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Les causes de la Première Guerre mondiale

13 pages A4, 21 documents
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Le triomphe de l'impérialisme


Au début du XXe siècle, l'Europe exerce une influence prépondérante sur le reste du monde grâce à:
-son avance technique et scientifique
-sa puissance industrielle et commerciale
-l'abondance de ses capitaux
L'hégémonie des grandes puissances européennes qui s'étend à la plus grande partie de la planète, revêt des formes différentes:
-l'impérialisme économique repose sur l'implantation de zones d'influence qui ont pour but d'assurer des matières premières, des débouchés commerciaux et des aires d'investissement pour les capitaux.
- l'impérialisme politique et militaire qui débouche sur la création de vastes empires coloniaux directement contrôlés par la métropole .
L'aube du XXe siècle voit naître deux nouvelles puissances impérialistes: les Etats-Unis et le Japon qui très vite vont heurter les intérêts européens. Une autre opposition apparaît, les critiques des théoriciens marxistes tels que Lénine et Rosa Luxembourg .


 

Les tensions internationales


En ce début de siècle, les grandes puissances se sont groupées en deux camps opposés:
-la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie)
-la Triple Entente (France, Russie, Royaume-Uni)

Cette bipolarisation de l'Europe date de 1907; auparavant, diverses alliances avaient été faites et défaites entre ces puissances tour à tour amies et rivales. Ce partage débouche sur de grave tensions internationales augmentées par les rivalités impérialistes apparues avec l'expansion économique de la fin du XIXe siècle.



L'Autriche-Hongrie
L'Autriche-Hongrie voit ses visées expansionnistes en direction de la mer Egée contrariées par la politique russe. D'autre part, son empire connaît des difficultés internes à cause des poussées nationalistes des Slaves du Sud (Croates, Slovènes, Bosniaques ...).
Oppositions avec les intérêts économiques allemands

L'Allemagne
L'Allemagne est devenue la deuxième puissance industrielle du monde derrière les U.S.A.; l'Empereur veut lui assurer une position stratégique, des matières premières, des débouchés commerciaux et des aires d'investissements. L'empereur Guillaume Il lance son pays dans une politique mondialiste.
L'essor de sa marine de guerre est un sujet d'inquiétude pour la Grande-Bretagne, souveraine sur les mers.
Les intérêts allemands se heurtent à ceux de la France tant en Europe qu'en Asie et en Afrique.

L'Italie
Le jeune impérialisme italien tend à prendre pied, lui aussi, dans les Balkans (littoral dalmate, Albanie). Réveil des revendications concernant le Trentin et Trieste demeurés sous domination autrichienne.

La Russie
Vaincue en Extrême-Orient et secouée par la révolution de 1905 , la Russie cherche à remporter un succès. Pour cette raison, elle renoue avec sa politique des Slaves des Balkans; elle espère qu'un jour lui donneront accès aux "mers chaudes".


 

Les Balkans, une situation explosive


1908-1909: l'Autriche-Hongrie a décidé d'annexer la province ottomane de Bosnie-Herzégovine et, de ce fait, se heurte à la Serbie qui est soutenue par la Russie.
La France refuse de faire jouer son alliance avec la Russie et conseille la modération à la Serbie.

oct. 1912: la guerre éclate entre l'Empire ottoman et les petits Etats du Sud des Balkans (Bulgarie, Grèce, Monténégro, Serbie) groupés en ligue balkanique.
La ligue, victorieuse des Turcs, doit accepter l'arbitrage des grandes puissances.
La Macédoine et la Thrace sont partagée; la Serbie doit renoncer à l'Albanie qui devient une principauté indépendante.

1913: nouvelle guerre balkanique. La Bulgarie soutenue par l'Autriche s'oppose aux autres vainqueurs, associés à la Roumanie, pour le partage des dépouilles. La Bulgarie est défaite.
Le traité de Bucarest partage la Macédoine entre la Grèce et la Serbie, la Roumanie s'agrandit vers le Sud et la Bulgarie garde une étroite façade sur la mer Egée.


