Genève Instruction publique Espace pédagogique Post-obligatoire 450 ans du Collège Messagerie EDU
 
Outils personnels
Vous êtes ici : Accueil Fin XIXe siècle et début du XXe siècle L'affaire Dreyfus, l'Action française et l'antisémitisme

L'affaire Dreyfus, l'Action française et l'antisémitisme

10 pages A4, 13 documents

 

L'AFFAIRE


"M. le capitaine Dreyfus est accusé d'avoir, en 1894, pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec un ou plusieurs agents des puissances étrangères, dans le but de leur procurer les moyens de commettre des hostilités ou d'entreprendre une guerre contre la France en leur livrant des documents secrets (...). La base de l'accusation contre le capitaine Dreyfus est une lettre-missive écrite sur du papier pelure, non signée et non datée, établissant que des documents militaires confidentiels ont été livrés aux agents d'une puissance étrangère (...). De l'examen attentif de toutes les écritures de MM. les officiers employés dans les bureaux de l'état-major, il ressortit que l'écriture du capitaine Dreyfus présentait une remarquable similitude avec l'écriture de la lettre-missive incriminée."

Acte d'accusation, procès de 1894.




 

J'ACCUSE

"J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam (1) d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier (2) de s'être rendu coupable, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot (3) d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre (4) et le général Gonse (5) de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte inattaquable (...).

J'accuse les bureaux de guerre d'avoir mené dans la presse (...) une campagne abominable pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable."

Emile ZOLA, in "l'Aurore", 13 janvier 1898.

(1) C'est lui qui a conduit l'enquête qui aboutit à l'arrestation de Dreyfus.
(2) Ministre de la Guerre en 1894.
(3) Ministre de la Guerre en 1897 au moment où se trouve révélé le rôle d'Esterhazy.
(4) Chef de l'état-major.
(5) Supérieur direct du colonel Picquart.


idem un peu plus long...

"J'accuse le lieutenant-colonel Du Paty du Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier [ministre de la Guerre de 1893 à 1895] de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle. J'accuse le général Billot [ministre de la Guerre du cabinet Méline, avril 1896] d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèsehumanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis (...).

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la Guerre, l'arche sainte, inattaquable. J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité (...).

J'accuse les trois experts en écriture, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux (...). J'accuse les bureaux de la Guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans l'Éclair et dans l'Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre [celui de 1894, qui jugea Dreyfus] d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre [celui de janvier 1898, qui jugea Esterhazy] d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.

Quant aux gens que J'accuse, je ne les connais point, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et. l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour !"

É. Zola, " J'accuse ", in l'Aurore, 13 janvier 1898.


idem plus long encore

Lettre ouverte au président de la République Félix Faure dans le journal L’Aurore le 13 janvier 1898

"La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. c’est aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. (...)

J’accuse le Lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblese d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Bilot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innoncence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendu complice du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravry d’avoir fait une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écriture, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et fruaduleux, à moins qu’un examen médical les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans l’Eclair et dans l’Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condammant un accusé sur pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre, d’avoir couvert cette inégalité, par ordre. (...)

Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en Cour d’Assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends !"

1898. "J’accuse" d’Emile Zola (extraits)

 


 

 

L'analyse de Jean Jaurès


"Quelle est l'institution qui reste debout ? Il est démontré que les conseils de guerre ont jugé avec la plus déplorable partialité ; il est démontré que l'état-major a commis des faux abominables pour sauver le traître Esterhazy et que la haute armée a communié, sous les espèces du faux, avec la trahison.

Il est démontré que les pouvoirs publics, par ignorance ou lâcheté, ont été traînés pendant trois ans à la remorque du mensonge.

Il est démontré que les magistrats civils se sont ingéniés, par des artifices de procédure, à couvrir les crimes militaires.

Et le suffrage universel lui-même, dans son expression légale et parlementaire, n'a su trop longtemps, jusqu'à l'éclair du coup de rasoir, que donner au mensonge et au faux l'investiture nationale.

Oui, quelle est l'institution qui reste debout ? Il n'en est plus qu'une : c'est la France elle-même. Un moment, elle a été surprise, mais elle se ressaisit et même si tous les flambeaux officiels s'éteignent, son clair bon sens peut encore dissiper la nuit.

