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1953-1968 : coexistence pacifique et guerre froide

19 pages A4, 22 documents
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Le 16 avril 1953, le président Dwight D. Eisenhower déclarait dans un discours :


"Le monde entier sait qu'une ère a pris fin avec la mort de Staline. (...)Le système soviétique, élaboré par Staline et ses prédécesseurs, est né de la Première Guerre mondiale. Il a supporté l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale grâce à une opiniâtreté et un courage souvent étonnants. C'est pour faire vivre le monde dans la crainte d'une troisième guerre mondiale qu'il a survécu (...).
Une amère sagesse née de l'expérience a enseigné à ce monde que la vigilance et les sacrifices sont le prix de la liberté. Il sait que la défense de l'Europe occidentale exige d'une façon impérative une unité de buts et d'actions que permet l'O.T.A.N. (...)Il sait que l'Allemagne occidentale mérite de devenir un membre libre et égal de cette communauté, et que c'est pour l'Allemagne le seul et sûr moyen de retrouver finalement son unité. Il sait que l'agression en Corée et dans le sud-est asiatique constitue une menace pour le monde libre tout entier et qu'à cette menace doit répondre l'unité. Elle est la forme prise par le monde libre qu'affrontent les nouveaux dirigeants soviétiques. C'est un monde qui accordera toujours ce même respect à tous les autres peuples."

Fait extraordinaire pour les observateurs de l'époque, la Pravda du 25 avril reproduisit ce discours.


 

 

Extrait des mémoires de Susan Eisenhower, petite-fille du président Eisenhower. (1952-1960)


"Il y avait les exercices habituels d'évacuation en cas d'attaque aérienne, qui étaient complètement inutiles et mes parents, comme beaucoup d'autres, se sont renseignés sur la possibilité de construire un abri. On leur a dit que notre cave serait absolument inutilisable comme abri en cas de guerre nucléaire, mais, comme beaucoup d'autres jeunes couples du pays il ont fait des stocks de boites de conserves et de nourriture lyophilisée, au cas où. (...)

Je ne me souviens pas de discussions familiales spécifiques au sujet de la guerre froide, mais l'anti-communisme nous venait naturellement, et le patriotisme était quelque chose que nous ressentions profondément, même si nous ne l'exposions pas ouvertement. Grand-papa croyait que, hormis les atrocités les plus évidentes du communisme, il volait les gens de leur singularité et les empêchait d'être auto-suffisants et de prendre des initiatives. Il croyait aussi à la relation de l'homme avec le Tout Puissant, et méprisait le communisme d'Etat pour son rejet de Dieu.

Bien qu'il eut haït ce que le régime soviétique représentait, il comprenait la différence entre des dirigeants totalitaires - autoritaires et leurs peuples. Dans ses mémoires, publiées en 1964, il a écrit : "Lorsque le jour viendra où les peuples communistes seront aussi bien informés que ceux des nations libres, alors le mécontentement, les troubles, et le ressentiment parmi des centaines de millions de gens conduiront finalement soit à des réformes dans leur gouvernement, soit à la destruction violente des dictatures communistes".

De telles idées pleines de bon sens sur le futur de l'Union Soviétique n'étaient pas répandues à l'époque. Et si même j'ai intériorisé ses idées, étant jeune, j'ai aussi absorbé beaucoup de la crainte et de la suspicion de toute chose Soviétique ou Russe qui envahissait la société américaine. (...) [l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Union Soviétique en 1968] me paraissait la preuve du fait que le danger de la puissance soviétique était réel et omniprésent, et une menace pour notre "mode de vie américain".

EISENHOWER, Susan, "Breaking Free: A Memoir of Love and Revolution", Farrar, Straus, & Giroux, 1995

Traduit de: http://www.psi.net/chapterone/cspan/browse/374-26246.html

 



La théorie des dominos

 

« (...) Robert Richards, Copley Press : Monsieur le Président, cela vous dérangerait-il de nous faire un commentaire sur l’importance stratégique de l’Indochine pour le monde libre ? Je pense en effet que le pays n’a pas pris réellement la mesure de ce qu’elle signifiait pour nous.
Le Président [Eisenhower] : Quand on parle de choses pareilles, elles concernent naturellement à la fois le général et le particulier.

Tout d’abord, vous avez la valeur particulière d’un lieu en raison de ses productions matérielles dont le monde a besoin. Ensuite, il faut prendre en compte le risque qu’un nombre considérable d’être humains puisse passer sous la domination d’une dictature hostile au monde libre. Enfin, il y a des considérations plus générales qui pourraient suivre : vous pourriez les résumer dans le principe de la « chute des dominos ». Vous avez une rangée de dominos, vous faites tomber le premier, et il est certain que ce qui va arriver au dernier va venir très vite. Ainsi, vous pourriez avoir le commencement d’une désintégration qui aurait les influences les plus profondes.

Maintenant (...), deux des richesses naturelles d’Indochine que le monde utilise sont l’étain et le tungstène. Elles sont très importantes. Il y en a d’autres, bien sûr, comme les plantations de caoutchouc [sic] et d’autres encore.

Ensuite (...), la dictature communiste s’est déjà emparée en Asie de 450 millions de personnes ; nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de plus grandes pertes.

Maintenant, quand nous arrivons à ce qui peut arriver, à savoir la perte de l’Indochine, de la Birmanie, de la Thaïlande, de l’ensemble de la péninsule d’Asie du Sud-Est, voire de l’Indonésie, nous parlons non seulement de régions dont la perte engendrerait de multiples désavantages quant à nos approvisionnements matériels, mais nous parlons surtout de millions et de millions et de millions d’hommes.

Finalement, compte tenu de sa position géographique, la perte de l’Indochine aurait de multiples conséquences. Elle toucherait ce qu’on appelle le chaîne insulaire de défense qui s’étend du Japon vers le Sud en passant par Formose et les Philippines ; elle étendrait la menace [communiste] à l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Sur le plan économique, cette perte priverait le Japon d’une zone commerciale dont il ne peut se passer et l’obligerait ainsi à commercer avec les seules régions communistes.

Vous le voyez, les conséquences possibles de la perte de l’Indochine pour le monde libre sont tout simplement incalculables. (...) »

Dwight D. EISENHOWER, « Conférence de presse », 7 avril 1954. Traduit par B. Littardi. Source : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=10202&st=&st1= - axzz1h5TwADrU [consulté le 30 mars 2012]. http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_des_dominos

 


 

LA CRITIQUE DU STALINISME (1956)
Le Rapport secret de Khrouchtchev au XXe Congrès


A son retour de Belgrade, il prend la décision de faire toute la lumière sur le "règne" de Staline. Et le 25 janvier 1956, au moment où le XXe Congrès du parti communiste va s'achever à Moscou, c'est le coup de théâtre. Dans un long rapport, prononcé en présence des seuls députés de l 'URSS, Khrouchtchev dénonce, avec sa fougue habituelle, les crimes commis par Staline :



«  Durant la vie de Lénine, le Comité Central du Parti fut la réelle expression de la direction collective du Parti et de la nation. Etant un militant marxiste-révolutionnaire, toujours inflexible sur les questions de principe, Lénine n'imposa jamais par la force ses opinions à ses collaborateurs. Il essayait de les convaincre.

Staline n'agissait pas par persuasion, par explication et patiente collaboration avec autrui, mais en imposant ses idées et en exigeant une soumission absolue. Quiconque s'opposait à ses conceptions ou essayait d'expliquer son point de vue et l'exactitude de sa position était destiné à être retranché de la collectivité dirigeante et, par la suite, « liquidé » moralement et physiquement.

Il vaut la peine de signaler le fait que pendant que se déroulait la furieuse lutte idéologique contre les trotskistes, les zinovievistes, les boukhariniens et les autres, on n'avait jamais pris contre eux des mesures extrêmes de répression. La lutte se situait sur le terrain idéologique. Mais quelques années plus tard, alors que le socialisme était fondamentalement édifié dans notre pays, alors que les classes exploitantes étaient généralement liquidées, alors que la structure sociale soviétique avait radicalement changé, alors que la base sociale pour les mouvements et les groupes politiques hostiles au Parti s'était extrêmement rétrécie, alors que les adversaires idéologiques du Parti étaient depuis longtemps vaincus politiquement, la répression contre eux fut déclenchée.