 

Le monde marche vers la guerre


1912: renouvellement de la Triplice; accord militaire franco-russe; la France signe aussi un accord de coopération militaire et navale avec la Grande-Bretagne.

Parallèlement les grandes puissances européennes renforcent les effectifs de leurs armées et augmentent leur armement.


 

La course aux armements


« La rivalité économique avec l'Allemagne n'inquiète pas beaucoup nos gens, et ils admirent son industrie puissante et son génie de l'organisation. Mais ils n'aiment pas les trouble-fête. Ils soupçonnent l'empereur de « Weltpolitik » et ils voient que l'Allemagne accélère le rythme de ses armements pour dominer l'Europe, et impose ainsi une charge horrible de dépenses inutiles à toutes les autres puissances. En deux mots comme en cent, pour garantir la paix, nous devons maintenir notre entente avec la France. »


Lettre de Sir E. Grey à Th. Roosevelt


 

«à restreindre la force destructive de la guerre, tout en reconnaissant ses inexorables nécessités»

Manuel des lois de la guerre sur terre, Oxford, 9 septembre 1880


"Avant Propos

La guerre tient une grande place dans l'histoire, et il n'est pas présumable que les hommes parviennent de sitôt à s'y soustraire - malgré les protestations qu'elle soulève et l'horreur qu'elle inspire -, car elle apparaît comme la seule issue possible des conflits qui mettent en péril l'existence des Etats, leur liberté, leurs intérêts vitaux. Mais l'adoucissement graduel des moeurs doit se refléter dans la manière de la conduire. Il est digne des nations civilisées de chercher, comme on l'a fort bien dit, «à restreindre la force destructive de la guerre, tout en reconnaissant ses inexorables nécessités». Ce problème n'est pas facile à résoudre; cependant on y est déjà parvenu sur quelques points, et, en dernier lieu, le projet de Déclaration de Bruxelles a été comme une attestation solennelle du bon vouloir de tous les gouvernements à cet égard. On peut dire qu'indépendamment des lois internationales existantes en cette matière, il y a aujourd'hui un certain nombre de principes de justice qui dirigent la conscience publique, qui se manifestent même par des coutumes générales, mais qu'il serait bon de fixer et de rendre obligatoires. C'est ce que la Conférence de Bruxelles a tenté, à l'instigation de S.M. l'Empereur de Russie, et c'est à quoi l'Institut de Droit international, à son tour, essaie aujourd'hui de contribuer. Il le fait, quoique les gouvernements n'aient pas ratifié le projet issu de la Conférence de Bruxelles, attendu que depuis 1874 les idées ont eu le temps de mûrir, par la réflexion et par l'expérience, et qu'il semble moins difficile qu'alors de tracer des règles acceptables par tous les peuples. (...)

Article 3. Toute force armée belligérante est tenue de se conformer aux lois de la guerre.

Article 4. Le seul but légitime que les États doivent se proposer pendant la guerre étant l'affaiblissement des forces militaires de l'ennemi (Déclaration de Saint-Pétersbourg du 4/16 novembre 1868)... (...)

Article 16. ' Moyens barbares '. - Outre les prohibitions établies par des conventions spéciales, il est interdit :

1° d'employer du poison ou des armes empoisonnées, ainsi que des projectiles qui ont pour but unique de répandre des gaz asphyxiants ou délétères;

2° d'employer des armes, des projectiles ou des matières propres à causer des maux superflus. Rentrent spécialement dans cette catégorie les projectiles explosibles ou chargés de matières fulminantes ou inflammables, d'un poids inférieur à 400 grammes, et les balles qui s'épanouissent ou s'aplatissent facilement dans le corps humain, telles que les balles à enveloppe dure dont l'enveloppe ne couvrirait pas complètement le noyau ou serait pourvue d'incisions. (...)

