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Mondialisation, pensée néolibérale, crises actuelles, clonage

15 pages A4, 20 documents

[indications hors texte]


L'objet de la science économique


La science économique, que l'on appelait autrefois "économie politique", a pour objet la connaissance des règles de fonctionnement auxquelles obéissent les activités économiques telles qu'elles s'organisent spontanément au sein des collectivités humaines.
Sa méthode consiste pour l'essentiel à déduire, de l'observation des faits, l'existence de certains liens d'interdépendance et de relations de cause à effet. La démarche a pour but de comprendre les mécanismes économiques et de modéliser le fonctionnement de l'économie dans son ensemble; ce faisant, on en construit une représentation simplifiée, en forme de modèle mathématique, afin notamment de tenter d'en prévoir et d'en mesurer les réactions à des chocs externes ou à des changements de politique économique.
Les lois ainsi dégagées permettent d'expliquer le fonctionnement économique de la société. (...)

Comment gérer des ressources rares

L'existence, parmi les activités humaines, d'activités proprement économiques découle du postulat fondamental selon lequel les ressources productives sont rares, alors que les besoins qu'elles servent à satisfaire sont illimités. Il en découle que des ressources naturelles longtemps considérées comme disponibles en abondance, telles l'air que nous respirons ou l'eau de nos lacs et rivières, ont été et sont encore dans une certaine mesure exclues du champ de l'analyse; elles ne constituent pas, au sens étroit du terme, des biens économiques .
La science économique étudie donc les processus par lesquels des ressources rares sont affectées à la production de biens et services, d'une manière qui permette la plus grande satisfaction possible des besoins pris en considération. Toute l'analyse repose sur l'hypothèse selon laquelle les agents économiques (producteurs, échangistes, consommateurs) se comportent toujours de manière rationnelle; ils effectuent leur choix, dans le cadre des possibilités et des contraintes budgétaires qui sont les leurs, d'une manière qui correspond pour eux à la plus grande utilité totale.

Au centre, le marché
Le coeur de l'analyse économique est constitué par le mécanisme du marché, lieu (physique, virtuel, voire implicite) où s'effectuent les échanges entre producteurs (vendeurs) et consommateurs (acheteurs).


Citation extraite de la "Fiche d'information économique 0.00" de la Société Jeunesse et Économie, décembre 1995


 

Un texte d'origine :



"En dirigeant son industrie de manière à gagner le plus de valeur possible, chaque individu ne pense qu'à son propre gain. En cela, comme en beaucoup d'autres circonstances, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entrait nullement dans ses intentions. Et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société que s'il avait réellement pour but d'y travailler. Je n'ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses."


Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (liv. IV, chap 2), 1776


 

Quelques avis divergents sur les "lois du marché":



"Il n'est pas vrai que les individus possèdent un droit imprescriptible à une liberté absolue dans leur activité économique. Il n'existe aucune convention accordant un privilège éternel à ceux qui possèdent ou à ceux qui acquièrent des biens. Le monde n'est pas ainsi fait, les forces divines qui le mènent ne veillent pas à ce que l'intérêt particulier coïncide toujours avec l'intérêt général. Les forces humaines qui y règnent n'assurent pas davantage que ces intérêts coïncident toujours en pratique et on ne peut déduire avec raison d'aucun des principes d'économie politique que l'intérêt privé, même lorsqu'il est bien compris, assure toujours l'intérêt général. Pas plus qu'il n'est exact de dire que l'intérêt privé soit généralement bien compris; la plupart du temps, les individus qui agissent isolément pour parvenir à leurs propres fins sont trop ignorants ou trop faibles pour y réussir. Et d'après l'expérience, rien ne prouve que les individus rassemblés en un groupement social, soient toujours moins clairvoyants que lorsqu'ils agissent séparément."

John Maynard Keynes, Essais de persuasion , trad. française, Gallimard, 1931.



"Dans l'économie de marché comme dans la Nature, l'ordre naît du chaos : l'agencement spontané de millions d'informations conduit non au désordre, mais à un ordre supérieur. Le premier, Adam Smith avait su pressentir cela dans La Richesse des nations , il y a deux siècles.
Nul ne peut savoir, précise Hayek, comment planifier la croissance économique, parce que nous n'en connaissons pas véritablement les mécanismes; le marché met en jeu des décisions si nombreuses qu'aucun ordinateur, aussi puissant soit-il, ne pourrait les enregistrer."

Guy Sorman, Les vrais penseurs de notre temps, Paris, Fayard, 1989, p. 245, entretien avec Friedrich von Hayek, chantre de l'ultralibéralisme.



"Soulever la question, c'est d'abord poser celles de la rationalité des comportements économiques, qu'ils soient individuels ou collectifs. On aurait tort de croire, en effet, que l'économie n'obéit qu'à la logique rigoureuse de l'intérêt. Tort d'imaginer que les agents économiques n'agissent jamais qu'après avoir soigneusement pesé le pour et le contre d'une décision , de sorte que la somme de leurs intérêts individuels puisse se trouver in fine harmonisée par la fameuse main invisible du marché. L'homo conomicus idéal, au comportement mathématique, aux décisions calculées froidement, cet individu rigoureusement logique que citent les théoriciens à l'appui de leurs démonstrations, n'existe pas. Autrement dit, les passions, l'irrationnel, les modes changeantes et les engouements mimétiques gouvernent l'économie bien davantage qu'on ne le croit. Quant aux gouvernements, qui sont démocratiquement désignés, ils ne sauraient s'affranchir des préférences -- même déraisonnables -- de leurs électeurs. En matière économique comme ailleurs, il ne suffit pas qu'une idée soit bonne en soi, ni même qu'elle ait fait ses preuves. Il faut aussi qu'elle soit politiquement vendable.

Michel Albert, Capitalisme contre Capitalisme , Paris, 1991, p. 218.