Staline fut à l'origine de la conception de « l'ennemi du peuple ». Ce terme rendit automatiquement inutile d'apporter la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse : il rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, violant toutes les normes de la légalité révolutionnaire, contre quiconque, de quelque manière que ce soit, était en désaccord avec Staline. Pour l'essentiel et en fait, la seule preuve de culpabilité dont il était fait usage, contre toutes les normes de la science juridique actuelle, était la « confession » de l'accusé lui-même, et, comme l'ont prouvé les enquêtes faites ultérieurement, les « confessions » étaient obtenues au moyen de pressions physiques sur l'accusé. Des arrestations et des déportations de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction normale, créèrent des conditions d'insécurité, de peur et même de désespoir. (...)

Le danger menaçant suspendu sur notre patrie dans la première période de la guerre était dû en grande partie aux méthodes fautives de Staline lui-même, quant à la direction de la Nation et du Parti. Ceci pour le début de la guerre et l'extrême désorganisation de notre armée qui causa de si lourdes pertes. Mais longtemps après, la nervosité et l'hystérie dont Staline faisait preuve, s'opposant à l'efficacité des opérations militaires, pesèrent d'un poids considérable dans la balance (...). Ce n'est pas Staline, mais bien le Parti tout entier, le gouvernement soviétique, notre héroïque armée, ses chefs talentueux et ses braves soldats, la nation soviétique toute entière, qui ont remporté la victoire dans la grande guerre patriotique. (Longue tempête d'applaudissements).

Camarades, venons-en à d'autres faits. L'Union soviétique est à juste titre considérée comme un modèle d'Etat multinational parce que nous avons, dans la pratique, assuré l'égalité des droits et l'amitié de toutes les nations qui vivent dans notre vaste Patrie. D'autant plus monstrueux sont les actes dont l'inspirateur fut Staline. Nous voulons parler des déportations en masse de nations entières (les Kalmouks, les Tchétchènes, les Ingouches, les Balkars), arrachées à la terre natale avec tous les communistes et komsomols sans exception. Les Ukrainiens n'évitèrent le même sort qu'à cause de leur trop grand nombre ; il n'y aurait jamais eu assez de place pour les déporter tous. Autrement, on n'aurait pas manqué de le faire. (Hilarité et mouvements divers).

L'obstination de Staline se manifesta non seulement dans le domaine des décisions qui concernaient la vie intérieure du pays, mais également dans celui des relations internationales de l'Union soviétique. « L'affaire yougoslave » ne comportait aucun problème qui n'eût pu être résolu par des discussions entre camarades du Parti. Il n'existait pas de base sérieuse pour le développement de cette « affaire ». Il était parfaitement possible d'éviter la rupture de nos relations avec ce pays. (...)

Et quand Staline affirme qu'il a lui-même écrit le Précis de l'histoire du PC (bolchevik) de l'Union Soviétique, on doit pour le moins s'en étonner. Convient-il à un marxiste-léniniste de se mettre ainsi en vedette et de se hausser jusqu'au ciel ? Mais, parlons un peu des prix Staline. Les tsars eux-mêmes n'ont jamais fondé de prix portant leurs noms. Staline a reconnu comme le meilleur texte d'hymne national de l'Union soviétique un poème qui ne contient pas un mot sur le Parti communiste ; mais il contient l'éloge sans précédent de Staline. Est-ce à l'insu de Staline que beaucoup des plus grandes villes et des plus grandes entreprises ont pris son nom ? Est-ce à son insu que des monuments à Staline ont été élevés dans tous le pays ? (...) »


Extraits du rapport au XXème Congrès du Parti communiste de l'URSS, 24 février 1956.

Cité par F.FETJÖ, Chine-URSS, le fin d'une hégémonie, Paris, Plon, 1964, pp. 244-272.


Du même rapport, autres extraits


"Après la mort de Staline, le Comité central du Parti a commencé à mettre en oeuvre une politique d'explications concises et conséquentes du caractère intolérable et étranger à l'esprit du marxisme-léninisme de la glorification d'un individu, de son élévation au rang de surhomme doté de qualités surnaturelles comparables à celles d'un dieu (...)

Tout le monde ne saisit pas encore complètement les conséquences pratiques qui ont résulté du culte de l'individu, le grave préjudice causé par la violation du principe de la direction collective du Parti. Tout le monde ne comprend pas encore complètement ce qui a résulté de l'accumulation d'un pouvoir immense et illimité entre les mains d'une seule personne. Aussi le Comité central du Parti considère-t-il qu'il est absolument nécessaire de porter à la connaissance du XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique l'ensemble des documents relatifs à ces faits (...)

C'est Staline qui a conçu la notion d' "ennemi du peuple". Cette expression rendait automatiquement inutile d'établir la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse; cette expression rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, en violation de toutes les normes de la légalité révolutionnaire, contre tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, n'étaient pas d'accord avec lui, contre ceux qui étaient seulement suspects d'intentions hostiles, contre ceux qui avaient mauvaise réputation. Cette notion d' "ennemi du peuple" supprimait en fait toute possibilité de lutte idéologique, toute possibilité de faire connaître son point de vue sur telle ou telle question même de caractère pratique. Pour l'essentiel, la seule preuve de culpabilité dont il était réellement fait usage, contre toutes les normes de la science juridique contemporaine, était la "confession" de l'accusé lui-même. Et, comme l'ont prouvé les enquêtes ultérieures, les "confessions" étaient obtenues au moyen de pressions physiques contre l'accusé.

Cela a conduit à des violations manifestes de la légalité révolutionnaire, et il en a résulté qu'un grand nombre de personnes parfaitement innocentes, qui dans le passé avaient défendu la ligne du Parti, furent victimes de la répression (...)

La commission a pris connaissance d'une grande quantité de pièces des archives du N. K.V. D. et d'autres documents et établi de nombreux faits relatifs à la fabrication de procès contre des communistes, à de fausses accusations, à de flagrants abus contre la légalité socialiste - qui eurent pour conséquence la mort d'innocents. Il est apparu avec évidence que de nombreux activistes du Parti, des soviets et de l'économie, qui avaient été traités d' " ennemis " en 1937- I938, ne furent jamais en fait ni des ennemis, ni des espions, ni des saboteurs, mais ont toujours été d'honnêtes communistes (...)

Il a été établi que des cent trente-neuf membres et suppléants du Comité central du Parti qui avaient été élus au XVIle Congrès, quatre-vingt-dix-huit avaient été arrêtés et fusillés, C'est-à-dire 70 %, (pour la plupart en 1937-1938)." (Indignation dans la salle.)

Enfin, après avoir évoqué la dernière période de la vie de Staline, " la plus tragique " selon lui, il appelle les délégués communistes à abolir à tout jamais le " culte de la personnalité " :

"Camarades, nous devons abolir le culte de la personnalité d'une manière décisive, une fois pour toutes. Nous devons tirer de cette période des conclusions appropriées concernant le travail idéologique, théorique et pratique.

Il est donc nécessaire, dans ce but :

Premièrement, de condamner et d'extirper, en bolcheviks, le culte de la personnalité parce qu'étranger au marxisme-léninisme et en désaccord avec les principes qui régissent la direction du Parti et les normes de la vie du Parti (...)

Il nous faut aussi mettre effectivement en pratique, dans tous les aspects de notre travail idéologique, les thèses les plus importantes de la science marxiste-léniniste relatives au peuple en tant que créateur de l'histoire et de toutes les valeurs matérielles et spirituelles de l'humanité (...)

A tous ces égards, nous serons obligés d'examiner d'une façon critique, d'un point de vue marxiste- léniniste, et de corriger les idées erronées et largement répandues qui procèdent du culte de la personnalité dans les domaines de l'histoire, de la philosophie, de l'économie et des autres sciences, ainsi que dans ceux de la littérature et des beaux-arts.