Article 21. Les individus qui font partie des forces armées belligérantes, s'ils tombent au pouvoir de l'ennemi, doivent être traités comme prisonniers de guerre, conformément aux articles 61 et suivants.

Il en est de même des messagers porteurs de dépêches officielles, accomplissant ouvertement leur mission, et des aéronautes civils chargés d'observer l'ennemi, ou d'entretenir les communications entre les diverses parties de l'armée ou du territoire."

 


 

La guerre d'aujourd'hui

 

"Au point de vue purement militaire, il y a dans l'accroissement des armées modernes, si même on ne considère que le nombre, une cause d'énormes difficultés pour toute action militaire. (…)

D'abord, on trouvera d'énormes difficultés à actionner par une même pensée toutes les armées particulières qui composent ensemble une arme moderne, et à l'amener à agir de telle sorte que chacune des parties concoure au succès général, sans que leurs forces se perdent dans des directions secondaires. Puis les difficultés croissent au point de vue technique avec la quantité des troupes. Les transports en chemin de fer et le mouvement méthodiquement réglé de très grandes masses, leur ravitaillement, la nécessité de les tenir toujours prêtes au combat, et par suite de veiller à l'apport des munitions pour les hommes en marche, d'évacuer des blessés et des malades, pousser en avant les réserves en hommes, en chevaux et en matériel, assurer toutes les routes et les communications avec l'arrière de l'armée, toutes ces conditions nécessaires présentent autant de problèmes difficiles à résoudre pour la technique de la guerre.

La masse des troupes équipées oblige à choisir de vastes zones de concentration, et à utiliser le plus complètement possible le réseau routier, dans ces zones, afin de porter en ligne le plus grand nombre de troupes possible. Pour la même raison, on sera souvent obligé d'entasser le plus de troupes possible sur chaque route. Mais le rendement de chaque route sera limité par la possibilité du ravitaillement et par la nécessité d'amener au combat les troupes placées le plus en arrière – même à des jours différents – avant que l'énergie combative des troupes plus avancées soit épuisée. La nécessité du ravitaillement en vivres et en munitions a pour conséquence immédiate que, sur les routes de marche, les munitions et les vivres à distribuer devront être apportés, envoyés en avant et distribués aux troupes, sans que l'opération dure plus d'un jour. La difficulté devient plus grande quand la masse des troupes empêche de vivre sur le pays et que le nécessaire est amené de l'arrière.

Dans ces circonstances, l'aptitude manœuvrière des grandes armées modernes est évidemment beaucoup plus faible que celle d'armées plus petites, qui, sur un terrain riche ou du moins fournissant facilement la subsistance voulue, peut se mouvoir avec une grande liberté. Il est clair également qu'une grande armée, dans laquelle de nombreuses colonnes de marche se meuvent à faibles intervalles, prend plus de temps qu'une petite pour les changements de direction, les concentrations et les déploiements, et qu'elle a aussi plus de difficultés à vaincre pour le ravitaillement. Les difficultés du terrain sont évidemment aussi plus difficiles à surmonter. Les décisions du commandement doivent être préparées de longue date, à cause de la lourdeur de tous les mouvements et du temps qu'ils exigent; les renseignements sur l'ennemi ne peuvent pas toujours être transmis à temps. Par suite, il faut envoyer des éclaireurs dans un rayon éloigné, afin d'être renseigné le plus vite possible sur les dispositions de l'ennemi. La profondeur de l'armée en marche augmente, et avec elle s'accroissent les difficultés des opérations. Toutes ces circonstances devront être soigneusement examinées, si l'on veut se faire une idée claire de la guerre moderne. Encore leur disparition n'entraîne-t-elle pas celle des difficultés stratégiques, qui tiennent seulement à la masse des troupes.