 

Théories économiques et réponses à la crise:



"Depuis que Nicolas Oresme a inventé la science économique, les gouvernements cherchent à se référer, dans la conduite des affaires économiques de l'Etat, à une doctrine, une école, un savoir-faire. La doctrine économique peut se cataloguer - en simplifiant - en trois courants de pensée :

- l'école keynésienne qui situe le raisonnement au niveau du gouvernement et qui se préoccupe de l'équilibre général, du plein-emploi;
- l'école des descendants d'Adam Smith (fort nombreux et très divers) qui expliquent l'économie en partant de la gestion et de la croissance de l'entreprise;
- les disciples de Karl Marx dont l'analyse est liée au remplacement du capitalisme.

On pourrait ajouter le courant très intellectuel des disciples de Schumpeter qui veulent expliquer chaque événement économique en dehors des faits, sur la base d'un raisonnement rigoureux.

Il s'agit bien là de doctrines. Quant aux pratiques - que l'on appelle les politiques économiques - on a distingué essentiellement, pour les économies non communistes, les pratiques relevant du keynésianisme et celles dites du monétarisme.

Aucune méthode il est vrai n'a évité la crise ! Qu'ont donc fait les gouvernements ? Pour les monétaristes, que l'on identifie parfois à M. Friedman de l'école dite de Chicago, la politique économique a une base monétaire à court terme. En agissant sur la masse monétaire, on peut influencer la demande. C'est une application raffinée de la théorie quantitative de la monnaie d'Irving Fisher. Cette école monétariste, qui a exercé et exerce encore une grande influence pratique, connaît actuellement plusieurs variantes. On a dit du monétarisme qu'il était la politique économique du frein, parce qu'en période de difficulté, le gouvernement agit sur la masse monétaire pour freiner les dépenses, bloquer les salaires, etc.

Les keynésiens sont les adeptes d'une politique économique se référant aux théories de John Maynard Keynes (1883-1946). Pour Keynes, la demande est à la base de la production et de l'emploi. L'intervention de l'Etat par une politique budgétaire (déficitaire s'il le faut) et monétaire (sans tenir compte de la stabilité de la monnaie) doit assurer le plein-emploi. Les dépenses d'investissements doivent absorber les excédents de main-d'oeuvre inemployée. Cette théorie - appliquée pour la première fois par le président Roosevelt - était véritablement révolutionnaire à l'époque où elle fut énoncée.

Le monétarisme et le keynésianisme ont été les deux modèles de gouvernement de ces dernières décennies. En Angleterre, après l'échec de la politique de l'accélérateur qui voulait relancer les investissements tout en évitant la hausse des prix et des salaires (...) et qui fit perdre les élections aux travaillistes, Mme Thatcher adopte la politique du frein.

En France, le gouvernement de M. Mitterrand, après s'être inspiré de Keynes, se replie vers une politique monétariste nuancée. Ce fut d'ailleurs le même scénario sous le gouvernement précédent ! En Belgique comme aux Etats-Unis, on a dû renoncer au déficit budgétaire de type keynésien, trop lourd de conséquences dans les circonstances du moment (...) mais dans les deux pays, c'était trop tard. Carter, président keynésien, devint monétariste en 1978. Reagan, extra-monétariste, parvint à de meilleurs résultats, mais au prix d'un lourd déficit budgétaire de type keynésien ! La Suède, championne de l'accélérateur, dut également recourir à une politique plus rigoureuse et presser sur le frein monétariste. Ces exemples montrent qu'il est difficile de soutenir que la gauche est keynésienne et la droite monétariste...

On constate donc que face à la crise actuelle, aucune de ces politiques économiques n'est opérante. Est-ce parce que les conditions sociales et politiques ont empêché les gouvernements d'appliquer rigoureusement et assez longtemps leur politique, qu'elle soit celle du frein ou celle de l'accélérateur? C'est ce que cherchent à démontrer actuellement certains économistes. En fait, c'est l'ampleur de la forme actuelle de la crise et de ses composantes qui font que ces politiques économiques traditionnelles ne fonctionnent plus. La politique monétariste de la Dame de fer a pour conséquence d'augmenter le chômage, lequel coûte très cher et freine la modernisation des entreprises. Le coup de frein aurait exigé ce que Michel Albert appelle le consensus.

Quand à la politique de l'accélérateur, elle exige qu'il y ait croissance économique. Le scénario développé par Keynes est d'autre part entravé par la nouvelle interdépendance des économies nationales et par le déficit extérieur.

Ainsi, pour limiter les dégâts provoqués par la crise actuelle, on ne peut que doser les deux médecines, au gré des circonstances. C'est ce qu'ont fait avec un relatif succès l'Allemagne et l'Autriche. Enfin, les exigences électorales jouent un rôle !

Face à la crise actuelle, les gouvernements sont donc démunis. Il faut attendre une nouvelle relance générale par la demande (...) et peut-être un nouveau Keynes !


Roger Schindelholz, Le Démocrate, 1992

 




"La fin de l'année 1992 aura marqué symboliquement l'achèvement d'une longue décennie qui fut dominée par l'écroulement des Etats dirigistes et le triomphe de l'ultralibéralisme. Rien ne remettra en cause dans les années prochaines le remplacement d'une planification dégradée en contrôle bureaucratique de l'économie par le marché...
Le marché est le seul moyen de se débarrasser de tous les types de nomenklatura, mais il n'est rien de plus. Sans lui, rien n'est possible, mais il n'apporte pas lui-même de solutions et les pays qui s'en remettent à lui seul ont les plus fortes chances de s'écrouler dans le chaos ou dans les conséquences d'une inégalité insupportable."

Alain Touraine,"La fête ultralibérale est finie", article du Nouveau Quotidien du 9.2.1993.


 

Les nouveaux maîtres de la planète :


Bien qu'ils ne soient pas des élus, bien qu'ils soient anonymes et souvent étrangers, les grands investisseurs mondiaux en bons du trésor américain disposent désormais, fort probablement, d'un pouvoir sans précédent - peut-être même d'un droit de veto - sur la politique américaine écrivait dans le Wall Street Journal (9 .11.1992 édition européenne) le porte-parole des milieux d'affaires américains, quelque jours après la victoire de Bill Clinton en novembre 1992.