Deuxièmement, il faut poursuivre, d'une façon systématique et conséquente, le travail accompli par le Comité central du Parti au cours de ces dernières années; c'est-à-dire un travail caractérisé par l'observation minutieuse, dans toutes les organisations du Parti, de la base au sommet, des principes léninistes relatifs à la direction du Parti; caractérisé surtout par l'observation du principe essentiel de la direction collective; caractérisé également par l'observation des normes de la vie du Parti, telles qu'elles sont inscrites dans ses statuts; et caractérisé enfin par l'observation d'une large pratique de la critique et de l'autocritique.

Troisièmement, il faut remettre jusqu'au bout en vigueur les principes léninistes de la démocratie socialiste soviétique, tels qu'ils sont exprimés dans la Constitution de l'Union soviétique, et lutter contre l'autoritarisme des individus qui abuseraient de leur pouvoir. Il faudrait complètement réparer le mal résultant des violations de la légalité révolutionnaire socialiste accumulées pendant une longue période et suscitées par l'influence négative du culte de la personnalité (...)

Nous sommes absolument convaincus que notre Parti, armé des résolutions historiques du XXe congrès, mènera le peuple soviétique, en suivant la voie du léninisme, vers de nouveaux succès, vers de nouvelles victoires(Applaudissements tumultueux et prolongés.)
Vive l'étendard victorieux de notre Parti - le léninisme ! "(Applaudissements tumultueux et prolongés qui s'achèvent par une ovation. Tous se lèvent.)


Extrait de "Les mémoires de l'Europe", tome VI, l'Europe moderne, sous la direction de Jean-Pierre Vivet, édition Robert Laffont, Paris, 1973

Du même rapport, autres extraits


"C'est pendant la période 1936-1938 qu'est née la pratique de la répression massive au moyen de l'appareil gouvernemental, d'abord contre les ennemis du léninisme (...) depuis longtemps vaincus politiquement par le Parti et également ensuite contre de nombreux communistes honnêtes, contre les cadres du Parti qui avaient porté le lourd fardeau de la guerre civile et des premières et très difficiles années de l'industrialisation. (...)

Staline fut à l'origine de la conception de l' «ennemi du peuple ». Ce terme rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle contre quiconque n'était pas d'accord avec lui. (...) Il a été établi que des 139 membres et suppléants du Comité central du Parti qui avaient été élus au XVIIe Congrès, 98 avaient été arrêtés et fusillés, c'est-à-dire 70 % (pour la plupart en 1937-1938). (...)

Des conséquences très graves, surtout dans les premiers jours de la guerre, résultèrent de l'élimination par Staline de nombreux chefs militaires et de fonctionnaires politiques entre 1937 et 1941. Pendant ces années, la répression fut instituée contre certaines parties des cadres militaires, (...) allant jusqu'aux plus hautes sphères militaires. Les chefs qui avaient acquis une expérience militaire en Espagne et en Extrême-Orient furent presque tous liquidés.

Le culte de la personnalité a atteint de monstrueuses proportions, surtout en raison du fait que Staline (...) a encouragé la glorification de sa propre personne. Un des exemples les plus caractéristiques (...) est la publication, en 1948, de sa Biographie abrégée. Staline y est flatté et glorifié à l'égal d'un dieu et considéré comme un sage infaillible, « le plus grand des chefs », « le plus grand stratège de tous les temps ». (...)

N. KHROUCHTCHEV, Rapport secret du XXe congrès du PCUS, 25 février 1956

1) Quelle est la nature du plan adopté dans cet extrait du rapport secret ?

2) Relevez pour chaque période les « méfaits » de la politique suivie. Comment appelle-t-on le processus qui vise à ôter l'empreinte de Staline sur la vie politique ?

Autres extraits courts du rapport secret de N. Khrouchtchev lu devant les délégués du XXè Congrès du PCUS ( fevrier 1956).


"Staline n'agissait pas par persuasion, par explication et patiente collaboration avec autrui, mais en imposant ses idées et en exigeant une soumission absolue. Quiconque s'opposait à ses conceptions ou essayait d'expliquer son point de vue et l'exactitude de sa position était destiné à être retrancher de la collectivité dirigeante et, par la suite, « liquidé » moralement et physiquement. (...)

Staline fut à l'origine de la conception de « l'ennemi du peuple ». Ce terme rendit automatiquement inutile d'établir la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse ; il rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, violant toutes les normes de la légalité révolutionnaire (...). Des arrestations et des déportations massives de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction normale, créèrent des conditions d'insécurité, de peur et même de désespoir (...).

Pratiquement, Staline ignorait les règles de la vie du parti et piétinait le principe léniniste de direction collective (...). Cette terreur était en fait dirigée, non pas contre les vestiges des classes exploiteuses vaincues, mais contre d'honnêtes travailleurs du Parti et de l'Etat soviétique ; on portait contre eux des accusations mensongères, diffamatoires et absurdes de « duplicité », d' « espionnage », de « sabotage », de préparation de « complots » imaginaires, etc. Une grande partie de ces procès sont maintenant en cours de révision et un grand nombre d'entre-eux ont été classés comme entachés d'arbitraire et de faux.

Cité par M. Laran et J.L. Van Regemorter, La Russie et l'ex-URSS, A. Colin, 1996.


 

 

Documents sur la révolution hongroise


Allocution radiodiffusée du cardinal Mindszenty (3 novembre 1956)

« Nous désirons vivre en toute amitié avec tous les peuples et tous les pays... Nous voulons vivre en bonne amitié avec les grands Etats-Unis aussi bien qu'avec le tout-puissant Empire russe, et nous voulons être en relation de bon voisinage avec Prague, Bucarest, Varsovie et Belgrade... Nous sommes neutres. Nous ne donnons à l'Empire russe aucune raison de faire couler le sang. Mais est-ce que l'idée n'est jamais venue aux chefs de l'Empire russe que nous aurions un plus grand respect du peuple russe s'il ne nous opprimait pas ? D'habitude, c'est l'attaqué qui se précipite sur l'ennemi. Nous n'avons pas attaqué la Russie et nous espérons sincèrement qu'elle retirera très bientôt ses forces de Hongrie... Maintenant il nous faut des élections libres, sans tromperies, dans lesquelles tous les partis pourront être candidats. Ces élections devraient se dérouler sous contrôle international. J'use de toute mon autorité pour mettre en garde les Hongrois contre toute querelle de partis et toute mésentente après ces jours de magnifique union.»

Appel de Imre Nagy (4 novembre 1956, 4h20)

« Ici Imre Nagy, Président du Conseil. Aujourd'hui à l'aube, les troupes soviétiques ont déclenché une attaque contre la capitale avec l'intention évidente de renverser le gouvernement légal de la démocratie hongroise. Nos troupes combattent. Le gouvernement est à son poste. J'en avertis le peuple hongrois et le monde entier. »

Appel de l'Union des écrivains hongrois (4 novembre 1956, 6h56)

« Ici l'Union des écrivains hongrois ! A tous les écrivains du monde, à toutes les fédérations de savants ou d'écrivains, à toutes les académies et associations scientifiques, à l'intelligentsia du monde entier ! Nous demandons à chacun de vous, votre aide et votre soutien. Il n'y a pas un instant à perdre. Vous savez ce qui se passe. Il est inutile d'en dire plus long. Aidez la Hongrie ! Sauvez les écrivains, les savants, les ouvriers, les paysans de Hongrie et notre intelligentsia ! Au secours ! Au secours ! Au secours !»

Discours de Janos Kadar (4 novembre 1956, matinée)

« Bien que des progrès aient été faits au cours des douze dernières années, la clique Rakosi-Gero a commis de nombreuses fautes graves et a sérieusement violé la légalité. Tout cela a mécontenté à juste titre les travailleurs. Les réactionnaires cherchent maintenant à utiliser ce mécontentement à leur profit... En exploitant les erreurs commises dans l'édification de notre système démocratique populaire, les éléments réactionnaires ont fourvoyé de nombreux travailleurs honnêtes, des jeunes surtout, qui se sont joints au mouvement animés des meilleures intentions patriotiques... Nous devons mettre un terme aux excès de la contre-révolution. »

Appel du gouvernement ouvrier et paysan (4 novembre 1956, 21h)

« Les événements du 4 novembre ont amené la complète déroute des forces réactionnaires en Hongrie. Le gouvernement d'Imre Nagy qui avait ouvert le chemin à la contre-révolution s'est effondré et n'existe plus... Les forces socialistes du peuple hongrois, conjointement avec les troupes soviétiques appelées pour les défendre, se sont dévouées aux tâches entreprises par le gouvernement révolutionnaire ouvrier et paysan».