Dans la plupart des cas, surtout lorsqu'il faut lutter contre un ennemi supérieur en nombre, on sera obligé d'adjoindre tout au moins des troupes de seconde ligne – ce qu'on appelle en Allemagne des troupes de réserve – à l'armée de campagne proprement dite. Ces soldats, aussi bien pour la discipline que pour l'aptitude à la marche et au combat, ne valent pas les troupes actives.

Ces hommes, âgés de vingt-quatre à trente ans, sont encore en pleine vigueur physique, mais ils sont souvent déshabitués depuis longtemps des efforts particuliers qu'exige la vie militaire. En outre, ces régiments rassemblés à la hâte ne peuvent jamais avoir l'instruction tactique approfondie, la solidité des troupes fortement organisées en temps de paix. Une infanterie de réserve peut encore, dans les conditions actuelles, ne se former qu'à la guerre même et devant l'ennemi. Mais il est absolument impossible d'amener les troupes de réserve de cavalerie au même point que des régiments actifs. De même, les nouvelles formations d'artillerie ne parviendront que lentement au même rendement qu'une troupe instruite à fond en temps de paix pour le tir et les manœuvres. Ainsi le commandement supérieur se trouve déjà contraint, pour les premières batailles décisives, de tenir compte des différences de valeur tactique qui caractérisent ces troupes. Ce serait une faute extrêmement grave de n'y pas songer en prenant ses dispositions, bien que cette circonstance influe sensiblement sur l'emploi stratégique des troupes.

Au point de vue tactique aussi, l'emploi des troupes en masses fait naître des difficultés très graves qui n'eussent peu ou pas existé pour des corps de troupe plus petits. L'utilisation du terrain pour des fins tactiques est devenue pour les puissantes armées modernes bien plus difficile que jadis, surtout pour la défensive. Trouver des positions de défense favorables partout au point de vue tactique, pour une armée de neuf à douze corps d'armée, est extraordinairement difficile. Dans la plupart des cas, il faudra comprendre dans la position des parties du terrain qui ne présentent aucun avantage pour la défense ou qui même sont favorables à l'attaque. Sans doute on peut, avec les masses armées dont on dispose, fortifier avec une solidité particulière les portions de terrain moins favorables, et, par là, chercher à compenser les désavantages dont on doit prendre son parti; cependant, il faut songer que l'avantage de la défensive, qui est de profiter de l'avantage du terrain et de l'occupation pour réserver ses forces, se trouve perdu en partie, car on est obligé alors d'employer à la défensive passive des troupes qu'on aurait pu employer en meilleure place. Il se manifeste un inconvénient analogue pour l'offensive tactique. Il ne sera pas toujours facile de trouver des espaces favorables à une attaque par des masses armées. Souvent, on sera plutôt forcé de déployer et d'engager des forces importantes sur des terrains défavorables. Toutefois, cet inconvénient ne sera pas aussi grave pour l'offensive que l'insuffisance du terrain pour la défensive, car l'attaque, par sa nature même, doit toujours compter qu'elle laissera à la défensive le choix de la position qui lui est le plus favorable.

Ainsi la masse des armées modernes accroît les difficultés de la guerre dans les sens les plus différents. En outre, elles sont pour elles-mêmes une cause de danger qui n'est pas négligeable. Le mécanisme d'une pareille armée est si puissant et si compliqué qu'il ne peut se prêter aux opérations et aux mouvements que si tout le système fonctionne bien, du moins dans l'ensemble, et si l'on évite les fortes commotions morales de grande amplitude. On ne peut, naturellement, pas plus compter sur l'absence totale de pareils accidents parmi les fluctuations de la guerre qu'on ne peut compter sur des victoires ininterrompues. On peut d'ailleurs en triompher lorsqu'ils se produisent dans une sphère restreinte. Mais, lorsque de grandes masses pressées les unes contre les autres échappent à la direction, lorsqu'elles tombent en proie à une panique, lorsqu'elles manquent de subsistance; et que l'esprit d'insubordination s'empare des foules, alors elles deviennent non seulement incapables de résister à l'ennemi, mais dangereuses pour elles-mêmes et pour leur propre commandement, car elles rompent les liens de la discipline, troublent le cours des opérations et enfin mettent ce commandement en présence des tâches qui sont au-dessus de ses forces.