En septembre dernier, le très libéral quotidien britannique des finances Financial Times (30.11.1994) renchérissait. Parce que ce sont eux qui traitent les milliards et les milliards de dollars de capitaux qui transitent d'un pays à l'autre chaque jour, les marchés financiers sont devenus à la fois le gendarme, le juge et le jury de l'économie mondiale, ce qui ne laisse pas d'être inquiétant, étant donné leur propension à voir les événements et les politiques à travers les verres déformants de la peur et de la cupidité.

Après les turbulences du Système monétaire européen de septembre 1992, son éclatement l'été suivant et la crise mexicaine de décembre, la chute du dollar et de la lire, les dévaluations de la peseta et de l'escudo et les attaques contre le franc français donnent raison à ceux qui pensent que les marchés financiers sont devenus les véritables maîtres de la planète. Les turbulences monétaires trouvent certes des explications dans le niveau gigantesque de la dette extérieure américaine, les déficits des balances de paiements de nombreux pays, l'instabilité politique, mais la globalisation des marchés des changes amplifie comme jamais les mouvements des cours des devises. Ces turbulences démontrent surtout que la partie la plus importante et de loin la plus rentable des activités financières se déroule sur le marché des changes affirme François Chesnais dans La mondialisation du capital (Paris, Syros, 1994).

La raison ? La libéralisation et la globalisation du marché à quoi s'ajoute les nouveaux réseaux informatiques et les progrès des télécommunications qui permettent aux investisseurs de vagabonder où bon leur semble. Au cours des années 80, le volume des transactions sur devises a été multiplié par dix. C'est le compartiment des marchés financiers qui a subi la plus forte croissance. Selon une enquête de la Banque des règlements internationaux, le volume des transactions a atteint 1000 milliards de dollars en 1992. Seuls 3 % de ces opérations sont liées aux échanges de marchandises. ce qui fait dire à Henri Bourguinat que le marché des changes est devenu l'économie internationale de spéculation (in "Renégocier Bretton Woods ? La spéculation internationale comme trouble-fête", 1994) ; la spéculation étant définie comme une opération dont l'objectif n'est que le profit qu'elle peut engendrer. Il ne faut jamais faire de raisonnement économique. C'est le meilleur moyen de perdre son pognon. Ce qui m'intéresse, c'est de dégager un résultat positif chaque soir , expliquait hier dans Le Monde (11.3.1995) un responsable d'une salle de marché.

Face aux milliards de dollars qui se promènent chaque jour sur les réseaux informatiques de la planète, les réserves en devises des banques centrales se révèlent insuffisantes. Leurs interventions ratées, vendredi dernier, pour enrayer la baisse du dollar le prouvent. Plus grave, leurs actions font le jeu des spéculateurs. Ainsi, la hausse de trois centimes pour un dollar jeudi, suite aux déclarations de plusieurs ministres et de la Bundesbank, a rempli les poches des investisseurs (hedge funds, banques, assurances, caisses de pension, etc.) qui ont misé mercredi sur la monnaie américaine lorsqu'elle était au plus bas.

Pour Alain Minc, cela ne peut plus continuer ainsi. Les résultats peuvent être dévastateurs pour le libéralisme. Les marchés financiers représenteront-ils pour lui ce que le stalinisme a incarné pour l'idée socialiste ? Une logique poussée jusqu'à l'extrême limite, une perversion absolue, une caricature rédhibitoire dont le libéralisme fera, un jour, les frais (Alain Minc, "Le Nouveau Moyen Age", Paris, Gallimard, 1993). Pour tenter d'enrayer la toute puissance du marché des changes, l'Américain James Tobin, Prix Nobel d'économie 1981, a réitéré l'an dernier la proposition qu'il avait déjà faite en 1978 de prélever une taxe internationale. Une taxe de 0,5 % , affirme-t-il, serait un facteur extrêmement dissuasif pour ceux qui envisageraient un aller-retour rapide entre deux monnaies. L'intention est de freiner les mouvements de capitaux spéculatifs. Les recettes potentielles seraient considérables : plus de 1500 milliards de dollars par an.

La force des marchés financiers davantage que les Parlements nationaux ou les manifestations de citoyens en colère est désormais capable de déjouer la politique économique d'un pays si celle-ci ne lui convient pas. Les conséquences sociales de leurs actions leur importent peu. Les assassinats sur la grand-route me semblent des actes de charité comparés à certaines combinaisons financières écrivait déjà Honoré de Balzac au XIXe siècle."

Jean-Philippe Buchs, dans La liberté, 12.3.1995.

 


 

L'ALENA, triomphe du libre-échange

 

« Le Gouvernement du Canada, le Gouvernement des États-Unis d’Amérique et le Gouvernement des États-Unis du Mexique (...) ont convenu de ce qui suit :
Article 101 : Établissement de la zone de libre-échange
Les Parties au présent accord (...) établissent par les présentes une zone de libre-échange.
Article 102 : Objectifs
1. Les objectifs du présent accord, définis de façon plus précise dans ses principes et ses règles, notamment le traitement national, le traitement de la nation la plus favorisée et la transparence, consistent :
a) à éliminer les obstacles au commerce des produits et des services entre les territoires des Parties et à faciliter le mouvement transfrontières de ces produits et services ;
b) à favoriser la concurrence loyale dans la zone de libre-échange ;
c) à augmenter substantiellement les possibilités d’investissement sur les territoires des Parties ;
d) à assurer de façon efficace et suffisante la protection et le respect des droits de propriété intellectuelle sur le territoire de chacune des Parties ;
e) à établir des procédures efficaces pour la mise en oeuvre et l’application du présent accord, pour son administration conjointe et pour le règlement des différends ; et
f) à créer le cadre d’une coopération trilatérale, régionale et multilatérale plus poussée afin d’accroître et d’élargir les avantages découlant du présent accord. (...) »


Accord de libre-échange américain, 17 décembre 1992. Rapporté in http://www.nafta-sec-alena.org/fr/view.aspx?conID=590&mtpiID=ALL [consulté le 30 mars 2012].