Source : La révolte de la Hongrie, d'après les émissions de radio hongroises, octobre-novembre 1956, Paris, Horay, 1957.


 

ultimatum de Khrouchtchev

 

Adresse du président Khrouchtchev aux puissances occidentales pour qu’elles règlent directement avec la République démocratique allemande les questions concernant Berlin (Moscou, 10 novembre 1958)

"Les impérialistes ont transformé la question allemande en une source constante de tension internationale. Les cercles dirigeants de l'Allemagne Occidentale font tout pour exciter les passions militaires contre la République démocratique allemande, contre la République populaire de Pologne, contre tous les pays socialistes. Les discours du Chancelier Adenauer et du Ministre de la Défense Nationale Strauss, l'armement nucléaire de la Bundeswehr et d’autres questions militaires expriment tous la tendance définie par la politique  des cercles dirigeants de l'Allemagne Occidentale.

Nous voulons avertir les leaders de la République fédérale d'Allemagne : la route suivie par l'Allemagne Occidentale aujourd'hui est une route dangereuse pour la paix en Europe et fatale pour l’Allemagne Occidentale elle-même. En effet, les politiciens peuvent-ils réellement espérer le succès d’une «marche vers l’Est» ? Hitler, en son temps, a aussi tout fait pour répandre l'hystérie de la guerre, pour préparer les bases d’une attaque contre l'Union soviétique. Cependant, tout le monde sait comment cela a fini. Il n'est pas dur d'imaginer le destin de ceux qui essayeraient de lancer une nouvelle agression contre les États socialistes. Aucun discours du Chancelier Adenauer ou de son Ministre Strauss ne peut changer l'équilibre des forces en faveur de l'impérialisme. Marcher contre l'Est serait marcher au pas vers la mort pour l'Allemagne Occidentale.

Il est grand temps de se rendre compte que l’époque où les impérialistes pouvaient agir en «position de force» est révolue à jamais et que même s’ils l’essaient, ils ne pourront changer l’équilibre des forces en leur faveur. Il ne faut pas oublier que la position géographique de l’Allemagne occidentale fait - avec les moyens militaires actuels - qu’elle ne survivrait pas à un jour de guerre moderne. Nous ne voulons pas d’un autre conflit militaire. Ce serait fatal à l’Allemagne de l’Ouest et apporterait des désastres indicibles aux peuples d'autres pays. L'Union soviétique et les autres pays socialistes font tout pour préserver d’un aventurisme rêvant de nouvelles guerres menant à une étape fatale. Les décideurs de la politique ouest-allemande feraient bien de considérer plus sobrement la situation existante et de renoncer à déchaîner les passions militaires.

La presse occidentale dit souvent, aujourd'hui, que le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne projette de proposer à l'Union soviétique, aux États-Unis d'Amérique, à la Grande-Bretagne et à la France une nouvelle réunion des quatre puissances pour statuer, pour les Allemands et sans les Allemands, sur la question de l'unification de leur pays. Mais ceci n'est rien qu'une suite de la vieille politique, peu réaliste, contraire au bon sens et exempte de justification légale. Aucun pouvoir n'a le droit de s'immiscer dans les affaires internes de la République démocratique allemande et d’y dicter sa volonté.

Nous comprenons tout à fait que les Allemands se languissent de la restauration de leur unité nationale. Mais des militaristes allemands et leurs patrons américains utilisent des sentiments nationaux sincères pour des buts qui n'ont rien à faire avec la réunification de l'Allemagne ou avec l'assurance d'une paix durable en Europe. Les cercles militaristes de l'Allemagne Occidentale cherchent en fait à étendre la division du pays et à préparer des aventures militaires. Si le gouvernement allemand de l'ouest avait vraiment voulu la réunification, il aurait suivi la seule voie qui y mène en établissant des contacts avec le gouvernement de la République démocratique allemande, en ouvrant la voie à des accords qui conviendrait tant à République démocratique allemande qu’à la République fédérale d'Allemagne.

La question allemande, dans le sens de la réunification des deux États allemands maintenant déjà existants, peut être seulement réglée par les Allemands eux-mêmes, par un rapprochement entre ces États. La conclusion d'un traité de paix avec l'Allemagne est une question entièrement différente qui, en effet, devrait être réglée principalement par les quatre puissances qui ont formé la coalition anti-Hitler, avec la coopération des représentants de l'Allemagne. La signature d'un traité de paix avec l'Allemagne aiderait à normaliser la situation entière en Allemagne et en Europe en général. L'Union soviétique a proposé et propose que cette mesure doive être abordée sans retard.

Si l’on devait parler des engagements des quatre puissances en ce qui concerne l'Allemagne, il faudrait parler des engagements des accords de Potsdam. Laissez-nous vous rappeler ce qu’étaient les principaux engagements que les parties avaient assumés à Potsdam en ce qui concerne leur politique en Allemagne, ce qu’était la voie que Potsdam avait indiquée pour le développement de l'Allemagne.

À ce moment-là, les membres de la coalition anti-Hitler ont assumé des engagements nets et précis : extirper le militarisme allemand, empêcher sa réapparition une fois pour toutes, faire tout pour empêcher l'Allemagne à jamais de menacer à nouveau ses voisins ou la paix mondiale.

Les parties prenantes aux accords de Potsdam ont aussi trouvé nécessaire de mettre fin au fascisme allemand, de bloquer sa reprise en Allemagne, de restreindre toutes les activités et propagande fascistes.

Un autre point important des accords de Potsdam était l’engagement de liquider le pouvoir des cartels, des ententes et autres monopoles dans l'économie allemande, des forces, en somme, qui avaient amené Hitler au pouvoir et avaient encouragé et financé ses enjeux militaires. Telle était la substance des accords conclus à Potsdam en 1945.

Et qu'avons-nous aujourd'hui, plus de 13 ans après la Conférence de Potsdam ? Personne ne peut nier que l'Union soviétique a, pour sa part, scrupuleusement observé ces accords et qu'ils ont été appliqués complètement dans la partie orientale de l'Allemagne, la République démocratique allemande. Laissez-nous voir ce qu’il en est des accords de Potsdam dans la partie occidentale de l'Allemagne, en République fédérale d'Allemagne, dont la responsabilité de leur application incombe aux trois puissances occidentales - les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

ll devrait être dit ouvertement que le militarisme, loin d'avoir été supprimé, dresse sa tête plus haut que jamais en Allemagne Occidentale. Les puissances qui auraient dû se battre contre la réapparition de militarisme allemand ont attiré l'Allemagne Occidentale dans le bloc militaire agressif, l’OTAN, qu'ils ont créé. Ils font tout pour promouvoir la croissance du militarisme allemand et l'établissement en Allemagne Occidentale d'une armée numériquement importante et équipée du matériel militaire le plus récent.

Par décision du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne, et naturellement avec l'approbation des puissances de l’OTAN, l'Allemagne Occidentale développe une armée que les militaristes allemands prévoient comme plus forte que les armées de Grande-Bretagne et de France. Il est possible qu’elle soit déjà plus forte que l'armée française, considérant qu'une partie substantielle de celle-ci est stationnée à l'extérieur du pays, dans les colonies, où le mouvement de libération contre les colonialistes français est en ébullition.

Les forces armées qui sont recréées en Allemagne Occidentale sont à nouveau dirigées par des généraux et des amiraux nazis. L'armée allemande de l'ouest est formée dans l'esprit des aspirations prédatrices de la Wehrmacht nazie, dans un esprit de vengeance et de haine envers l'Union soviétique et d'autres états pacifiques.

De plus, les militaristes allemands - avec la bénédiction des puissances occidentales et principalement les États-Unis - reçoivent des armes nucléaires. La République fédérale a déjà des fusées américaines qui peuvent être équipées de têtes nucléaires.

Économiquement, l'Allemagne Occidentale étrangle littéralement ses alliés d'Europe de l'Ouest. Il est intéressant de noter, à titre de comparaison, qu'en 1957, par exemple, la République fédérale a produit 24 500 000 tonnes d'acier contre 22 millions en Grande-Bretagne et un peu plus de 14 millions en France.