La guerre avec les armées modernes est donc, dans tous les cas, un jeu hasardeux qui met à une épreuve extrême les forces humaines et financières de la nation. Dans ces conditions, il est naturel qu'on prenne partout des mesures pour terminer rapidement la guerre quand elle éclate et pour faire disparaître rapidement la tension monstrueuse produite par la levée de nations entières.

 

Général von Bernhardi, La guerre d’aujourd’hui, chap. I et II, trad. de M. Etard s. dir. Lt-col. J. Colin, éd. Chapelot, Paris, 1913

[première édition en allemand en 1911]

Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001,
p. 1083-7


 

Bismarck et la France (1879)


"On a beaucoup dit que j'étais favorable à la République en France parce que j'y voyais une cause de faiblesse pour votre pays... La vérité, c'est que la République, sage et modérée comme vous l'avez en ce moment, est à mes yeux une garantie de paix parce qu'elle n'a pas besoin de "redorer dans le creuset de la victoire" le prestige indispensable aux dynasties sans racines comme la dernière que vous avez eue; voilà pourquoi je souhaite le maintien de la République en France, voilà pourquoi je suis prêt à vous seconder dans vos entreprises non contraires à nos propres intérêts. Mais, je le répète, je crois qu'il faut au peuple français (bien qu'il fasse preuve maintenant d'une grande sagesse) des satisfactions d'amour-propre et je désire sincèrement lui voir obtenir celles qu'il peut rechercher dans les bassins de la Méditerranée, sa sphère d'expansion naturelle; plus il aura de succès de ce côté, moins il sera porté à faire valoir contre nous des griefs et les douleurs dont je ne discute pas la légitimité, mais qu'il n'est pas en notre pouvoir d'apaiser."

Déclaration de Bismarck à l'ambassadeur de France, Saint-Vallier, le 5 janvier 1879,
citée par E. Bourgeois et G. Pages,"Les Origines et les responsabilités de la Grande Guerre", Paris Hachette, 1921.


 

Tensions coloniales + système d'alliances

En 1882, l'Italie, inquiète de la pénétration française en Tunisie s'allie à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. C'est la Triplice, faisant suite à la Duplice de 1879 entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.


" Les hautes parties contractantes se promettent mutuellement paix et amitié, et n'entreront dans aucune alliance ou engagement dirigé contre un de leurs Etats.

Elles s'engagent à procéder à un échange de vue sur les questions économiques et politiques de nature générale qui pourraient se poser et elles promettent, en autre, de s'aider mutuellement à l'intérieur des limites de leurs propre intérêt.

Au cas où l'Italie, sans provocation directe de sa part, serait attaquée par la France pour une raison quelconque, les deux parties contractantes s'engagent à porter assistance de toutes leurs forces à la partie attaquée...

Si l'une ou l'autre des parties contractantes était attaquée sans provocation directe de sa part , ou engagée dans une guerre avec deux ou plusieurs grandes puissances non signataires du présent traité, le cas d'assistance surviendrait simultanément pour toutes les hautes parties contractantes.

Les hautes parties contractantes promettent mutuellement de conserver secret le contenu et l'existence de ce traité..."

extraits de la Triplice, 1882


 

Allemagne : discours de Guillaume II au Reichstag (25 juin 1888)


"Messieurs,

Je vous ai convoqués, Messieurs, pour faire connaître devant vous au peuple allemand que je suis résolu à suivre, comme empereur et comme roi, les mêmes voies que celles dans lesquelles feu mon auguste grand-père a gagné la confiance de ses confédérés, l'amour du peuple allemand et les hommages bienveillants de l'étranger.

Les tâches les plus importantes de l'empereur allemand consistent à assurer, sur le terrain militaire et politique, la sécurité de l'empire au dehors, et à veiller au dedans, à l'exécution des lois de l'empire.