C'est elle et elle seule qui fera la révision. J'entends par là que tous les organes légaux, la Cour de cassation, les conseils de guerre, sont incapables désormais de la vérité complète, si la conscience française n'exige pas chaque jour toute la vérité.Voilà pourquoi, bien loin de désarmer aujourd'hui, les citoyens qui ont entrepris le combat contre les violences et les fraudes de la justice militaire doivent redoubler d'efforts pour éveiller et éclairer le pays. Voilà pourquoi aussi nous tenons à fournir au prolétariat les éléments de discussion et de preuve que nous avons recueillis.

Jean Jaurès, Les Preuves, Paris, in La Petite République, août-septembre 1898.


 

 

Les positions de Barrès antidreyfusard


" La mise en liberté du traître Dreyfus serait après tout un fait minime, mais si Dreyfus est plus qu'un traître, s'il est un symbole, c'est une autre affaire : c'est l'affaire Dreyfus ! Halte-là ! Le triomphe du camp qui soutient Dreyfus-symbole installerait décidément au pouvoir les hommes qui poursuivent la transformation de la France selon leur esprit propre. Et moi je veux conserver la France.

C'est tout le nationalisme, cette opposition. Vous songez et vous prétendez nous plier sur vos songeries. Nous constatons les conditions qui peuvent seules maintenir la France et nous les acceptons.

En vérité, je m'inquiète bien de savoir ce que valent dans un cabinet clos vos "généreuses" préférences !

In abstracto, on peut soutenir cette thèse-ci et cette thèse-là, on peut, selon le coeur qu'on a, apprécier ou déprécier l'armée, la juridiction militaire, les luttes de race. Mais il ne s'agit pas de votre coeur; il s'agit de la France et ces questions doivent être traitées par rapport à l'intérêt de la France.

Il ne faut pas supprimer l'armée, parce qu'une milice ne suffirait point, je vous prie de le croire, en Lorraine.

Il ne faut point supprimer la juridiction militaire parce que certaines fautes insignifiantes chez le civil deviennent par leurs conséquences très graves chez le militaire.

Il ne faut point se plaindre du mouvement antisémite dans l'instant où l'on constate la puissance énorme de la nationalité juive qui menace de "chambardement" l'État français.

C'est ce que n'entendront jamais, je le crois bien, les théoriciens de l'Université. Ils répètent (...) : "je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle". Nullement, messieurs, laissez ces grands mots de toujours et d'universelle et puisque vous êtes Français, préoccupez-vous d'agir selon l'intérêt français à cette date. "

" L'état de la question ", in Le journal, 4 octobre 1898.




 

 

Un texte antisémite au moment de l'affaire Dreyfus.

 

 

"AU LECTEUR

 

La race juive qui règne effectivement en ce pays, depuis cent ans, était, hier encore, une puissance occulte, par conséquent irresponsable et, partant, plus redoutable. Des événements récents ont obligé ce pouvoir occulte à devenir un. parti, ce qui affaiblit sa puissance.

La lutte doit être aujourd'hui et sera demain, en France, entre deux idées dominantes tenant de deux traditions. D'un côté, les cosmopolites dits humanitaires-libertaires, procédant de races juives ainsi que des sémites nomades du bassin de la Méditerranée, avec leur idéologie ténébreuse et anarchique, leur matérialisme outrancier ; leur rapacité mercantile et leur instinct de turpitude. De l'autre, les hommes du pays, relevant des traditions celtiques, avec leur religion basée sur l'administration et l'étude de la Nature ; leur science sociale établie sur l'équité et la Justice, l'esprit familial, le respect de l'Ïuvre ancestrale, le culte des héros, le sentiment de l'honneur, l'entente de la probité et de la dignité du travail.

Je crois que la lettre ci-jointe peut être utile à ma doctrine et je la publie.

