Les deux Allemagnes : RFA et RDA (1949-1990)
6 pages A4, 8 textes
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Fondation de la RFA (République fédérale d'Allemagne, l'Allemagne de l'ouest)
"art. 1 : La République fédérale exercera la pleine autorité d'un Etat souverain sur ses affaires intérieures et extérieures.
art. 2 : En raison de la situation internationale qui a, jusqu'à ce jour, empêché la réunification de l'Allemagne et la conclusion d'un règlement de paix, les trois puissances se réservent les droits et les responsabilités antérieurement exercés ou détenus par elles en ce qui concerne Berlin et l'Allemagne dans son ensemble, y compris la réunification de l'Allemagne et un règlement de paix (...)."
Extraits des accords de Paris, 1949.
Le Mur de Berlin
Chronologie :
13 août 1961 : à minuit les troupes de RDA verrouillent avec des barrages en barbelés les frontières avec Berlin-Ouest. Les barrages feront assez vite place à des murs solides. C'est la mise en place du fameux "mur de Berlin"
23-26 juin 1963 : visite de J.F. Kennedy qui, en proclamant "Ich bin ein Berliner" (je suis un Berlinois) devant une foule enthousiate, souligne la solidarité occidentale, américaine en particulier, avec Berlin.
J. F. KENNEDY, Discours sur la Place de l'Hôtel de ville à Berlin
Mercredi, 26 juin 1963
"Je suis fier d'être venu dans votre ville, invité par votre bourgmestre régnant. Votre bourgmestre symbolise aux yeux du monde entier l'esprit combattant de Berlin-Ouest. Je suis fier d'avoir visité la République fédérale avec le chancelier Adenauer, qui durant de si longues années a construit la démocratie et la liberté en Allemagne. Je suis fier aussi d'être ici avec mon ami, le général Lucius Clay qui, dans cette ville, était à vos côtés aux plus grands moments de crise et qui reviendra auprès de vous sitôt qu'il sera nécessaire.
Il ne manque pas de personnes au monde qui ne veulent pas comprendre ou qui prétendent ne pas vouloir comprendre quel est le litige entre le communisme et le monde libre. Qu'elles viennent donc à Berlin. D'autres prétendent que le communisme est l'arme de l'avenir. Qu'ils viennent eux aussi à Berlin. Certains, enfin, en Europe et ailleurs, prétendent qu'on peut travailler avec les communistes. Qu'ils viennent donc ceux-là aussi à Berlin.
Notre liberté éprouve certes beaucoup de difficultés et notre démocratie n'est pas parfaite. Cependant, nous n'avons jamais eu besoin, nous, d'ériger un mur pour empêcher notre peuple de s'enfuir. Je ne connais aucune ville qui ait connu dix-huit ans de régime d'occupation et qui soit restée aussi vitale et forte et qui vive avec l'espoir et la détermination qui est celle de Berlin-Ouest.
Le mur fournit la démonstration éclatante de la faillite du système communiste. Cette faillite est visible aux yeux du monde entier. Nous n'éprouvons aucune satisfaction en voyant ce mur, car il constitue à nos yeux une offense non seulement à l'histoire mais encore une offense à l'humanité.
La paix en Europe ne peut pas être assurée tant qu'un Allemand sur quatre sera privé du droit élémentaire des hommes libres à l'autodétermination. Après dix-huit ans de paix et de confiance, la présente génération allemande a mérité le droit d'être libre, ainsi que le droit à la réunification de ses familles et sa nation, pacifiquement et durablement. Vous vivez sur un îlot de liberté mais votre vie est liée au sort du continent.
Je vous demande donc de regarder par-dessus les dangers d'aujourd'hui vers les espoirs de demain, de ne pas penser seulement à votre ville et votre partie allemande, mais d'axer votre pensée sur le progrès de la liberté dans le monde entier.
Ne voyez pas le mur, envisagez le jour où éclatera la paix, une paix juste. La liberté est indivisible, en tant qu'un seul homme se trouvera en esclavage tous les autres ne peuvent être considérés comme libres.