 

"L'éconologie, vous connaissez ?


Les économistes ont inventé la stagflation (stagnation + inflation). Pourquoi n'adopteraient-ils pas ce nouveau barbarisme qu'est l'éconologie, c'est-à-dire le point de rencontre entre deux disciplines considérées jusqu'à ce jour comme contradictoires : l'économie et l'écologie. Le sommet de Rio est pour nous l'occasion d'en faire la suggestion, de voir si ce mariage de raison ne pourrait être transformé en mariage d'amour. Le problème réside dans l'intérêt que pourrait trouver l'industrie à se préoccuper de l'environnement, à trouver des instruments environnementaux conciliables avec l'économie de marché.

Ce rapprochement entre écologie et économie s'impose d'autant plus qu'il semble impensable d'obtenir de nos sociétés qu'elles sacrifient délibérément leur niveau de vie sur l'autel de la protection de l'environnement. Il s'agit donc de convaincre la grande industrie, les gouvernements et chaque citoyen que la prospérité ne sera bientôt plus qu'un lointain souvenir, l'économie étant dépendantes des ressources naturelles et de l'environnement.

SOS
Le tableau brossé par les scientifiques est éloquent : pollution des océans et des eaux, dégradation de l'atmosphère (effet de serre, désagrégation de la couche d'ozone), disparition de la forêt (200 millions d'hectares en vingt ans, soit 47 fois la Suisse), disparition des sols et des espèces animales, raréfaction de l'eau potable pour une population toujours plus nombreuse (1,6 milliard d'habitants de plus en vingt ans), urbanisation démesurée (Rio, Mexico...), désertification (120 millions d'hectares de désert de plus en vingt ans...). A cela s'ajoutent l'affaiblissement des économies du Nord et la pauvreté grandissante des pays du Sud !

Or, l'économie, au sens large, a de grandes responsabilités. Les théories économiques datent du XVIIIe et XIXe siècles, à une période où on pensait inépuisables les ressources de la terre et où les déchets étaient autodégradables. Ce n'est plus le cas et on a oublié que la nature, comme le capital et le travail, est l'un des facteurs de la production et qu'il n'est pas inépuisable.

A cela s'ajoute l'indifférence coupable de la population et de ses élus. Selon Hans Noll, un biologiste américain d'origine suisse, les gens ne se rendent pas compte que la situation est tellement désespérée que c'est l'environnement et non plus l'homme qu'il faut mettre au centre de nos préoccupations. Il ajoute, utopiquement, qu'il est urgent de renoncer au militarisme, qui doit faire place à un mouvement de solidarité international pour la protection de l'environnement.

Le débat actuel, à Rio comme en Suisse, montre bien l'aspect politique du problème. Les pays riches craignent qu'une contrainte écologique aggrave encore la crise, alors que les pays sous-développés refusent de sacrifier leur chance de développement sur l'autel de l'environnement sacrifié par les grandes puissances industrielles. Le récent refus de l' écotaxe, visant à stabiliser les émissions de CO2, par la Communauté européenne, illustre bien l'aspect politique du débat; cela est d'ailleurs en contradiction avec la politique de la CE en matière d'environnement, de ses quatre programmes d'action et ses 200 directives !

Selon Stephan Schmidheiny et son groupe, il faut entamer un débat politique qui aboutisse à fixer le prix de la nature et à une nouvelle définition du produit national brut, qui tienne compte des coûts globaux des facteurs de production que sont la nature, le travail et le capital. Il s'agit donc de rapprocher la rentabilité économique et la rentabilité écologique, en harmonisant leurs exigences, en éliminant leurs distorsions.

Vers le développement durable
Les écologistes ne sont pas les ennemis de l'économie. Ils comptent au contraire sur elle. Le rapprochement se situe dans la double perspective de la macro-économie et de la micro-économie. L'aspect macro-économique, touchant essentiellement le problème de l'énergie, a fait l'objet du sommet de Rio.

Sous l'angle de la micro-économie, c'est-à-dire au niveau de l'entreprise, il s'agira d'aller au-delà du principe du pollueur-payeur et arriver au stade où l'entreprise qui réussira sera celle qui saura supprimer ou réduire son impact sur la nature. Les exemples ne manquent pas. La contrainte environnementale, qui renchérit la production, peut être une réelle incitation à l'innovation, à de nouvelles technologies. C'est ce qu'affirmait récemment un grand industriel suisse. Pour Maurice Strong, le secrétaire et l'homme fort du Sommet de la Terre, la protection de l'environnement et les bonnes performances économiques vont de pair; le Ministère du commerce extérieur du Japon (MITI) estime que l'environnement doit être considéré comme l'élément moteur du développement de nouveaux marchés.

Intégrer le prix de la nature (environnement et pollutions) dans le calcul économique du prix, telle est l'idée qui permettra de marier l'économie et l'écologie et que les économistes nomment l'internalisation. Après l'appel du Club de Rome pour une croissance zéro vint l'idée enfin réaliste d'une croissance mise au service de l'environnement : le développement durable ou viable préconisé par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, présidée par Mme G.H. Brundtland. Le rapport Brundtland définit la croissance durable comme une croissance qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.

Ainsi, la théorie rejoint la pratique. Maints industriels ont en effet pris conscience que l'économie ne doit pas se comporter en ennemie de l'écologie et qu'un carcan de lois et règlements ne suffira pas. David de Pury, converti en industriel, en convient : de plus en plus d'entreprises réalisent que l'écologie est centrale pour notre avenir. Il est malheureusement encore vrai que la moitié des industriels n'ont encore aucune stratégie dans ce domaine.