Le critique trouvera que j'ai touché à trop d'idées et que le cadre est trop petit pour mon sujet, qui est à l'enserre. N'ayant pas, pour le moment, les moyens de faire imprimer un livre, j'ai essayé de faire de chacune des phrases de cette lettre, une manière de bélier pour percer les ténèbres épaisses dont nous enveloppent les idéologues, les savantasses, les professeurs et les mauvais politiciens complices de la gent financière internationale."


in Baffier, Jean (1851-1920) « Les marges d'un carnet d'ouvrier : objections sur la médaille à M. Zola offerte à propos de l'affaire Dreyfus » Publication :  Paris : par l'auteur, (1898).16 pages.

Texte saisi à partir de la version PDF proposée par Gallica.




 

Pour la liberté républicaine

"Ah oui ! La société d'aujourd'hui est divisée entre capitalistes et prolétaires ; mais en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, par le retour offensif de la barbarie féodale, de la toute-puissance de l'Eglise et c'est le devoir des socialistes, quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passés paraissent renaître, c'est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celles des fractions bourgeoises qui ne veulent pas revenir en arrière.

J. JAURES, article dans "Etudes Socialistes", 1901.




 

Contre la République : l'Action française


"Seuls les intéressés, les nigauds et les pauvres primaires ignorants pourront se soustraire à cette évidence : LA REPUBLIQUE C'EST LE MAL.

La République est le gouvernement des Juifs, des Juifs traîtres comme Dreyfus, des Juifs voleurs, des Juifs corrupteurs du peuple et persécuteurs de la religion catholique. (...)

La République est le gouvernement des francs-maçons qui n'ont qu'une haine, l'Eglise, qu'un amour : les sinécures et le Trésor public ; fabricants de guerre civile, de guerre religieuse, de guerre sociale, ils nous mènent à une banqueroute matérielle et morale, celle qui ruinera le rentier et l'ouvrier, le commerçant et le paysan.

La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques qui, ces jours-ci, souilleront du cadavre de leur Zola le Panthéon désaffecté ; ils accaparent le sol de la France ; ils disputent aux travailleurs de sang français leur juste salaire (...).

Régime abominable, la République est décidément condamnée, et la seule inquiétude de la raison française tient à ce qu'on ignore qui l'on mettra à la place de ce qui est. NOUS Y METTRONS LE ROI."

Affiche de l'Action Française*, 1908.
* Parti de l'extrême-droite monarchiste dirigé par Ch. Maurras.

tiré du manuel "Histoire Première" de Bertrand-Lacoste, 1997, collection J. Le Pellec, p. 186



Du même document, extraits légèrement différents

Le programme de L'Action Française (1908)


" L'Action française est le journal des bons citoyens désabusés de la République, ralliés à la Monarchie. (...) Seuls les intéressés, les nigauds et les pauvres primaires ignorants peuvent se soustraire à cette évidence : LA RÉPUBLIQUE C'EST LE MAL.

La République est le gouvernement des Juifs, des Juifs traîtres (...), des Juifs voleurs (...), des Juifs corrupteurs du peuple et persécuteurs de la religion catholique (...).

La République est le gouvernement des pédagogues protestants qui importent d'Allemagne, d'Angleterre et de Suisse un système d'éducation qui abrutit et dépayse le cerveau des jeunes Français.

La République est le gouvernement des francs-maçons qui n'ont qu'une haine : l'Église, qu'un amour : les sinécures et le trésor public ; fabricants de guerre civile, de guerre religieuse, de guerre sociale, parasites de nos finances, ils nous mèneront à une banqueroute matérielle et morale (...).

La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques, qui (...) accaparent le sol de la France, ils disputent aux travailleurs de sang français leur juste salaire, ils font voter des lois qui ruinent l'industrie (...).

Régime abominable (...), la République est décidément condamnée, et la seule inquiétude de la raison française tient à ce qu'on ignore qui l'on mettra à la place de ce qui est. NOUS Y METTRONS LE ROI.

Le Roi : c'est-à-dire la France personnifiée par le descendant et l'héritier des quarante chefs qui l'ont faite, agrandie, maintenue et développée (...). Il est trop ridicule de vouloir être un peuple fort, un peuple puissant en Europe, sans un chef héréditaire pour veiller à notre destinée historique.