Financièrement, aussi, l'Allemagne Occidentale est aujourd'hui plus forte que la Grande-Bretagne ou que la France. Considérez leur or et leurs réserves de monnaie, par exemple. Selon les chiffres officiels, les réserves de l'Allemagne Occidentale s’élèvent à plus de 5 600 millions de dollars à la fin de 1957, en comparaison des 2 370 millions britanniques et des 775 millions de dollars de la France. Toutes ces ressources économiques de l'Allemagne Occidentale sont au service du renouveau du militarisme allemand.

Quelles que soient les dispositions de base des accord de Potsdam concernant la démilitarisation de l'Allemagne et la prévention de la réapparition de fascisme que nous pouvons prendre en compte, nous en arriverons à la conclusion que ces dispositions, portant les signatures des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, ont été violées par eux.

Que reste-t-il des accords de Potsdam ? Une seule chose en réalité : le  prétendu statut des quatre puissances sur Berlin, position que les trois puissances occidentales - les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France - ont la possibilité de céder à Berlin-Ouest, transformant cette partie de la ville, qui est la capitale de la République démocratique allemande, en une sorte d'État dans l’État et, profitant de cette situation, conduisant des activités subversives contre la République démocratique allemande, contre l'Union soviétique et les autres pays de Traité de Varsovie. Par dessus le marché, ils ont le droit de communication sans restriction entre Berlin et l'Allemagne Occidentale par l’espace aérien, les voies ferrées, les autoroutes et les voies navigables de la République démocratique allemande, une situation exceptionnelle qu’ils ne veulent même pas reconnaître.

La question qui se pose est : qui doit profiter de cette situation et pourquoi ont les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne n’ont-ils pas aussi violé cette partie de l'accord quadripartite ? La réponse est claire : ils n'ont aucune intention de violer cette partie des accords de Potsdam. Au contraire, ils s'y accrochent car l'accord sur Berlin est avantageux pour les puissances occidentales et pour elles seules. Les puissances occidentales, naturellement, ne sont pas opposées à la perpétuation de tels privilèges "d'alliés" pour toujours, bien qu'elles aient depuis longtemps détruit la base légale de leur présence à Berlin.

N’est-il pas temps pour nous de tirer des conclusions appropriées du fait que les articles clés des accords de Potsdam concernant le maintien de la paix en Europe et, par conséquent, dans le monde entier, ont été violés et que certaines forces continuent à soutenir le militarisme allemand, l'incitant à aller dans la direction vers laquelle il avait été poussé avant la Seconde guerre mondiale en somme, contre l'Est ? N’est-il pas temps pour nous de reconsidérer notre attitude par rapport à cette partie des accords de Potsdam et la dénoncer ? Le moment est venu pour les signataires des accords de Potsdam de renoncer aux restes du régime d'occupation à Berlin et de permettre ainsi de créer une situation normale dans la capitale de la République démocratique allemande. L'Union soviétique, pour sa part, remettrait les fonctions qui sont encore exercées à Berlin par des agences soviétiques à la souveraineté de République démocratique allemande. Ceci, je pense, serait la chose correcte à faire.

Que les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne construisent eux-mêmes leurs relations avec la République démocratique allemande, qu’ils cherchent à établir eux-mêmes un accord avec elle  s’ils sont intéressés par les questions concernant Berlin. Quant à l'Union soviétique, elle honorera pieusement ses obligations en tant qu’alliée de la République démocratique allemande - obligations issues du Traité de Varsovie et confirmées à plusieurs reprises par l’Union soviétique en République démocratique allemande.

Si quelques forces d'agression attaquaient la République démocratique allemande, qui est un membre à part entière du Traité de Varsovie, nous considérerions ceci comme une attaque envers l'Union soviétique, envers tous les pays de Traité de Varsovie. Nous nous lèverions alors pour défendre la République démocratique allemande et ceci au titre de la défense des intérêts vitaux de la sécurité de l'Union soviétique, du camp socialiste tout entier et de la cause de la paix mondiale.

Les puissances occidentales qui, en leur temps, ont signé les accords de Potsdam, vont aujourd'hui dans le sens d’une aggravation de la situation internationale et encouragent les tendances militaristes croissantes des revanchards allemands. En somme, ils soutiennent tout ce que les accords de Potsdam ont dénoncé. Ils sont depuis longtemps plutôt guidés par le Traité agressif de l’Atlantique Nord que par les accords de Potsdam. Ils ont violé, à plusieurs reprises et impunément, les accords de Potsdam tandis que nous y restions loyaux comme si rien n'avait changé. Nous avons nos raison de nous libérer des obligations des accords de Potsdam, obligations qui se sont survécues à elles-mêmes et auxquelles les puissances occidentales s'accrochent, et de suivre, en ce qui concerne Berlin, une politique conforme aux intérêts du Traité de Varsovie.

Les leaders de l'Allemagne Occidentale disent que de bonnes relations entre l'Union soviétique et la République fédérale d'Allemagne peuvent seulement être établies si l'Union soviétique cesse de soutenir la République démocratique allemande et si elle fait pression dans la direction souhaitée par l'Ouest. Bonn ne désire pas avoir, apparemment, de bonnes relations avec l'Union soviétique s'il entretient de tels espoirs absurdes. Si le gouvernement de la République fédérale veut vraiment avoir de bonnes relations avec l'Union soviétique, il devrait abandonner, une fois pour toutes, l'espoir que nous cesserions de soutenir la République démocratique allemande.

Le gouvernement de la République populaire de Pologne a eu une initiative intéressante en proposant l'établissement d'une zone en Europe centrale où  des missiles dotés d’armes atomiques, à l’hydrogène, ne seraient ni fabriqués ni stockés. Cette proposition constructive a été soutenue par les gouvernements de l'Union soviétique, de la Tchécoslovaquie, de la République démocratique allemande et d'autres pays socialistes et non socialistes qui signifient ainsi fermement leur attachement à la conservation de la paix. Les cercles dirigeants de l'Allemagne Occidentale ont cependant rejeté la proposition polonaise et ont pris la décision d'équiper la Bundeswehr de missiles atomiques. Le militarisme allemand est aujourd'hui encore plus dangereux pour le monde qu'auparavant. Des militaristes allemands espèrent absorber la République démocratique allemande et enlever à la Pologne ses antiques régions occidentales. Ils ont des revendications sur le territoire de la Tchécoslovaquie et d'autres pays socialistes.

Mais ils jouent avec le feu. La frontière Oder-Neisse est une frontière de paix. N'importe quelle atteinte à la République démocratique allemande par des revanchards allemands sera considérée comme une atteinte à la frontière Oder-Neisse, comme une menace envers la sécurité de nos peuples.

Les Polonais peuvent être assurés qu'ils ont en l’Union soviétique un ami fiable et un allié dans la lutte contre le militarisme allemand et l'agression impérialiste."

traduction de Laurent Commaille

SOURCE :Pravda. 10.11.1958, n° 315. Moskva.

original sur Internet



La coexistence pacifique


A son retour des États-Unis, en octobre 1959, Khrouchtchev définit ainsi dans un discours devant le Soviet suprême sa conception de la coexistence pacifique, imposée par le danger d'une guerre nucléaire.


"Il y a peu de temps encore le feu des passions suscitées par la " guerre froide " était si grand qu'une simple étincelle aurait pu provoquer une conflagration mondiale. La politique étrangère de certaines puissances occidentales était basée sur des calculs nettement agressifs, sur une politique des " positions de force "(...)

Actuellement, une évaluation plus sobre de la situation, une compréhension plus raisonnable de l'équilibre des forces sur la scène internationale se manifestent de plus en plus en Occident. Et une telle compréhension des choses conduit inévitablement à la conclusion que les plans prévoyant l'emploi de la force contre le monde socialiste devraient être relégués dans les archives. La vie elle-même exige que les pays ayant des systèmes sociaux différents doivent apprendre à vivre ensemble sur notre planète, à coexister pacifiquement (...)