Mais quand tous les hommes seront libres, nous pourrons attendre en toute confiance le jour où cette ville de Berlin sera réunifiée et où le grand continent européen rayonnera pacifiquement.
La population de Berlin-Ouest peut être certaine qu'elle a tenu bon pour la bonne cause sur le front de la liberté pendant une vingtaine d'années. Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont citoyens de cette ville de Berlin-Ouest, et pour cette raison, en ma qualité d'homme libre, je dis: " Ich bin ein Berliner "."
Source : Rose Kennedy, Le temps du souvenir, Paris, Ed. Albin Michel, 1974, p. 351-53.
idem autre découpage et autre traduction de ce discours
« Je suis fier de venir dans cette ville comme invité de votre distingué maire [Willy Brandt], qui a symbolisé à travers le monde l’esprit combatif de Berlin-Ouest. (...)
Il y a 2 000 ans, la phrase la plus glorieuse était civis romanus sum [« je suis citoyen romain »]. Aujourd’hui, dans le monde de la liberté, la phrase la plus glorieuse est « Ich bin ein Berliner » (...)
Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas vraiment ou qui prétendent ne pas comprendre quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. Qu’ils viennent donc à Berlin. Il y en a qui disent que le communisme est la voie de l’avenir. Qu’ils viennent donc à Berlin. Il y a ceux qui disent qu’en Europe et ailleurs, nous pouvons travailler avec les communistes. Qu’ils viennent donc à Berlin. Et il y en a même quelques uns qui disent que même s’il est vrai que le communisme est effectivement un système maléfique, il nous permet de faire des progrès économiques. Lass sie nach Berlin kommen. Qu’ils viennent donc à Berlin.
Notre liberté éprouve certes beaucoup de difficultés et notre démocratie n’est pas parfaite. Cependant, nous n’avons jamais eu besoin, nous, d’ériger un mur pour empêcher notre peuple de nous quitter. (...) Le mur fournit la démonstration éclatante de la faillite du système communiste. Cette faillite est visible aux yeux du monde entier. Nous n’éprouvons aucune satisfaction en voyant ce mur, car il constitue à nos yeux, comme votre maire l’a dit, une offense non seulement à l’histoire mais également une atteinte à l’humanité, séparant des familles, des époux, des frères et des soeurs et divisant un peuple qui souhaite tant être réuni. (...)
La liberté ne se divise pas. Quand un homme demeure esclave, aucun homme n’est libre. Quand tous seront libres, nous pourrons alors attendre avec impatience ce jour où cette ville, ce pays et ce grand continent qu’est l’Europe seront réunis dans un monde pacifique et rempli d’espoir. (...)
Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont citoyens de Berlin. C’est pourquoi, en tant qu’homme libre, j’éprouve de la fierté à dire : « Ich bin ein Berliner ». »
John F. KENNEDY, « Remarques sur la Place Rudolph Wilde à Berlin », 26 juin 1963. Traduction : B. Littardi et http://fr.wikipedia.org/wiki/Ich_bin_ein_Berliner. Source : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9307&st=&st1=#axzz1h5TwADrU [consultés le 30 mars 2012]
Les conséquences de la crise de Berlin (1958 – 1962)
Henri Froment-Meurice est successivement premier secrétaire de l’ambassade de France à Moscou et sous-directeur d’Europe orientale au Ministère français des Affaires étrangères durant la crise qui se noue autour du statut de la ville de Berlin dès 1958. Il considère cette crise comme ayant été plus grave que la crise de Cuba qui lui fait suite. Après avoir rappelé les négociations et l’évolution des positions des Quatre Grands, il propose quatre conséquences comme conclusion à la crise.
« La crise de Berlin de 1958 – 1962 n’en aura pas moins eu de très sérieuses conséquences. J’en vois quatre.
1. Les Allemands de l’Est se sentiront abandonnés définitivement dans le bloc soviétique. La construction du Mur est la vraie date de la fondation de la République démocratique allemande, dont les dirigeants, Ulbricht en tête, seront d’autant plus répressifs qu’ils seront conscients, malgré tout, de la vulnérabilité de leur Etat.
