Metz, plutôt que de rester en deçà des limites du domaine colonisé par nous. (...) Ces terres coloniales de l'avenir se composent (...) des vastes territoires occupés par Les Polonais, Les Tchèques, tes Magyars, Les Slovaques, Les Slovènes, Les Ladins, les Rhétiens, Les Wallons, Les Lituaniens, les Estoniens et Les Finlandais. Tant que Les territoires de ces petits peuples, mal faits pour créer des États nationaux, n'auront pas été répartis entre les grands États de L'Europe centrale, l'Europe ne pourra jamais avoir la paix. Cette répartition coûtera naturellement de dures guerres." "Quelle situation pitoyable que la nôtre, si l'on considère que pas moins de 25 millions d'Allemands, c'est-à-dire 28 pour cent de la race, vivent au-delà des limites de l'empire allemand! C'est là un chiffre colossal, et un fait pareil ne saurait se produire dans un autre État quelconque sans susciter la plus vive indignation de tous les citoyens et l'effort le plus passionné pour remédier au mal sans plus attendre. (...) Qui pourrait empêcher 87 millions d'hommes de former un empire, s'ils en faisaient le serment ? (...) Dans le «bon vieux temps », il arrivait parfois qu'un peuple fort en attaquait un faible, l'exterminait, et l'expulsait de son patrimoine. Aujourd'hui, ces actes de violence ne se commettent plus. Aujourd'hui, tout se passe en douceur dans ce pauvre monde, et les privilégiés sont pour la paix. Les petits peuples et les débris de peuples ont inventé un mot nouveau, le « droit des gens ». Au fond, ce n'est pas autre chose qu'un calcul fondé sur notre généreuse bêtise. (...) Un beau matin, il se réveille, le bon, le brave, le libéral Allemand, qui a dit tant et tant de bêtises sur les droits de l'homme et n'a pas encore compris que charité bien entendue commence par soi-même ; il se réveille, dis-je, et s'aperçoit qu'il est devenu un étranger dans le pays qui lui a donné le jour et qu'il considérait comme sa patrie. Quelqu'un doit faire de la place : ou les Slaves de l'Ouest et du Sud, ou bien nous ! Comme nous sommes les plus forts, le choix ne sera pas difficile. Il nous faut renoncer à notre attitude de modeste expectative. Un peuple ne peut se maintenir qu'en croissant. (...) La plus grande Allemagne, avec 1'148'166 kilomètres carrés, est le but du peuple allemand au XXe siècle." Le pangermanisme continental L'avantage de notre situation s'accroît encore du fait que, comme pour la Russie et les États-Unis d'Amérique, les régions où nous pouvons nous étendre sont contiguës à notre territoire et au noyau solide de la mère patrie. (...) Il n'est pas vrai qu'il y ait place pour tous dans ce monde, mais il y a de la place pour plusieurs grands États, auxquels, évidemment, les petits devront se soumettre. L'impérialisme allemand signifiera donc bien plus l'élévation de l'Empire allemand au rang de puissance mondiale, mais non pas la création d'un État allemand qui dominerait seul le monde." En Italie : Or que s'est-il passé dès que le socialisme s'est adressé au prolétariat ? Le prolétariat s'est réveillé, il eut une première lueur sur son état, il entrevit la possibilité de le changer, il conçut les premiers projets de changement. Et le socialisme l'a entraîné avec lui, l'a poussé à lutter, a formé dans la lutte son unité, sa conscience, ses armes même, son nouveau droit, sa volonté de vaincre, son orgueil de triompher, il l'a affranchi, il l'a conduit à dicter sa loi de classe aux autres classes, à la nation, aux nations. Eh bien, mes amis, le nationalisme doit faire quelque chose de semblable pour la nation italienne. Il doit être (...) notre socialisme national. C'est-à-dire : tout comme le socialisme a enseigné au prolétariat la valeur de la lutte des classes, nous devons enseigner à l'Italie la valeur de la lutte internationale. Mais la lutte internationale, c'est la guerre ? Eh bien, va pour la guerre ! Et que la nationalisme suscite en Italie la volonté de la guerre victorieuse."
L'attachement à la langue maternelle
LES TCHÈQUES ET L'AVENIR DE L'AUTRICHE
Je ne veux pas dire qu'il ne viendra pas un moment où l'Autriche sera réunie à l'Allemagne ; je crois seulement que cette éventualité ne peut être envisagée que dans un avenir si lointain qu'elle cesse d'avoir aucun intérêt pour nous. Nous sommes toujours disposés à croire que les passions qui soulèvent une génération doivent aller sans cesse en s'exaspérant et que l'histoire se développe suivant une ligne continue. C'est le contraire qui est vrai. Les Tchèques, menacés dans leur existence, se sont arrachés par un violent effort de volonté à l'enlisement dans lequel ils sombraient peu à peu ; leur réveil inattendu a irrité les Allemands, qui se croyaient déjà les maîtres incontestés de la Bohême. Dans cette lutte qu'ils soutiennent depuis plus d'un demi-siècle, ils ont été successivement refoulés des situations dominantes qu'ils jugeaient conquises pour toujours. Cette retraite continue et lamentable les a peu à peu exaspérés. De là, des accès de fureur convulsive pendant lesquels ils semblent disposés à ne pas reculer devant les solutions extrêmes. Mais ces explosions de haine peuvent très bien précéder une crise de fatigue et susciter le désir du désarmement. Longtemps les diverses sectes religieuses ont travaillé à s'exterminer ; quand elles ont vu qu'elles n'y réussissaient pas, elles se sont résignées à se supporter, et de leur impuissance est née une vertu nouvelle, la tolérance. Pourquoi n'en serait-il pas des rivalités nationales comme des querelles religieuses ? Le dernier recensement de la Cisleithanie donne presque exactement 6 millions de Tchèques ; il faut y ajouter 4250000 Polonais, 3335000 Ruthènes, 1200000 Slovènes, 700000 Serbo-Croates. Ce n'est pas une tâche si facile que de supprimer 15 millions d'hommes. [De plus] les Pangermanistes ne sont encore en Autriche qu'une infime minorité ; ils ont contre eux les catholiques, les particularistes et ces masses profondes qui représentent la tradition et le goût de la paix. (...) Dans tous les cas, et en supposant même que les instincts féroces l'emportent à un moment donné, les Tchèques peuvent envisager l'avenir sans trop d'inquiétude. Ils ne défendent pas leur seule cause, mais celle de l'Europe et de l'humanité entière, et leur défaite marquerait un retour offensif de la barbarie. Qu'ils évitent tout ce qui pourrait avoir le caractère de représailles, qu'ils prouvent à leurs adversaires qu'ils combattent pour l'indépendance et non pour la domination. C'est pour cette liberté humaine que Hus est mort sur le bûcher, que les Frères de l'Unité ont enduré les tristesses de l'exil, que Dobrovsky, Ioungmann et Palacky ont travaillé, lutté et souffert. Pour maintenir le glorieux héritage que leur ont légué leurs héros et leurs martyrs, les Tchèques sont prêts, si l'heure fatale sonne, aux suprêmes sacrifices. Vainqueurs ou vaincus, ils auront laissé au monde un grand exemple et ils seront les créanciers de l'humanité. » Ernest Renan, « une nation, c’est une âme » |
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