L'économie alliée à la politique doit donc effectuer un virage radical, au-delà des législations, pour assurer la protection de la nature. Le développement durable doit prendre la relève de la croissance à tout prix; c'est ce qu'affirme Maurice Strong, qui estime le coût de l'opération à 175 milliards de dollars par an ! Mais à coup sûr, la lutte pour la sauvegarde de la terre aura deux conséquences fondamentales et exigera deux conditions : la lutte contre la pauvreté et la croissance démographique des pays du tiers monde et une réduction du train de vie, une nouvelle conception de la vie des pays occidentaux."


Roger Schindelholz, Le Démocrate, 25 juin 1992


 

Au forum de Davos,


A la réunion annuelle des principaux responsables de la planète (chefs d'Etat, banquiers, patrons de multinationales...) :

"Les accents triomphalistes n'ont pas manqué. M. Bill Gates, patron de Microsoft, a annoncé que la suprématie des Etats-Unis s'accentuerait : Les nouvelles technologies sont américaines; donc, c'est nous qui profiterons de l'explosion des marchés ! Et M. Raymond Barre, ancien premier ministre français, a claironné : le monde est entré dans une phase de croissance longue; désormais, les capitaux irradient l'ensemble de la planète.
Pourtant, pour la première fois, sur cet aréopage des élites, on a senti planer un doute, une inquiétude, le sentiment qu'une période d'euphorie précisément s'achève. (...) Le professeur Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos, a lui-même formulé la première mise en garde : La mondialisation est entrée dans une phase très critique. Le retour de bâton se fait de plus en plus sentir. On peut craindre qu'il ait un impact fort néfaste sur l'activité économique et la stabilité politique de nombreux pays.
D'autres experts ont fait un constat encore plus pessimiste. Ainsi, Mme Rosabeth Moss Kanter, ancienne directrice de la Harvard Business Review et auteur de l'ouvrage The World Class , a averti : Il faut créer la confiance chez les salariés, et organiser la coopération entre les entreprises afin que les collectivités locales, les villes et les régions bénéficient de la mondialisation. Sinon nous assisterons à la résurgence de mouvements sociaux comme nous n'en avons jamais vu depuis la seconde guerre. C'est également la grande crainte de Percy Barnevik, patron d'Asea Brown Bovery (ABB), l'une des principales compagnies énergétiques, qui a lancé ce cri d'alerte : Si les entreprises ne relèvent pas les défis de la pauvreté et du chômage, les tensions vont s'accroître entre les possédants et les démunis, et il y aura une augmentation considérable du terrorisme et de la violence.
Cette inquiétude se répand même dans les milieux les plus acquis au libéralisme. M. Bill Bradley, sénateur (démocrate) des Etats-Unis a révélé que, en raison de l'actuelle fureur compétitive, de la précarisation de l'emploi et de la baisse des salaires, les classes moyennes américaines vivent de plus en plus mal, et doivent travailler de plus en plus pour maintenir leur niveau de vie. C'est pourquoi l'hebdomadaire américain Newsweek n'a pas hésité à dénoncer récemment le killer capitalism (le capitalisme tueur), clouant au pilori les douze grands patrons qui, ces dernières années, ont congédié à eux seuls plus de 363 000 salariés ! Il fut un temps où licencier en masse était une honte, une infamie. Aujourd'hui, plus les licenciés sont nombreux, plus la Bourse est contente... , accuse ce journal qui, lui aussi, redoute un violent retour de bâton.
La mondialisation est en train de créer, dans nos démocraties industrielles, une sorte de sous-classe de gens démoralisé et appauvris. Qui affirme cela ? Un syndicaliste excité ? Un marxiste archaïque ? Non, tout simplement l'actuel ministre du travail américain, M. Robert Reich. Il vient de réclamer que les entreprises ayant manqué à leur devoir civique en réduisant le nombre de leurs salariés soient sanctionnées, obligées de payer une taxe supplémentaire.
Le bon sens l'emportera-t-il ? En viendra-t-on enfin à admettre que sans développement social il ne peut y avoir de développement économique satisfaisant ? Et qu'on ne peut bâtir une économie solide sur une société en ruine ?"


Article d'Ignacio Ramonet, rédacteur en chef, dans le Monde diplomatique de mars 1996.


 

"Ruiné par le cataclysme boursier d'octobre 1987 [en 1987, il y eut un crise boursière], un «petit porteur» [petits propriétaires d'actions] se pendit quelques jours plus tard à Madrid, dans un jardin public. Pour expliquer son geste, le désespéré laissa une lettre dans laquelle il dénonçait «les abus et le cannibalisme de la Bourse à l'égard des petits épargnants». Il y racontait également comment après avoir décidé de se suicider, il s'était accordé un ultime délai et avait choisi de se soumettre en quelque sorte au jugement de Dieu : «J'eus comme l'illumination que Dieu existait et que, peut-être, ma destinée n'était pas le suicide.» Il consacra alors le reste de ses économies à acheter des billets de loterie et à jouer au Loto. Pour voir «si Dieu y mettait du sien et [l'] aidait à [s'] en sortir». Mais le ciel resta désespérément silencieux, la chance ne lui sourit pas, et l'homme, finalement, se pendit.

Recourir à Dieu pour sauver la Bourse et faire remonter les actions, c'est également ce qu'ont décidé, en novembre 1987, les notables catholiques d'une ville italienne. Ils ont fait célébrer par le curé local une messe solennelle afin de conjurer la chute des cours.

Comment ne pas se tourner vers Dieu quand tout s'effondre autour de soi ? Quand les «sciences» économiques elles-mêmes se révèlent incapables d'apporter des corrections logiques aux furieux dérèglements de l'économie mondial ? Dérèglements et distorsions que les spécialistes eux-mêmes n'hésitent pas à qualifier d'«irrationnels»."

