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De la Guerre froide à la menace multiforme

4 pages A4, 4 documents

Voici deux textes que j'utilise dans une leçon intitulée de la Guerre froide à la menace multiforme (terrorisme, « état voyou », dissémination nucléaire et biologique), particulièrement pour montrer l'implication actuelle des civils, souvent à leur corps défendant, dans les conflits civils ou internationaux contemporains.
Le premier a été transcrit à partir d'un enregistrement vidéo de la pièce, le second à partir du site de son auteur.

 

Jocelyn Grégoire



Les mères


Dans un commissariat de police parisien, quelques heures après l'attaque du métro au gaz sarin par une secte qui a fait plusieurs centaines de victimes, le commissaire soliloque devant les cadavres de deux de ses inspecteurs.

"Tout à l'heure, on m'a fait passer la liste des victimes. Dans celles qui ont été identifiées, j'ai vu un nom qui me disait quelque chose. Bayard, Bayard, ... et puis je me suis souvenu. C'est le nom de mes voisins du deuxième. Ils ont leur boîte à lettre juste en dessous de la mienne. Et dans la case prénom, il était marqué Françoise. Ca c'est leur fille. Je le sais parce qu'un matin, j'ai entendu la mère qui l'appelait dans l'escalier : « Françoise tu as oublié ton ticket de métro ». Et ouais. Premiers secours, réanimation, médecine légale. C'est devenu cher le métro maintenant. La gamine je lui donnais cinq ans mais ma femme m'a dit qu'elle était chez les grands, ça doit lui en faire sept (...) Le père travaille dans une entreprise d'emballage alimentaire, il est contremaître. La mère est vendeuse dans un magasin de chaussure. La gamine mange à la cantine le midi sauf le jeudi, là c'est sa grand-mère qui vient la chercher. Le soir c'est sa mère qui la ramène à la maison. Par ma femme, je peux même vous dire ce qu'elle a à goûter en rentrant : un bol de café au lait, des chocos ou du pain beurré. Je les ai jamais vu. A l'heure qu'il est les parents doivent déjà être au courant, si ça se trouve ils ont déjà été confirmer l'identité. Vous seriez étonné de voir la tête de ces gens-là. On pourrait croire qu'ils hurlent, qu'ils tombent dans les pommes. Non, ils sont immobiles, ils ont les yeux rouges, ils se tiennent par le bras pour dire de se tenir à quelque chose. Ils sont immobiles dans le couloir comme les vieux qu'ont Alzheimer qui arrivent plus à retrouver leur chambre. Les psy, ils disent « qu'ils ont honte d'être en vie et qu'ils commencent à mourir intérieurement ». Moi je dis ça mais j'y connais rien. Alors on leur parle le plus gentiment qu'on peut, le plus doucement possible. On leur met la main sur l'épaule, le temps des formalités quoi. Mais la vraie saloperie, c'est chez eux qu'elle les attend quand ils vont rentrer et qu'ils vont voir le café au lait qui est encore sur la table. C'est qu'il va leur en falloir du courage pour mettre les chocos à la poubelle et vider le bol dans l'évier. Parce qu'avec le café au lait, c'est la dernière attention maternelle qui va foutre le camp dans le siphon. Ils étaient déjà pas bien vivant avant, mais là ça les prend aux genoux ... tac. Ils s'assoient et c'est fini. Sont cuits. S'attaquer aux mômes c'est comme les balles à ailettes. Le type est touché, il regarde le trou et se dit « je vais peut-être m'en sortir », il regarde de l'autre côté et y a un trou comme ça. Alors la liste des victimes, voyez ce que je veux dire « Bayard Françoise un décès nt nt nt ... trois ». Pour commencer. Nous on appelle ça les dommages collatéraux. Sont forts, sont forts, faire en sorte qu'une mère n'aie plus de tartines à beurrer pour personne, c'est ça le terrorisme. Ils devraient se méfier les mecs qui font péter les métros, mais pas d'nous autres, des mères. Parce que personne n'arrête une mère, on le sait, on est formé pour le savoir. Les dingos armés jusqu'aux dents on les arrête, pas les mères. Les mères on peut rien faire, d'ailleurs on en a la trouille. J'ai un pote colonel à Roissy, il en a vu une pour récupérer son môme, elle a soulevé un avion avec une seule main, comme ça. Alors vous imaginez ces mères avec ces couteaux à beurre qui servent plus à rien. Pourtant c'est à bouts ronds les couteaux à beurre et puis ça coupe pas. Mais avec la colère, le désespoir, c'est ça armaguedon. C'est ça armaguédon."


Extrait de Le Jour du froment (Pièce de théâtre d'Alexandre Astier créée en janvier 2001 au Studio 24 à Villeurbanne avec Alexandre Astier, Virginie Mouchtouris, Aurélien Portehaur, Thibault Roux et Lan Truong - Première diffusion télévisée réalisée par Bernard Schmitt sur "Festival" le 3 juin 2003 - 80') - Contrairement à ce qu'on peut croire en lisant le texte, c'est la seule partie dramatique d'une pure comédie où dialoguent le jour de la chandeleur, un capitaine de police dépressif anorexique qui accueille les témoins et les suspects, sa femme retrouvée après dix mois de divorce, son abruti de lieutenant, son commissaire gueulard et vieillissant, un proxénète trafiquant et un jeune stagiaire plus doué pour les crêpes que pour les enquêtes de police.