2. Mais, de leur côté, les Allemands de l’Ouest et les habitants de Berlin-Ouest ont perdu confiance dans la volonté des Alliés de lutter pour la réunification de l’Allemagne. On ne peut compter sur eux, il faut donc chercher son chemin soi-même. Ce sera dans peu d’années l’Ostpolitik, précisément menée par Willy Brandt. Elle visera certes à la réunification mais durch Annäherung, par un rapprochement entre les deux Allemagne. Elle aboutira aux Traités fondamentaux de 1972 et donc à la reconnaissance de la RDA.
3. Konrad Adenauer, sensible à l’appui que lui a apporté le général de Gaulle, acceptera le projet d’une solide Europe politique et, après l’échec du plan Fouchet à Six, la conclusion du Traité de l’Elysée. Toutefois demeurera une ambiguïté. Pour l’Allemagne, la garantie ultime de sécurité se trouve à Washington. Pour de Gaulle, s’il demeurera fidèle à l’Alliance atlantique, il n’acceptera pas une quelconque subordination de l’Europe aux Etats-Unis. Cette divergence trouvera son expression dans le fameux Préambule ajouté par le Bundestag lors du débat sur la ratification du Traité de l’Elysée.
4. La crise de Berlin aura généré un changement de stratégie des Etats-Unis, le passage à la stratégie de la flexible response, accompagné d’un accroissement des forces conventionnelles. Cette stratégie ne convaincra certes pas tous les Alliés et, bien évidemment, de Gaulle au premier rang. Elle sera néanmoins de facto adoptée. L’Allemagne, pour sa part, sans vouloir en quoi que ce soit acquérir pour elle-même une force nucléaire, souhaitera néanmoins pouvoir être associée aux travaux de planification qui seront menés plus tard dans le cadre du nuclear planning group.
En conclusion, qui a gagné ? Qui a perdu ?
Chacun a gagné.
L’URSS a gagné en sécurisant l’Allemagne de l’Est et, au bout du chemin, en obtenant la reconnaissance d’un second Etat allemand de plein droit, communiste, membre du Parce de Varsovie, fidèle allié de Moscou et cela jusqu’à la chute du Mur en 1989.
Les Alliés occidentaux ont gagné d’avoir maintenu Berlin-Ouest comme une ville rattachée à l’Ouest, démocratique, libre dans ses mouvements avec l’Ouest et conservant des garnisons alliées.
Donc chacun a perdu ce que l’autre a gagné.
L’URSS n’a pas réussi à faire de Berlin-Ouest une « ville libre » sans garnisons alliées.
L’Ouest n’a pas réussi à maintenir une libre communication entre les deux Berlin, de l’Ouest et de l’Est.
Faut-il en conclure à la partie nulle ?
Non ! Car la bataille n’était pas seulement pour Berlin, elle l’était pour l’Allemagne tout entière, et cette bataille, elle a finalement été gagnée par l’Ouest. Mais, paradoxalement, elle a été gagnée grâce aux Allemands de l’Est, car ceux qui ont fait tomber le Mur, ce ne sont pas les Berlinois de l’Ouest, mais bien les Berlinois de l’Est et les Allemands de l’Est. Et cela parce que nous autres, à l’Ouest, nous avions réussi à conserver nos valeurs de liberté et de démocratie et que, une fois de plus, les Allemands de l’Est ont voulu choisir et voulu gagner la liberté. »
Henri Froment-Meurice. « La construction du Mur de Berlin ». Dans : Commentaire, 132, hiver 2010 – 2011, pp. 954 – 955.
L'"Ost Politik" de Willy Brandt
"La tâche de la politique pratique dans les prochaines années sera de sauvegarder l'unité de la nation en veillant à mettre fin à l'état de crispation actuelle qui caractérise les relations entre les deux parties de l'Allemagne...
Vingt ans après la fondation de la république fédérale d'Allemagne et de la RDA [République démocratique allemande, Allemagne de l'est] , nous devons éviter que les deux parties de la nation allemande ne deviennent de plus en plus étrangères l'une à l'autre, c'est-à-dire, par un voisinage ordonné, aboutir à une vie en commun.