La reconnaissance de l'existence de deux systèmes différents, la reconnaissance à chaque peuple du droit de régler lui-même tous les problèmes politiques et sociaux de son pays, le respect de la souveraineté et l'application du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures, le règlement de tous les problèmes internationaux au moyen de pourparlers, voilà ce qu'implique la coexistence pacifique sur une base raisonnable (...)

Le principe même de coexistence pacifique entre États aux systèmes sociaux différents implique des éléments de concessions mutuelles, la prise en considération des intérêts réciproques car on ne saurait, autrement, édifier les relations normales entre États. Quant aux questions idéologiques, nous nous en sommes tenus et nous nous en tiendrons, inébranlables tel un roc, aux principes du marxisme-léninisme. Les problèmes idéologiques ne peuvent être réglés par la force et on ne peut imposer à un État l'idéologie qui règne dans un autre État. Aucun homme sensé n'a jamais admis que les litiges d'ordre idéologique ou les questions relatives au régime social de tel ou tel autre pays doivent être réglés par la guerre. Les capitalistes n'approuvent pas le système socialiste ; notre idéologie, nos conceptions leur sont étrangères. Dans une égale mesure, nous, citoyens d'États socialistes, nous n'approuvons pas le régime capitaliste et l'idéologie bourgeoise. Mais, il nous faut vivre en paix et régler les problèmes internationaux qui se présentent par des moyens pacifiques seulement. De là découle la nécessité de faire des concessions mutuelles."


Extrait de "Les mémoires de l'Europe", tome VI, l'Europe moderne, sous la direction de Jean-Pierre Vivet, édition Robert Laffont, Paris, 1973


 

 

Khrouchtchev énonce un reproche qui lui est fait en 1959.



"(Les représentants des pays bourgeois) disent : les dirigeants soviétiques affirment qu'ils sont pour la coexistence pacifique et en même temps ils déclarent qu'ils luttent pour le communisme, et ils disent même que le communisme triomphera dans tous les pays. Quelle coexistence pacifique peut donc être réalisée avec l'Union soviétique si cette dernière lutte pour le communisme ?"


 

 

Internationalisation de l'économie et opinion de Khrouchtchev sur le Marché commun


Extrait de l'article de N. S. Khrouchtchev, " Problèmes actuels du système socialiste mondial ", 1962.

"Pourquoi les impérialistes, malgré toutes leurs contradictions, parviennent-ils à réaliser à l'échelle internationale, encore qu'incomplètement, leur coopération économique dans certains secteurs importants ?

Tout d'abord, on a ici la manifestation &emdash; sur une base contradictoire, il est vrai &emdash; de la tendance objective à l'internationalisation croissante de la vie économique, qui s'est considérablement renforcée de nos jours par suite du rapide progrès scientifique et technique.

Ensuite, devant la puissance croissante du système socialiste, dont l'économie est planifiée, devant l'essor rapide du mouvement de libération des peuples, les impérialistes sont amenés à rechercher le moyen d'atténuer les contradictions dans leur camp. Redoutant la compétition économique pacifique avec les pays du système socialiste, et devant la contradiction majeure de notre temps, celle qui oppose le capitalisme au socialisme, les impérialistes s'efforcent de repousser au second plan leurs contradictions internes.

Naturellement, il ne faut pas s'exagérer la portée des groupements impérialistes internationaux. On a beau porter aux nues en Occident l'idée d'intégration européenne et les résultats qu'elle donne, un fait demeure : les alliances créées par les impérialistes ne font pas disparaître les profondes contradictions intérieures et les tares inhérentes au monde capitaliste. Les blocs militaires et les groupements placés sous la direction des Etats-Unis connaissent des crises fréquentes, dues aux profondes contradictions qui existent entre les principales puissances impérialistes. Les intérêts d'un petit groupe d'Etats impérialistes se heurtent également à ceux des autres pays capitalistes, comme ils se heurtent aux intérêts de tous les peuples. Tout cela affaiblit obligatoirement les unions et les alliances impérialistes.

Mais ne pas exagérer les forces de l'adversaire, cela ne veut pas dire les ignorer. Ce serait faire preuve de légèreté et de myopie politique que de ne pas prêter attention aux desseins et aux agissements des chefs de file de l'intégration européenne. Les communistes luttent donc contre les tentatives d'utiliser le Marché commun et les autres groupements de ce genre d'une part pour la préparation d'une nouvelle guerre et le renforcement de la course aux armements, d'autre part à des fins de pression économique et politique sur les autres pays et particulièrement sur les jeunes Etats nationaux en plein développement. Nous avons dénoncé et nous continuerons à dénoncer les conséquences néfastes de l'intégration capitaliste pour les masses travailleuses.

En même temps, nous tenons compte des tendances objectives à l'internationalisation de la production qui agissent dans le monde capitaliste, et nous déterminons notre politique, nous prenons des mesures économiques en conséquence. Et ici se pose la question de la possibilité d'une coopération économique et d'une compétition économique pacifique non seulement entre des Etats ayant des régimes sociaux différents, mais également entre les unions économiques dont font partie les uns et les autres.

La tendance des milieux impérialistes à profiter de l'intégration de l'Europe occidentale pour constituer entre plusieurs Etats des groupements économiques fermés, de caractère agressif, représente un danger qui ne saurait nous échapper. Cette politique de l'Occident dresse des barrières sur la voie du développement du commerce mondial et de la coopération entre les groupements économiques des deux systèmes. Tout autre est l'attitude des Etats socialistes, qui, dans la situation nouvelle, font des propositions tendant à étendre les relations commerciales entre les pays des deux systèmes opposés."

(in "Nouvelle Revue internationale", septembre 1962, p. 14 et suiv.)
Extrait de Jacques Dalloz, "Textes sur la décolonisation", PUF, Paris, 1989.


 

Rapports USA-Europe selon Kennedy

« (...) Nous ne regardons pas une Europe forte et unie comme une rivale, mais comme une associée. Apporter une aide à ses progrès a constitué un objectif fondamental de notre politique étrangère pendant dix-sept ans. Nous croyons qu’une Europe unie sera capable de jouer un plus grand rôle dans la défense commune, de répondre plus généreusement aux besoins des nations plus pauvres, de se joindre aux États-Unis et à d’autres pays pour abaisser les barrières douanières, de résoudre les problèmes de devises et de marchandises, et de mettre en oeuvre une politique coordonnée dans tous les autres domaines : économique, politique et diplomatique. Nous voyons dans une telle Europe une associée avec laquelle nous pourrions mener, sur une base de pleine égalité, toutes les lourdes et grandes tâches qui ont trait à l’édification et à la défense d’une communauté de nations libres.

Il serait prématuré, en ce moment, de faire plus que de souligner la haute considération que nous accordons à la formation de cette association. La première chose à faire est, pour nos amis européens, d’aller de l’avant en formant l’union plus parfaite qui rendra quelque jour cette association possible.

Un grand édifice nouveau ne se construit pas du jour au lendemain. (...) L’édification de l’association atlantique ne sera achevée ni aisément, ni à bas prix.

Mais je dirai ici aujourd’hui, en ce jour anniversaire de l’indépendance, que les États-Unis sont prêts à souscrire à une déclaration d’interdépendance, que nous sommes en mesure de discuter avec une Europe unie des voies et des moyens de former une association atlantique concrète – association au bénéfice mutuel de la nouvelle union qui se dessine actuellement en Europe et de la vieille union américaine fondée ici, il y a 175 ans.

Tout cela ne sera pas achevé en un an, mais que le monde sache que c’est aujourd’hui notre but. (...)

Aujourd’hui, les Américains doivent apprendre à penser intercontinentalement.