Les Folles de la place de mai


"Ont-elles laissé
Sur un feu baissé
Cuire un déjeuner
Le temps qu'ils reviennent
Ont-elles laissé
Sur un coin de table
L'habit qu'elles cousaient
Pour un jour de fête
Ont-elles laissé
Poussière se poser
Comme temps passé
Sur leurs disparus

Pour aller tourner
En place de Mai
Jusqu'à ce qu'on rende
A leur amour fou
Un fils ou un père
Un homme un mari
Enlevé sur l'ordre
D'une dictature
Jusqu'à ce qu'on rende
A tout accusé
Pour raison d'idées
Une vérité"


Thy Waneck (chanteur français), Les Folles de la place de mai, Boulogne, 2002



 

L'OTAN s'adapte...

 

« (...) Face à la diversité des défis auxquels l’Alliance est exposée, une conception large de la sécurité s’impose. (...)

Le présent Concept Stratégique réaffirme le caractère défensif de l’Alliance et la volonté de ses membres de sauvegarder leur sécurité, leur souveraineté et leur intégrité territoriale. La politique de sécurité de l’Alliance repose sur le dialogue, la coopération, et une défense collective efficace, qui sont des moyens mutuellement complémentaires de préserver la paix. Utilisant pleinement les nouvelles possibilités qui s’ouvrent à elle, l’Alliance maintiendra la sécurité au niveau de forces le plus bas que permettent les besoins de la défense. De cette façon, elle apporte une contribution essentielle à l’instauration d’une paix durable.

Les Alliés continueront de rechercher énergiquement de nouveaux progrès en matière de maîtrise des armements et de mesures de confiance, en ayant pour objectif de renforcer la sécurité et la stabilité. Ils joueront également un rôle actif dans l’intensification du dialogue et de la coopération entre États (...).

La stratégie de l’OTAN restera assez souple pour pouvoir tenir compte de toute nouvelle évolution de la situation politico-militaire, notamment des progrès accomplis vers l’affirmation d’une Identité européenne de sécurité, ainsi que des changements qui interviendraient dans les risques pour la sécurité de l’Alliance. Pour les Alliés concernés, le présent Concept Stratégique formera la base des travaux ultérieurs concernant la politique de défense de l’Alliance, ses concepts opérationnels, ses dispositifs de forces conventionnel et nucléaire et son système collectif de plans de défense. »

« Le Concept stratégique de l’Alliance approuvé par les Chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord », Rome, 7-8 novembre 1991. Source : http://www.nato.int/cps/fr/natolive/official_texts_23847.htm [consulté le 30 mars 2012].



 

La doctrine "Clinton"

 

« (...) Une nouvelle fois, la crise du Kosovo illustre ce qui commence à ressembler à une « doctrine Clinton » : le recours à la guerre aérienne, en dépit de toutes ses limites, comme instrument d’une politique étrangère américaine qui vise à préserver la crédibilité de la seule superpuissance de l’après-guerre froide, tout en minimisant les risques de l’intervention pour l’armée américaine (le « zéro pertes »). La guerre, aux objectifs limités (« endommager la capacité militaire » de l’ennemi), est menée avec les moyens que met à la disposition des stratèges la révolution technologique de l’armement. À quatre reprises en un an, Clinton a déclenché le feu du ciel, sous la forme de missiles de croisière Tomahawk ou de bombardiers B52. Le Soudan et l’Afghanistan ont été frappés en août 1998, l’Irak en décembre, et continue de l’être quotidiennement. La Serbie fait la même expérience aujourd’hui.

L’ambiguïté, certains disent l’impuissance, de cette doctrine a ses racines dans les motivations contradictoires de l’engagement américain. « Les Américains constatent qu’il se passe des choses terribles dans le monde, et se disent qu’il faut faire quelque chose », explique dans le Wall Street Journal Joseph Nye, professeur à l’université de Harvard, « mais ils ne sont pas sûrs du prix qu’ils sont prêts à payer » pour répondre à l’« impératif moral » que Bill Clinton invoque depuis le début de la crise au Kosovo comme la motivation première des frappes contre la Serbie. L’impératif moral est en fait équilibré par un autre réflexe au moins aussi puissant : l’égoïsme sacré qui pousse les Américains à refuser de voir « les boys rentrer dans des sacs à viande », surtout du bout du monde .

Bill Clinton est en fait confronté au dilemme que Jim Hoagland, l’éditorialiste de politique étrangère du Washington Post, décrit comme « la double image qu’ils ont d’eux-mêmes. Celle d’une nation qui a atteint un niveau sans précédent de prospérité et de puissance militaire mais qui ne veut pas, et ne peut pas, utiliser cette puissance à volonté pour imposer au monde une pax americana ». »


Patrick SABATIER, « Se poser en superpuissance sans risquer la vie des boys. L’Amérique soutient la « doctrine Clinton » », in Libération, 29 mars 1999.
Source : http://www.liberation.fr/evenement/0101278022-se-poser-en-superpuissance-sans-risquer-la-vie-des-boys-l-amerique-soutient-la-doctrine-clinton [consulté le 30 mars 2012]

 

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