La première de ces lois est la constitution impériale. La sauvegarder et la défendre dans tous les droits qu'elle garantit aux deux corps légiférants de la nation et à chaque Allemand, de même que dans les droits qu'elle garantit à l'Empereur, et à chacun des Etats confédérés et à leurs souverains : tel est un des droits et des devoirs principaux de l'Empereur.

Aux termes de la Constitution, j'ai plus à concourir à la législation de l'empire en ma qualité de roi de Prusse qu'en celle d'empereur allemand. Mais, en cette double qualité, mes efforts tendront à poursuivre l'oeuvre de législation de l'empire dans le même sens que feu mon auguste grand-père l'a commencée.

Je m'approprie tout particulièrement et dans toute son étendue le message qu'il a émis le 17 novembre 1881, et, dans le sens indiqué par ce message, je continuerai de faire en sorte que la législation impériale concernant la population travailleuse s'efforce d'accorder aux faibles et à ceux qui souffrent la protection qu'elle peut leur donner dans la lutte pour l'existence, conformément aux principes de la morale chrétienne.

J'espère qu'on réussira de la sorte à avancer la conciliation des contrastes sociaux malsains, et je suis persuadé que, dans mes efforts pour développer notre prospérité intérieure, je rencontrerai l'appui unanime de tous les partisans fidèles de l'empire et des gouvernements confédérés, sans distinction des différents partis.

Mais je crois de même qu'il est nécessaire de maintenir dans les voies de la légalité notre développement politique et social, et de nous opposer avec fermeté à tous les agissements ayant pour but et pour effet de miner l'ordre gouvernemental.

Dans le domaine de la politique extérieure, je suis résolu à maintenir la paix avec tout le monde... L'Allemagne n'a besoin ni d'une nouvelle gloire militaire, ni d'aucune conquête, maintenant qu'elle a reconquis définitivement ses droits comme nation unie et indépendante.

Notre alliance avec l'Autriche-Hongrie est connue de tout le monde...Je vois dans cette alliance défensive une base de l'équilibre européen, ainsi qu'un legs de l'histoire d'Allemagne non contesté jusqu'en 1866.

Des relations historiques semblables et des besoins nationaux pareils nous unissent à l'Italie...

J'ai la satisfaction de constater que les arrangements que nous avons conclus avec l'Autriche-Hongrie et l'Italie me permettent d'entretenir avec soin mes relations d'amitié personnelle pour l'empereur de Russie et des relations qui répondent à mes propres sentiments, aussi bien qu'aux intérêts de l'Allemagne. "


 

La crise marocaine en 1911


« L'accord conclu le 4 novembre 1911 sur le Maroc et le Congo ne contenta ni l'Allemagne, ni la France. Si chez nous, il a provoqué de la désillusion sur nos gains territoriaux en Afrique, au double point de vue de leur exiguïté et de leur valeur, en France, il y eut de la mauvaise humeur provenant de la dignité froissée. On ne pouvait se faire à l'idée de céder des terrains coloniaux acquis grâce à l'initiative et à l'esprit d'entreprise français, et cela sous une pression qui n'avait rien de glorieux (...) Le nouvel accord (...) laissait subsister un état d'énervement qui suscita de nombreuses difficultés (...). »


in Baron de Schoen, Mémoires, Plon.


 

L'opinion de Stefan Zweig, 30 ans après


"La tempête de fierté et de confiance qui soufflait alors sur l'Europe charriait aussi des nuages. L'essor avait peut-être été trop rapide. (...)

La France regorgeait de richesses. Mais elle en voulait davantage encore, elle voulait encore une colonie, bien qu'elle n'eût pas assez d'hommes, et de loin, pour peupler les anciennes ; pour le Maroc, on faillit en venir à la guerre. L'Italie voulait la Cyrénaïque, l'Autriche annexait la Bosnie. La Serbie et la Bulgarie se lançaient contre la Turquie, et l'Allemagne, encore tenue à l'écart, serrait déjà les poings pour porter un coup furieux.