Extraits du livre d'Ignacio Ramonet, "Géopolitique du chaos", Paris, 1997 (chapitre "La montée de l'irrationnel"), paru dans "Le Monde diplomatique", septembre 1997


 

"En fait, nos sociétés se sabordent. On dirait que le but de nos dirigeants c'est de faire des pays prospères des régions pauvres, tout en enrichissant une infime minorité de la population. Aux Etats-Unis, les revenus des 10 % les plus riches ont progressé de 22 % et ceux des plus pauvres ont baissé de 21 %. Le rapport entre le salaire moyen des PDG et celui des ouvriers est passé de 1 à 30 à 1 à 150. Parallèlement, 2 % de la population active est en prison. Et ce n'est pas un hasard.

Un diplomate chilien résumait la situation ainsi : "Tout ce que nous avons fait depuis la guerre froide est d'avoir remplacé la bombe nucléaire par une bombe sociale.""

Extrait du journal "Le Courrier" (Genève, 14.3.1998) p.15


 

La compétition est solidarité.
Défense de la mondialisation par Renato Ruggiero.


Le directeur de l'OMC en 1998, Renato Ruggiero, répond au journaliste Pascal Baeriswyl.


"Vous avez souvent pris position en faveur des pays les moins avancés. Mais l'impression est que le fossé entre riches et pauvres augmente. La faute à la mondialisation ?

- Non, je ne le crois pas. C'est le fait de mauvaises politiques de distribution. Les problèmes sociaux sont devenus plus aigus, dans les consciences, par effet de la mondialisation. C'est pourquoi, je dis toujours : la mondialisation, c'est l'inclusion des problèmes. Par exemple, c'est l'inclusion du développement des pauvres. Au contraire, le protectionnisme, c'est l'exclusion : fermer ses portes pour ne s'intéresser qu'à soi. Aujourd'hui, il n'est plus possible de ne s'intéresser qu'à soi, car la mondialisation a de plus en plus une dimension humaine.

Pour reprendre le cas des pays africains, l'Etat s'y désengage aujourd'hui. N'est-ce [pas] là le fruit des ajustements structurels qu'on leur impose de l'extérieur ?

- Il ne suffit pas de se dire que la situation est inacceptable, la question qu'il faut se poser est : « Quoi faire » ? L'OMC n'est pas en train de changer le monde, mais de donner des priorités. Le problème est de se mettre ensemble et d'avoir une stratégie. Des phénomènes comme la crise asiatique nous poussent à donner réponse à cette question. Le message doit être un message de solidarité et non pas seulement d'opposition à quelque chose.

Mais ce principe de solidarité n'est-il pas en contradiction, justement, avec le principe de l'économie de marché, basée sur la compétition ?

- Pas du tout ! La compétition est solidarité. Le contraire de la solidarité, c'est de reste chez soi aux dépens de l'Etat et de la société, en pensant que c'est à eux de résoudre « mes » problèmes. La compétition est solidarité, car elle consiste à utiliser ses énergies jusqu'au point où l'on est capable de produire des ressources qui sont nécessaires à l'avancement de la société. La compétition est nécessaire, même si dans tous les cas les situations extrêmes sont mauvaises. La compétition doit être accompagnée de la solidarité. C'est ça le nouveau contrat social."

Extrait de La Liberté, 18.2.1998.


 

Défense de l'OMC


Renato Ruggiero, directeur de l'OMC, écrit ceci dans le journal "Le Courrier" du 14 février 1998


"(...) La globalisation de l'économie n'est pas un choix à faire, elle est une réalité extrêmement complexe qui est maintenant principalement liée au progrès technologique. Le fax, le téléphone mobile, la télévision numérique, les ordinateurs, la diminution rapide du coût des communications et des transports, tout cela amène à un fort rétrécissement du temps et de l'espace dans les rapports humains et commerciaux. C'est une réalité que l'on ne peut ignorer. Le développement du commerce électronique va constituer un autre facteur très important de changement. C'est aussi une chance pour les économies les plus marginalisées et pour chacun des individus de pouvoir offrir services ou produits au marché mondial avec le même message utilisé par les entreprises les plus puissantes.

Il est bien compréhensible que tous les grands changements qui sont devant nous soient porteurs d'incertitudes et d'inquiétudes. Mais c'est aussi vrai que la globalisation nous donne une chance de considérer le problème de chacun de nous non seulement à la lumière des intérêts nationaux, mais aussi dans le contexte des problèmes du monde.

Le commerce a une signification qui dépasse de loin la réalité des échanges. La libéralisation signifie la réduction des obstacles dans les relations économiques et aussi entre les nations et les peuples. C'est l'alternative à un monde divisé par des barrières qui, comme on le sait, favorisent le nationalisme économique et politique.

Nous avons aujourd'hui la grande chance d'essayer de créer un système commercial au niveau mondial, décidé par tous les pays du monde, ratifié par tous les parlements nationaux, avec les mêmes règles et les mêmes disciplines, et avec la flexibilité nécessaire pour le progrès des pays en voie de développement. Un système dont les règles peuvent être invoquées pour assurer le respect des droits de chacun, petit ou grand, riche ou pauvre.

C'est la direction dans laquelle nous sommes en train , au sein de l'OMC, d'avancer, avec mille difficultés, avec mille contradictions, mais avec le même espoir dans chacun des 132 membres et 30 candidats à l'adhésion de contribuer à un monde moins injuste et moins instable."


 

Globalisation et Quatrième Guerre mondiale selon Marcos.


Représentant les indiens révoltés du Chiapas mexicain, le sous-commandant Marcos, chef de l'armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui va négocier avec le pouvoir mexicain, donne ici sa vision du monde à Ignacio Ramonet, directeur de la rédaction du journal Le Monde diplomatique.