Il ne s'agit pas seulement ici d'un intérêt allemand, car il a aussi son importance pour la paix en Europe et pour les relations Est-Ouest. Notre attitude - et celle de nos amis - à l'égard des relations internationales de la RDA dépend pour une bonne part de l'attitude de Berlin-Est...
Il ne peut être question que le gouvernement fédéral reconnaisse la RDA au sens du droit international. Même s'il existe deux Etats en Allemagne, ils ne sont pas pour autant des pays étrangers l'un pour l'autre ; les relations qu'ils entretiennent entre eux ne peuvent être que d'une nature particulière.
Se rattachant à la politique de son prédécesseur, le gouvernement fédéral déclare que la volonté d'aboutir à des accords valables sur la renonciation mutuelle au recours à la force, ou à la menace du recours à la force, s'applique aussi à la RDA.
Le gouvernement fédéral conseillera aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France de poursuivre énergiquement les négociations entamées avec l'Union soviétique sur l'allégement et l'amélioration de la situation de Berlin. Il ne doit pas être porté atteinte au statut de la ville de Berlin qui est placée sous la responsabilité spéciale des Quatre Puissances. Cela ne doit pas empêcher pour autant de rechercher des facilités pour la circulation à Berlin et vers Berlin... Il faut donner à Berlin-Ouest la possibilité de contribuer à améliorer les relations politiques, économiques et culturelles entre les deux parties de l'Allemagne."
Déclaration gouvernementale du chancelier Willy Brandt fait au Bundestag (Chambre des députés), le 28 octobre 1969.
Cité dans "Histoire Terminale", éditions Magnard, 1998, p. 169
Traité fondamental entre les deux Allemagnes, 8 novembre 1972.
"1. La République démocratique allemande et la République fédérale développeront entre elles des relations normales de bon voisinage et fondées sur l'égalité des droits. (...)
3. Elles réaffirment l'inviolabilité, à présent et dans l'avenir, de la frontière existant entre elles et s'engagent à respecter sans réserve leur intégrité territoriale. (...)
6. Elles partent du principe selon lequel le pouvoir de souveraineté des deux Etats se limite à son territoire. Elles respectent l'indépendance et la souveraineté des deux Etats dans ses affaires intérieures et extérieures. (...)
Cité dans "Histoire Terminale", collection Wagret, éditions Istra, 1989, p. 73
Discours d'Helmut Kohl devant le Bundestag (23 juin 1983)
"Nous, Allemands, nous n'acceptons pas la division de notre patrie. Nous continuerons à lutter avec détermination et persévérance pour appliquer les principes de notre Constitution et réaliser, par la libre autodétermination, l'unité et la liberté de l'Allemagne.
Nous ne renoncerons pas, parce que nous savons que l'histoire est de notre côté. La situation existante n'est pas irrévocable. (...) Il y a deux états en Allemagne, mais il n'y a qu'une nation allemande. L'existence de cette nation n'est pas à la disposition des gouvernements. (...) Elle s'est développée au cours de l'histoire, elle fait partie de la culture chrétienne européenne et doit sa nature à sa position au coeur du continent.
La nation allemande existait avant l'Etat national [unifié], et elle lui a survécu.(...) Notre conception de la nation allemande est incompatible avec l'idée de l'Allemagne à laquelle les autorités de RDA continuent de souscrire."
tiré de Histoire Terminal Bertrand-Lacoste
Chronologie :
dès juillet 1989 : la Hongrie a ouvert le rideau de fer. A la fin septembre, 25'000 habitants de RDA ont déjà rejoint la RFA grâce à la brèche ainsi ouverte.
9 novembre 1989 : le porte-parole du gouvernement de RDA déclare incidemment au cours d'une conférence de presse que les voyages privés à l'étranger sont possibles et les formalités réduites. Suite à cela de nombreux Berlinois de l'Est se pressent aux points de passage qui s'ouvrent vers 23 h. 15. Cette nuit-là, les Berlinois de l'Est et de l'Ouest fêtent la chute du Mur.
3 octobre 1990 : l'Allemagne est réunifiée.
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