Partout le sang montait à la tête des États, y portant la congestion. La volonté fertile de consolidation intérieure commençait partout... à se transformer en désir d'expansion. Les industriels français, qui gagnaient gros, menaient une campagne de haine contre les Allemands, qui s'engraissaient de leur côté, parce que les uns et les autres voulaient livrer plus de canons - les Krupp et les Schneider du Creusot. Les compagnies de navigation hambourgeoises, avec leurs dividendes formidables, travaillaient contre celles de Southampton, les paysans hongrois contre les serbes, les grands trusts les uns contre les autres ; la conjoncture les avait tous rendus enragés de gagner toujours plus dans leur concurrence sauvage. Si aujourd'hui on se demande à tête reposée pourquoi l'Europe est entrée en guerre en 1914, on ne trouve pas un seul motif raisonnable (...) ; je ne puis l'expliquer autrement que par cet excès de puissance, que comme une conséquence tragique de ce dynamisme interne qui s'était accumulé depuis ces quarante années de paix et voulait se décharger violemment. Chaque État avait soudain le sentiment d'être fort et oubliait qu'il en était exactement de même du voisin (...). Car chacun se flattait qu'à la dernière minute l'autre prendrait peur et reculerait; ainsi les diplomates commencèrent leur jeu de bluff réciproque. Quatre fois, cinq fois, à Agadir, dans la guerre des Balkans, en Albanie, on s'en tint au jeu; mais les grandes coalitions resserraient sans cesse leurs liens, se militarisaient toujours plus. (...) ; finalement les forces en excès durent se décharger, et les signes météorologiques dans les Balkans indiquaient la direction d'où les nuages approchaient déjà de l'Europe."


Stefan Zweig, "Le monde d'hier", 1944, Livre de Poche, 1993, p. 235-236.


idem un peu plus complet


"Elle était merveilleuse, cette vague tonique qui, de tous les rivages de l'Europe, battait contre nos coeurs. Mais ce qui nous rendait si heureux recelait en même temps un danger que nous ne soupçonnions pas. La tempête de fierté et de confiance qui soufflait alors sur l'Europe charriait aussi des nuages. L'essor avait peut-être été trop rapide. Les États, les villes avaient acquis trop vite leur puissance, et le sentiment de leur force incite toujours les hommes, comme les États, à en user ou à en abuser. La France regorgeait de richesses. Mais elle voulait davantage encore, elle voulait encore une colonie, bien qu'elle n'eût pas assez d'hommes, et de loin, pour peupler les anciennes. Pour le Maroc, on faillit en venir à la guerre. L'Italie voulait la Cyrénaïque, l'Autriche annexait la Bosnie. La Serbie et la Bulgarie se lançaient contre la Turquie ; et l'Allemagne, encore tenue à l'écart, serrait déjà les poings pour y porter un coup furieux. Partout, le sang montait à la tête des États, un portant la congestion. La volonté fertile de consolidation intérieure commençait partout, en même temps, comme s'il s'agissait d'une infection bacillaire, à se transformer en désir d'expansion. Les industriels français, qui gagnaient gros, menaient une campagne de haine contre les Allemands, qui s'engraissaient de leur côté, parce que les uns et les autres voulaient livrer plus de canons - les Krupp et les Schneider du Creusot. Les compagnies de navigation hambourgeoises, avec leurs dividendes formidables, travaillaient contre celles de Southampton, les paysans hongrois contre les serbes, les grands trusts les uns contre les autres ; la conjoncture les avait tous rendus enragés de gagner toujours plus dans leur concurrence sauvage.