"A partir de la chute du mur de Berlin, nous dit, sur un ton très pédagogue, Marcos, un nouveau superpouvoir est apparu et s'est développé, stimulé par les politiques néolibérales. Les grands vainqueurs de la guerre froide - guerre qu'on peut qualifier de troisième guerre mondiale - sont les Etats-Unis, mais, immédiatement au-dessus de cette puissance hégémonique, commence à apparaître un super-pouvoir financier qui entreprend de donner des directives à tout le monde. Cela produit ce que, à grands traits, nous appelons la globalisation. L'idéal de la globalisation est un monde transformé en grande entreprise et administré par un conseil d'administration constitué par le FMI, la Banque mondiale, l'OCDE, l'OMC et le président des Etats-Unis. Dans un tel contexte, les gouvernants de chaque Etat ne sont que les représentants de ce conseil d'administration, des sortes de gérants locaux. Et ce que vous, au Monde diplomatique, avez parfaitement défini comme la 'pensée unique' est chargé de fournir le liant idéologique pour convaincre tout le monde que la globalisation est irrémédiable et que toute autre proposition serait chimérique, utopique, irréaliste. A l'échelle mondiale, la grande bataille qui se livre actuellement - et qu'on pourrait appeler la 'quatrième guerre mondiale' - oppose les partisans de la globalisation à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, lui font obstacle. Tout ce qui empêche la globalisation de s'étendre est menacé désormais de destruction."

Quel rapport cela a-t-il avec la situation dramatique des indigènes ? "Dans sa fureur hégémonique, poursuit Marcos, la globalisation fait appel à des éléments de la culture. Elle aspire à homogénéiser culturellement le monde. Dans une certaine mesure, globalisation économique signifie globalisation du mode de vie des Etats-Unis. Les valeurs du marché s'imposent partout. Elles régissent désormais non seulement le fonctionnement des gouvernements mais aussi ceux des médias, de l'école ou même de la famille. L'individu ne peut occuper une place au sein de la société que dans la mesure où il a une capacité de produire et d'acheter. Les critères du marché éliminent donc toute une partie de l'humanité qui se révélerait non rentable. Et cela concerne tous les Indigènes d'Amérique latine. La globalisation exige leur élimination. Au moyen d'une guerre ouverte s'il le faut, ou d'une guerre silencieuse si c'est nécessaire. Au prétexte que les Indiens ne sont pas utiles à la dynamique de la globalisation, qu'ils ne peuvent s'y intégrer et pourraient même devenir un grave problème en raison de leur potentiel de rébellion."

Paru dans Le Monde diplomatique, mars 2001, dans l'article "Marcos et l'Armée zapatiste de libération nationale marchent sur Mexico" d'Ignacio Ramonet.


 

Les critiques de George Soros


G. Soros, célèbre spéculateur parfois décrié, critique aussi les excès du néolibéralisme et défend une société ouverte où l'Etat joue son rôle régulateur.

"Le système capitaliste mondial est soutenu par une idéologie ancrée dans la théorie de la concurrence parfaite. Selon cette théorie, les marchés tendent à l'équilibre et l'équilibre correspond à la distribution de ressources la plus efficace. Toute contrainte imposée à la libre-concurrence gêne le mécanisme des marchés : il convient donc d'y résister. Cette idéologie est celle du laisser-faire, mais le terme "intégrisme du marché" me semble plus approprié. En effet, l'intégrisme implique un certain nombre de croyances facilement portées à l'extrême."

G. Soros, La crise du capitalisme mondial, Plon, 1998, p. 179

"Quand j'ai fondé le Open Society Fund en 1979, sa mission, telle que je [l'auteur, G. Soros] la formulais à l'époque, consistait à contribuer à l'ouverture des sociétés fermées [ = dogmatiques, totalitaires, genre URSS] , à rendre les sociétés ouvertes [libres, démocratiques, capitalistes] plus viables et à favoriser un mode de pensée critique" (...)

"Lors de l'effondrement soviétique, j'ai décelé une faille dans mon cadre conceptuel. En effet, les sociétés ouvertes et les sociétés fermées y étaient considérées comme les pôles d'une alternative. Cette dichotomie était peut-être juste pendant la guerre froide, alors que deux principes d'organisation sociale diamétralement opposés s'affrontaient en un conflit impitoyable, mais elle ne correspond pas aux conditions qui prévalent depuis la fin de la guerre froide.

J'ai été contraint de comprendre que l'effondrement d'une société fermée ne débouche pas automatiquement sur une société ouverte. En revanche, sa chute peut entraîner la dégradation de l'autorité et la désintégration de la société. Un Etat faible peut-être aussi dangereux pour la société ouverte qu'un Etat autoritaire. Au lieu d'une dichotomie entre société ouverte et société fermée, la société ouverte devient une idée menacée de plus d'un côté.

L'émergence, au cours des années 90, d'un système capitaliste de plus en plus mondialisé a confirmé cette conclusion."

G. Soros, La crise du capitalisme mondial, Plon, 1998, pp. 125-127


 

Clonages et HGM, hommes génétiquement modifiés


Ignacio Ramonet, rédacteur en chef du mensuel "Le Monde diplomatique", écrit ceci dans l'édition d'août 2000


" Depuis le clonage de la brebis Dolly, en février 1997, on sait que celui de l'homme est à portée d'éprouvette. (...) On a cloné, depuis, des souris à Hawaï, des moutons en Nouvelle-Zélande et au Japon, des chèvres en Amérique du Nord, etc. Dès 1998, la revue scientifique britannique The Lancet estimait que, malgré les mises en garde morales et mondiales, la création d'êtres humains par clonage était devenue "inévitable", et elle appelait la communauté médicale à "l'admettre dès maintenant".

C'est dans cet esprit que les médias ont annoncé la naissance d'une nouvelle ère le 26 juin 2000, date du décryptage des quelques trois milliards de paires de bases, enchaînées le long des vingt-trois chromosomes qui composent notre patrimoine héréditaire. Cela va permettre le séquençage des gènes impliqués dans des maladies. Potentiellement, les bénéfices pour l'humanité sont énormes, l'identification d'un gène responsable d'une maladie héréditaire ouvrant la voie à la découverte d'un possible traitement et à sa guérison.