Agissant de notre propre mouvement, nous ne pouvons pas établir la justice à travers le monde, nous ne pouvons pas assurer sa tranquillité intérieure, ni pourvoir à sa défense commune, ni promouvoir la prospérité générale, ni garantir les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à nos enfants. Mais, unis aux autres nations libres, nous pouvons faire tout cela et plus encore. Nous pouvons aider les nations en cours de développement à rejeter le joug de la pauvreté. Nous pouvons équilibrer nos échanges et nos paiements mondiaux au plus haut niveau possible d’expansion. Nous pouvons mettre sur pied une force de dissuasion assez puissante pour prévenir toute agression. Et, en définitive, nous pouvons contribuer à l’avènement d’un monde où règnent le droit et le libre choix, un monde d’où seraient bannies la guerre et l’oppression.
Car l’association atlantique dont je parle ne peut se tourner seulement vers l’intérieur, se préoccuper de sa propre prospérité et de ses propres progrès. Elle doit se tourner vers l’extérieur et coopérer avec toutes les nations en faisant face à leurs soucis communs. Elle doit servir de noyau à l’union finale de tous les hommes libres – ceux qui sont libres aujourd’hui et ceux qui souhaitent l’être un jour. (...). »


John F. KENNEDY, « Allocution à l’Independence Hall, Philadelphie », 4 juillet 1962. Extraits traduits in http://www.cvce.eu/content/publication/1999/1/1/052b3b13-dfe1-40df-9396-3a007abbb425/publishable_fr.pdf . Source : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=8756&st=&st1=#axzz1h5TwADrU [consultés le 30 mars 2012]


 

Le genre de paix que nous désirons.


Discours de John Kennedy
UNIVERSITE AMERICAINE, WASHINGTON, D.C., le 10 juin 1963


"Il est peu de choses terrestres plus belles qu'une université", écrivait John Masefield dans l'hommage qu'il rendait aux universités anglaises - et ces mots sont également vrais ici. Il ne voulait pas parler des flèches et des tours, des vertes pelouses et des murs couverts de lierre. Il admirait la rayonnante beauté d'une université parce que c'était, disait-il, "le lieu où ceux qui haïssent l'ignorance peuvent s'efforcer de s'instruire, où ceux qui perçoivent la vérité, peuvent s'efforcer de la faire comprendre aux autres".

J'ai donc choisi ce moment et ce lieu pour discuter une question sur laquelle l'ignorance est trop souvent répandue, et la vérité trop rarement perçue. Et c'est pourtant la plus importante question sur la terre : la paix mondiale.

Quelle sorte de paix veux-je évoquer ? Quelle sorte de paix recherchons-nous ? Non une Pax Americana imposée au monde par les armes de guerre américaines ; non la paix du tombeau ou la sécurité de l'esclave. Je parle de la paix authentique, la sorte de paix qui fait que la vie sur terre vaut d'être vécue ; la sorte de paix qui permet aux hommes et aux nations de croître, d'espérer et d'édifier une vie meilleure pour leurs enfants ; non seulement la paix pour les Américains, mais la paix pour tous les hommes, non seulement la paix dans notre temps, mais la paix dans tous les temps.

Je parle de la paix en raison du nouvel aspect de la guerre. La guerre totale est absurde en un âge où les grandes puissances peuvent maintenir de puissantes forces nucléaires relativement invulnérables et refuser de capituler sans avoir recours à ces forces. Elle est absurde en un âge où une seule arme nucléaire représente près de dix fois la force explosive de toutes les armes lancées par les forces aériennes alliées pendant la seconde guerre mondiale. Elle est absurde en un âge où les poisons mortels produits par l'emploi réciproque d'armes nucléaires seraient transportés par le vent, par l'eau, par le sol et par les graines jusqu'aux coins les plus reculés du globe et contamineraient les générations à venir.

Aujourd'hui, les milliards de dollars que nous dépensons tous les ans pour nous procurer des armes dans l'intention de nous assurer que nous n'aurons jamais besoin de les utiliser sont indispensables au maintien de la paix. Mais, sans aucun doute, l'acquisition de tels stocks inactifs - qui ne peuvent que détruire et jamais créer - n'est pas le seul moyen, et encore moins le moyen le plus efficace d'assurer la paix.

Je parle donc de la paix comme de la fin nécessaire et raisonnable que doivent envisager des hommes raisonnables. J'ai conscience que la poursuite de la paix n'est pas aussi spectaculaire que celle de la guerre, et souvent les termes employés par ceux qui la poursuivent tombent dans des oreilles lasses. Mais nous n'avons pas de tâche plus urgente.

Certains disent qu'il est vain de parler de paix mondiale, de droit mondial ou de désarmement mondial, et que cela sera vain aussi longtemps que les dirigeants de l'Union soviétique n'adopteront pas une attitude plus éclairée. J'espère qu'ils le feront , je crois que nous pouvons les y aider. Mais je crois aussi que nous devons examiner notre propre attitude, sur le plan individuel comme sur le plan national, car notre attitude est aussi essentielle que la leur. Et chaque diplômé de cette école, chaque citoyen conscient que la guerre désespère et qui souhaite concourir à l'avènement de la paix, devrait commencer par s'interroger, par examiner sa propre attitude vis-à-vis des possibilités de paix, vis-à-vis de l'Union soviétique, vis-à-vis du cours de la guerre froide et vis-à-vis de la liberté et de la paix ici, dans notre pays.

Premièrement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de la paix elle-même. Trop d'entre nous pensent qu'elle est impossible, qu'elle est irréelle. Mais c'est une conception dangereuse, défaitiste. Elle mène à la conclusion que la guerre est inévitable, que l'humanité est condamnée, que nous sommes sous l'emprise de forces que nous ne pouvons contrôler.

Il n'y a pas de raison d'accepter cette façon de voir. Nos problèmes sont créés par l'homme, ils peuvent donc être résolus par l'homme. Et l'homme peut être aussi grand quand il le veut.(...)

(...) La paix mondiale, comme la paix locale, n'exige pas que chaque homme aime son voisin. Elle exige que tous vivent en intelligence, soumettent leurs différends à un mode d'arbitrage juste et pacifique. Et l'histoire nous enseigne que les inimitiés entre nations comme entre individus ne sont pas éternelles, quelque profondément enracinées que puissent sembler nos sympathies et nos antipathies.(...)

Deuxièmement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de l'Union soviétique. Il est décourageant de penser que les dirigeants soviétiques croient vraiment ce qu'écrivent continuellement leurs propagandistes. Il est décourageant de lire un texte soviétique récent sur la stratégie militaire qui fait autorité, et d'y trouver page après page, des déclarations incroyables et dénuées de tout fondement, telles que l'allégation selon laquelle "les milieux impérialistes américains se préparent à déclencher divers types de guerre...Il existe une réelle menace de guerre préventive dirigée par les impérialistes américains contre l' Union soviétique... et les buts politiques des impérialistes américains sont de réduire en esclavage économique et politique les pays européens et autres pays capitalistes...et de s'assurer la domination du monde...par le moyen de guerres d'agression".

A vrai dire, comme on l'a écrit il y a bien longtemps . "Le méchant s'enfuit alors que personne ne le poursuit." Cependant, il est triste de lire ces déclarations soviétiques - de se rendre compte de la largeur du gouffre qui nous sépare. Mais c'est aussi un avertissement - un avertissement donné au peuple américain pour qu'il ne tombe pas dans le même piège que les Soviétiques, pour qu'il ne se fasse pas seulement une image déformée et désespérément pessimiste de l'autre camp, pour qu'il ne considère pas les conflits comme inévitables, les arrangements comme impossibles et les communications comme rien de plus qu'un échange d'épithètes et de menaces.

Aucun gouvernement, aucun système social n'est si mauvais que le peuple qu'il représente doive être considéré comme manquant de toute qualité. Nous, Américains, nous avons une aversion profonde pour le communisme, en tant qu'il constitue une négation de la liberté et de la dignité de la personne. Mais nous pouvons encore rendre hommage au peuple russe pour ses nombreuses réalisations dans le domaine de la science et de l'espace, du développement économique et industriel, de la culture et du courage.

Parmi les nombreux traits que les peuples de nos deux pays ont en commun, aucun n'est plus fort que notre haine commune de la guerre. (...)

Troisièmement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de la guerre froide. Rappelons que nous ne sommes pas engagés dans un débat où nous chercherions à multiplier les sujets de dissension. Nous ne sommes pas ici pour distribuer le blâme ou désigner le coupable du doigt. Nous devons prendre le monde tel qu'il est et non tel qu'il aurait pu être si l'histoire des dix-huit dernières années avait été différente.(...) Nous ne voulons pas imposer notre système à tout un peuple qui n'en veut pas, mais nous voulons et nous pouvons nous engager dans une compétition pacifique avec n'importe quel autre système sur la Terre. (...)"