Mais le gouvernement du Roi est aussi le seul qui, en maintenant l'ordre, puisse effectuer parmi nous les mêmes progrès sociaux qu'ont accomplis les monarchies voisines, et ajouter à ces progrès tout ce que la richesse et le génie de notre race permettent de prévoir et de réaliser (...).

Patriotes français, nationalistes, antidreyfusards, catholiques - hommes d'ordre, hommes de progrès - riches, pauvres, de toute classe, de tout métier, de tout parti, vous qui en avez assez, qui êtes las de gémir, qui voulez en finir : vous lirez tous l'Action Française qui dira chaque jour, non seulement les maux publics, mais le moyen, le moyen sûr, le moyen radical, l'unique moyen de terminer les misères de la Patrie, JETER À BAS LA RÉPUBLIQUE ! PROCLAMER LE DUC D'ORLÉANS."

Rapporté par Martial CHAULANGES, André-Georges MANRY, Roger SÈVE, Textes historiques. 1871-1914. La fin du XIXe siècle. T.1. Paris, Delagrave, 1966.

 



Le discours du camelot


L'action se déroule le jour du dixième anniversaire de l'auteur, soit le 16 août 1905 exactement.

"Toi, tu es un youpin, hein ? me dit le blond camelot aux fines moustaches que j'étais allé écouter avec foi et tendresse à la sortie du lycée, tu es un sale youpin, hein ? je vois ça à ta gueule, tu manges pas du cochon, hein ? vu que les cochons se mangent pas entre eux, tu es avare, hein ? je vois ça à ta gueule, tu bouffes les louis d' or, hein ? tu aimes mieux ça que les bonbons, hein ? tu es encore un Français à la manque, hein ? je vois ça à ta gueule, tu es un sale juif, hein ? un sale juif, hein ? ton père est de la finance internationale, hein ? tu viens manger le pain des Français, hein ? messieurs dames, je vous présente un copain à Dreyfus, un petit youtre pur sang, garanti de la confrérie du sécateur, raccourci où il faut, je les reconnais du premier coup, j'ai l'œil américain, moi, eh ben nous on aime pas les juifs par ici, c'est une sale race, c'est tous des espions vendus à l'Allemagne, voyez Dreyfus, c'est tous des traîtres, c'est tous des salauds, sont mauvais comme la gale, des sangsues du pauvre monde, ça roule sur l'or et ça fume des gros cigares pendant que nous on se met la ceinture, pas vrai, messieurs dames ? tu peux filer, on t'a assez vu, tu es pas chez toi ici, c'est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à Jérusalem si j'y suis."

in Albert COHEN, Ô vous frères humains, Paris, Gallimard, 1972 (première parution du livre), ch. X, p. 38-39

 


 

Protocoles des Sages de Sion


Le texte désigné sous le nom de "Protocoles des Sages de Sion", paru en Russie en 1903, aurait été rédigé à Paris en pleine affaire Dreyfus (entre 1894 et 1899) par un Russe, sans doute à l'instigation du chef parisien de l'Okhrana, la police secrète tsariste. Il fut ensuite traduit en Europe occidentale vers 1920. Dans sa version française, il se présente comme un opuscule d'une centaine de pages, réparties en vingt-quatre chapitres ou conférences » attribuées par l'auteur à un prétendu gouvernement juif occulte, les « Sages de Sion ».

La non-authenticité du texte fut très tôt démontrée. Cela n'a pourtant pas découragé l'extrême droite et les antisémites, et beaucoup d'autres aussi - en Arabie Saoudite ou au Japon et ailleurs -, d'y faire référence depuis près d'un siècle. En voici quelques extraits, qui évoquent les étapes de la conquête du pouvoir universel et absolu par les membres de la société secrète.


"Je puis aujourd'hui vous annoncer que nous sommes déjà près du but. Encore un peu de chemin, et le cercle du Serpent symbolique (qui représente notre peuple) sera fermé. Quand ce cercle sera fermé, tous les États de l'Europe y seront enserrés, comme dans un fort étau. (...)