Mais on est loin d'avoir pris l'exacte mesure des conséquences de cette découverte, qui peut déboucher sur de dangereuses dérives. La génétique permet désormais à l'homme de procéder, comme jamais, à "une appropriation sauvage du monde, la version moderne de l'esclavagisme ou de la mise en coupe des ressources naturelles, comme l'ont montré les entreprises coloniales". Car breveter des gènes revient à privatiser un patrimoine commun à l'humanité. Et vendre l'information à l'industrie pharmaceutique - qui la réservait à quelques privilégiés - risque de transformer cette avancée scientifique majeure en nouvelle source de discrimination.

De surcroît, l'ingénierie génétique préfigure un eugénisme de type nouveau ouvrant sur une sorte de transhumanité. Ne voit-on pas là resurgir le fantasme de l'"enfant parfait", sélectionné en fonction de l'excellence de son code génétique ?

Nos sociétés osent à peine se l'avouer. Une indicible frayeur commence à les hanter: l'espèce humaine va-t-elle faire l'objet d'un usinage en règle ? (...) Allons-nous vers une invasion des HGM : des hommes génétiquement modifiés... ?"


 

Discours de George W. Bush sur l'état de l'Union (extraits)

31 janvier 2006


« Dans un temps complexe et instable, la voie de l’isolationnisme et du protectionnisme peut sembler tentante. Mais elle finit dans le danger et le déclin. La seule voie pour protéger notre peuple, la seule voie pour garantir la paix, la seule voie pour contrôler notre destin passe par notre “leadership”. Les États-Unis continueront à l’exercer.

Sur le plan international, notre nation est engagée dans une tâche historique et de long terme : nous voulons en finir avec la tyrannie (...). Chaque étape vers la liberté dans le monde contribue à rendre ce monde plus sûr (...). Quelques-uns luttent contre cette liberté. L’une des principales sources de réaction et d’opposition à cette liberté est l’islam radical, c’est-à-dire la perversion par une minorité d’une noble foi qu’elle transforme en une idéologie de la terreur et de la mort (...).

La seule manière de vaincre les terroristes est de vaincre leur sombre dessein en offrant l’alternative d’une liberté politique et d’un changement pacifique. Les États-Unis encouragent donc les réformes démocratiques dans le grand Moyen-Orient. Les élections sont vitales, mais elles ne sont qu’un commencement. Bâtir une démocratie demande des règles, une protection des minorités, et des institutions solides et responsables qui durent plus longtemps qu’un simple vote (...).

Afin de prévenir une autre attaque, en vertu de l’autorité que me confèrent la Constitution et mon statut, j’ai autorisé un programme de surveillance du terrorisme pour suivre de manière volontariste les communications internationales, de et vers l’Amérique, des membres ou des sympathisants suspectés d’Al-Qaida (...).

Sur le plan intérieur, l’économie américaine est prééminente, ce qui ne doit pas nous rendre suffisants. Dans cette économie mondiale dynamique, nous voyons de nouveaux concurrents comme la Chine et l’Inde. Cela crée une incertitude qui alimente facilement les craintes des peuples (...). Garder notre compétitivité demande une énergie accessible. Nous avons là un sérieux problème : l’Amérique est dépendante du pétrole qui est importé souvent de régions instables du monde. La meilleure façon de briser cette dépendance passe par la technologie.

Depuis 2001, nous avons dépensé presque 10 milliards de dollars pour développer des énergies alternatives plus propres, meilleur marché et plus sûres (...). J’annonce une initiative sur l’énergie, soit 22 % d’augmentation de la recherche d’énergies propres, pour aboutir sur deux domaines vitaux. Dans l’énergie dont nous avons besoin dans nos maisons et nos bureaux, nous investirons davantage dans une émission zéro (de CO2) pour les usines thermiques à charbon, les technologies innovantes du solaire et de l’éolienne, une énergie nucléaire sûre et propre (...).

Nous devons aussi changer l’énergie de nos automobiles. Nous augmenterons la recherche dans de meilleures batteries pour les voitures électriques et hybrides, et des véhicules non polluants qui marchent à l’hydrogène. Nous financerons aussi de nouvelles recherches pour produire de l’éthanol, pas seulement à partir des céréales (...) dans un délai de six ans.

Cela et d’autres nouvelles technologies nous aideront à atteindre un autre grand but : remplacer plus de 75 % de nos importations de pétrole du Moyen-Orient à l’horizon 2025 (...).

L’Amérique est une grande force pour la liberté et la prospérité. Notre grandeur ne se mesure pas dans le pouvoir ou le luxe, mais dans ce que nous sommes et comment nous nous traitons les uns les autres. Nous nous efforçons d’être une société de compassion, d’honnêteté et d’espoir. Dans les dernières années, l’Amérique est devenue une nation avec davantage d’espoir. Le taux de crimes violents est à son point le plus bas depuis les années 1970. L’usage de la drogue chez les jeunes a baissé de 19 % depuis 2001. Il y a moins d’avortements que depuis trois décennies (...).

Ces avancées montrent une transformation tranquille, une révolution des consciences. Une génération montante est en train de découvrir qu’une vie de responsabilité personnelle est une vie d’accomplissements (...). Une société d’espoir repose sur des institutions scientifiques et médicales qui n’oublient pas les aspects éthiques et reconnaissent la valeur incomparable de chaque vie.

Je vous demande d’adopter une législation qui interdise les plus flagrants abus de la recherche médicale : le clonage humain sous toutes ses formes, la création et l’implantation d’embryons pour des expériences, la création d’hybrides d’humains et d’animaux, et l’achat, la vente ou le brevetage d’embryons humains. La vie humaine est un don de notre Créateur, et ce don ne doit jamais être dévalué, détourné, dévalué, ou proposé à la vente (...). »


(traduction journal La Croix)

 



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