John F. Kennedy,"The Burden and the Glory", 1964


extrait plus court du même discours

La guerre totale est absurde

« La guerre totale est absurde en un âge où les grandes puissances peuvent maintenir de puissantes forces nucléaires relativement invulnérables et refuser de capituler sans avoir recours à ces forces. (...) Aujourd'hui, les milliards de dollars que nous dépensons tous les ans pour nous procurer des armes dans l'intention de nous assurer que nous n'aurons jamais besoin de les utiliser sont indispensables au maintien de la paix. Mais, sans aucun doute, l'acquisition de tels stocks inactifs - qui ne peuvent que détruire et jamais créer - n'est pas le seul moyen, et encore moins le moyen le plus efficace d'assurer la paix. (...) La paix mondiale, comme la paix locale, n'exige pas que chaque homme aime son voisin. Elle exige que tous vivent en intelligence, soumettent leurs différends à un mode d'arbitrage juste et pacifique. (...)

Nous, Américains, nous avons une aversion profonde pour le communisme, en tant qu'il constitue une négation de la liberté et de la dignité de la personne. Mais nous pouvons encore rendre hommage au peuple russe pour ses nombreuses réalisations dans le domaine de la science et de l'espace, du développement économique et industriel, de la culture et du courage. (...) Nous ne voulons pas imposer notre système à tout un peuple qui n'en veut pas, mais nous voulons et nous pouvons nous engager dans une compétition pacifique avec n'importe quel autre système sur la Terre. »

Discours de John F. Kennedy prononcé à l'université de Washington, 10 juin 1963.




 

Le printemps de Prague

PROGRAMME D'ACTION DU COMITE CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE TCHECOSLOVAQUE (5 AVRIL 1968)


«La reconnaissance des intérêts divers des groupes sociaux et des individus et leur unification exigent l'élaboration et l'application d'un nouveau système politique d'un nouveau modèle de démocratie socialiste.

Aujourd'hui lorsque s'effacent les différences de classe, le critère principal d'évaluation des gens dans la société est celle-ci : dans quelle mesure tel homme contribue-t-il au développement social ? Le Parti a souvent critiqué les conceptions égalitaristes mais, dans la pratique le nivellement s'est étendu dans une mesure sans précédent et est devenu l'un des principaux freins au développement économique intensif et à l'élévation du niveau de vie.

Si nous nous efforçons aujourd'hui d'éliminer les tendances égalitaristes, de mettre en valeur les principes du rendement, nous ne voulons pas ainsi créer quelques nouvelles couches privilégiées. Nous voulons que, dans tous les secteurs de notre vie sociale, la rémunération des gens dépende de l'importance sociale et de l'efficience de leur travail, du déploiement de l'initiative personnelle, du degré de responsabilité. Ceci est conforme à l'intérêt du développement de toute notre société. Le principe du rendement élève la maturité technique, la rentabilité et la productivité du travail, l'autorité et les pouvoirs des dirigeants responsables, le principe de l'intéressement matériel ; il souligne l'importance de la qualification de tous les travailleurs. (...) Si aux postes dirigeants ne se trouvent pas des cadres socialistes professionnellement qualifiés, instruits, le socialisme ne pourra pas supporter la confrontation avec le capitalisme. (...)

Le Parti communiste ne joue pas son rôle dirigeant en dominant la société, mais en servant avec le plus grand dévouement à son développement socialiste. Il ne peut imposer son autorité mais doit la gagner constamment par ses actions. Il ne peut imposer sa ligne par des ordres, mais par le travail de ses membres, par la vérité de ses idéaux.

Le rôle dirigeant du Parti a été souvent conçu dans le passé, comme une concentration et un monopole du pouvoir dans l'appareil du Parti. Cela correspondait à l'idée fausse que le Parti est l'instrument de la dictature du prolétariat. Cette conception néfaste a affaibli l'initiative et la responsabilité des institutions d'Etat, des organismes économiques et sociaux, a porté atteinte à l'autorité du Parti et l'a empêché d'accomplir sa fonction propre. Le but du parti n'est pas de devenir l'administrateur universel de la société, de lier toutes les organisations, et chaque pas dans la vie, par ses directives. Sa mission est avant tout d'éveiller l'initiative socialiste, de montrer la voie et les réelles possibilités des perspectives communistes et, par une activité systématique de persuasion et par l'exemple personnel des communistes, gagner à ces perspectives tous les travailleurs.

L'arme la plus efficace contre l'introduction des méthodes du centralisme bureaucratique dans le Parti est d'accroître la participation des membres du Parti à l'élaboration de la ligne politique, le renforcement du rôle réellement démocratique des organes élus. Chaque membre du parti et des organes du parti a non seulement le droit, mais encore le devoir de présenter toute initiative, toute critique, toute opinion différente sur les questions traitées et s'opposer à tout fonctionnaire. Cette pratique doit prendre fermement racine, si le Parti veut éviter le subjectivisme dans son activité. Il est intolérable de créer autour de ceux qui ont défendu des points de vue différents une atmosphère de méfiance et de suspicion (...).

La «participation du peuple» s'est bornée, pendant de longues années, à la participation à l'application de directives, sans participation à l'examen des décisions prises. (...) Le Comité central est fermement décidé à surmonter un tel état de choses. Il s'agit de changer tout le système politique de sorte qu'il permette un développement dynamique des rapports sociaux socialistes, qu'il unisse une large démocratie, à la direction scientifique. A l'élaboration de la politique d'Etat participent le Front national, les partis politiques qu'il regroupe, et les organisation de masse. Les partis politiques du Front national sont des partenaires ; leur activité politique part du programme politique commun du front national ; elle doit évidemment respecter la Constitution tchécoslovaque fondée sur le caractère socialiste des rapports sociaux dans le pays. (...)

Le socialisme ne peut seulement signifier la libération des travailleurs de la domination des rapports de classe et de l'exploitation, mais aussi un plein épanouissement de la personnalité. Il doit offrir plus que n'importe quelle démocratie bourgeoise. Aux travailleur libérés de la classe des exploiteurs, on ne peut dicter, par une interprétation arbitraire du pouvoir, sur quoi ils peuvent être informés, et sur quoi ils ne peuvent pas l'être, quelles idées ils peuvent ou non exprimer en public. (...)

Le Parti a conscience que des adversaires idéologiques du socialisme peuvent tenter de profiter du mouvement de démocratisation. A l'étape actuelle du développement, dans les conditions de notre pays, il convient d'appliquer le principe qu'on ne peut faire face à l'idéologie bourgeoise que par une lutte idéologique ouverte, sous le contrôle du peuple entier. On ne peut gagner des gens aux idées et à la politique du Parti que par une lutte appuyée sur l'activité pratique des communistes en faveur du peuple, par des informations vraies et complètes, par une analyse scientifique.

Autre fait grave : l'on a pas effectué jusqu'ici avec toutes ses conséquences politiques et civiques, la réhabilitation des communistes et non-communistes qui ont été victimes de l'arbitraire ces dernières années. Sur l'initiative des organes du comité central du PCT, on examine pourquoi les décisions du Parti en ce sens n'ont pas été exécutées ; là où les injustices n'ont pas été réparées, on y procédera (...).»


Cité par Roger GARAUDY, La Liberté en sursis, Fayard, 1968, pp.50-55




 

Doctrine Brejnev (1968)


"Nous ne pouvons accepter que des forces hostiles fassent dévier nos pays de la voie du socialisme et menacent d'arracher la Tchécoslovaquie à la communauté socialiste. (...) Nous n'accepterons jamais que les conquêtes historiques du socialisme puissent être menacées. Nous n'accepterons jamais que l'impérialisme, pacifiquement ou non, de l'intérieur ou de l'extérieur, fasse une brèche dans le système socialiste et change à son avantage le rapport des forces en Europe."

message au PC tchécoslovaque des PC d'URSS, Pologne, Bulgarie et Hongrie (juillet 1968), tiré de Histoire Terminal Bertrand-Lacoste




Dans Cliotexte, il y a aussi des textes sur la Crise de Suez, la Crise de Cuba et la RFA et la RDA.

Dans ma page d'adresses vous trouverez des liens avec ce sujet :
Relations internationales

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