Nous apparaîtrons comme des libérateurs de ce joug à l'ouvrier quand nous lui proposerons d'entrer dans les rangs de cette année de socialistes, d'anarchistes, de communards, que nous soutenons toujours sous prétexte de solidarité entre les membres de notre franc-maçonnerie sociale (Troisième Protocole)."

"Quand nous aurons créé par tous les moyens cachés dont nous disposons à l'aide de l'or, qui est tout entier entre nos mains, une crise économique générale, nous lancerons dans la rue des foules entières d'ouvriers simultanément dans tous les pays d'Europe. (...) Elles ne toucheront pas les nôtres ; parce que le moment de l'attaque nous sera connu et que nous aurons pris des mesures pour garantir les nôtres (Quatrième Protocole)."

"Les mêmes principes nous guideront qui ont donné à ce jour à nos sages la conduite des affaires mondiales. Nous dirigerons la pensée de toute l'humanité. (Vingt-Quatrième Protocole)."


cité dans Saul FRIEDLÄNDER, "Hitler et les Juifs", in les Collections de L'Histoire n° 3 (Auschwitz, la Solution finale), octobre 1998, p. 17

 


 

Antisémitisme ordinaire et ouvrier (1918)


"Les Juifs abondaient, dans le quartier. Nous les dépistions comme des limiers, ces «youpins », petits, râblés, le teint olivâtre, vêtus de longs par-dessus, de longs pantalons fatigués et de chapeaux mous cabossés, tirant sur le vert. A deux, à trois, ils s'en allaient et parlaient en yiddish, en « youpin », disions-nous, s'arrêtant quelquefois pour discuter avec des gestes. Tailleurs, biffins [chiffonniers], ils logeaient en des tanières empestées, à la porte desquelles nous allions chanter et hurler. Il semble que le peuple ait gardé du moyen âge une hostilité vague, à l'égard de cette race. Il y en avait un, tailleur, passage de la Goutte-d'Or, à qui nous faisions la vie impossible. Nous allions chanter à l'entrée de son corridor notre refrain de guerre :

Et on chassera tous les youpins,
Hop hi you hi! Hop hi you hi!
Et nous les canasserons
A grands coups de bâtons!


Il sortait, nous lançait des potées d'eau sale, trépignait de fureur au milieu du passage. C'était un homme pâle, les pupilles sombres dans des sclérotiques brunes, les cheveux gras et noirs, le type levantin fortement accusé. Il tendait des pièges à rats, quelquefois, le soir. Et, ces jours-là, nous le laissions tranquille, intéressés. Les rats sortaient des égouts, à cette heure. On les voyait courir d'une bouche à l'autre, avec de brusques zigzags et de courts arrêts. Au matin, le lendemain, nous visitions les cages en partant au travail. Deux, trois, quatre rats se battaient dans chacune. Ils étaient là ; énormes, poilus, la fourrure trempée et collée, la queue souple, vivante et nue comme un serpent, et le museau féroce, avec de fortes canines. Ils saisissaient les barreaux de leurs pattes roses pareilles à des mains. Ils mordaient le fer, bondissaient, roulaient sur le pavé avec rage. Le youpin arrivait, un vieux tisonnier au poing. Il les piquait à travers le grillage, les transperçait. Ils avaient un cri affreux, que j'ai gardé dans les oreilles, aigu – quelque chose comme « Khyaaah » ... Et ils mordaient l'arme avec fureur et mouraient... Je m'en allais, drôlement remuée de les avoir vus mourir. Le youpin, lui, ouvrait les cages et prenait les cadavres, pour toucher les primes."


M. van der Meersch, La fille pauvre, t.1 : le péché du monde, Albin Michel, Paris, 1955 (1931), 3, IV, p. 219-220
Roman écrit dans les années trente. L'auteur ne raconte pas sa propre enfance, mais celle d'une petite fille à Paris pendant la Première Guerre, qui a treize ou quatorze ans en 1918 et travaille en usine.

 



Sur Cliotexte, vous trouverez 1871-1914 : les débuts de la IIIe République française qui contient quelques allusions à l'affaire Dreyfus et à l'antisémitisme de l'époque.


Dans ma page d'adresses vous trouverez des liens avec ce sujet : Dreyfus

RETOUR au CATALOGUE 
Actions sur le document