Si aujourd'hui on se demande à tête reposée pourquoi l'Europe est entrée en guerre en 1914, on ne trouve pas un seul motif raisonnable, pas même un prétexte. Il ne s'agissait aucunement d'idées, il s'agissait à peine de petits districts frontaliers ; je ne puis l'expliquer autrement que par cet excès de puissance, que comme une conséquence tragique de ce dynamisme interne qui s'était accumulé durant ces quarante années de paix et voulait se décharger violemment. Chaque État avait soudain le sentiment d'être fort et oubliait qu'il en était exactement de même du voisin ; chacun voulait davantage et nous étions justement abusés par le sentiment que nous aimions le plus : notre commun optimisme. Car chacun se flattait qu'à la dernière minute, l'autre prendrait peur et reculerait ; ainsi, les diplomates commencèrent leur jeu de bluff réciproque. Quatre fois, cinq fois, à Agadir, dans la guerre des Balkans, en Albanie, on s'en tint au jeu ; mais les grandes coalitions resserraient sans cesse leurs liens, se militarisaient toujours plus. En Allemagne, on établit en pleine paix un impôt de guerre ; en France, on prolongea la durée du service ; finalement, les forces en excès durent se décharger, et les signes météorologiques dans les Balkans indiquaient la direction d'où les nuages approchaient déjà de l'Europe."


Stefan Zweig (1881-1942), Les rayons et les ombres sur l'Europe, 1944, éd. posthume.


 

L'Allemagne encerclée...

ainsi on justifie d'avoir pris l'initiative des armes et on s'oppose à l'article 231 du Traité de Versailles désignant l'Allemagne comme responsable de la guerre.


"Nous étions encerclés. Notre voisin occidental, le peuple français, est le plus agité, le plus ambitieux, le plus vaniteux de tous les peuples d'Europe et, dans la pleine acception du terme, le plus militariste et le plus nationaliste. Depuis la dernière guerre franco-allemande, nous en sommes séparés par un fossé, dont un éminent historien français m'écrivait qu'il était absolument infranchissable. À l'est, nous sommes entourés de peuples slaves, pleins d'aversion pour les Allemands qui les ont initiés à une civilisation supérieure; ils les poursuivent de la haine méchante qu'un écolier récalcitrant et d'instincts brutaux éprouve pour un précepteur sérieux et digne. Ceci s'applique aux Russes, davantage aux Tchèques et surtout aux Polonais, qui revendiquent une partie de l'Allemagne orientale.

Les relations entre Allemands et Anglais ont varié au cours des siècles. John Bull daignait favoriser et protéger son pauvre cousin allemand, et même l'employer, de temps en temps, à quelque grosse besogne, mais il ne voulait pas admettre qu'il eût les mêmes droits que lui. Au fond, personne ne nous aimait. Cette antipathie était ancienne, mais la jalousie que suscita l'oeuvre de Bismarck, la puissance et la richesse de l'Allemagne l'avaient singulièrement augmentée. Ce manque de sympathie avait encore une autre cause : notre mépris de la forme. Déjà le philosophe grec avait fait remarquer que la grande majorité des hommes ne jugent des choses que sur l'extérieur et non d'après le fond ; mais cette façon de penser et de sentir était difficile à comprendre pour l'Allemand sérieux, grave, allant toujours au fond des choses et trop indifférent à leur apparence."

extrait de Prince de Bülow, Mémoires du Chancelier-Prince de BULOW, tome II, Plon, Paris, 1931.

Prinz von Bülow fut chancelier du Reich de 1897 à 1909.


 

La recherche des débouchés


"Dans cette course à la clientèle, l'Allemand fut aidé par sa connaissance des langues... Comme, en dehors de [ses] frontières, personne ne le comprenait, l'Allemand avait appris les langues voisines, spécialement celles des pays riches : le français et l'anglais. Quand il le fallut, les commis envoyés en Amérique du Sud parlèrent l'espagnol. Aussi, dès que l'état de l'industrie permit l'exportation, une armée de polyglottes se tenait prête à voler à la conquête du monde. Elle partit... Elle se croisa avec l'anglais, déjà en route, mais qui ne parlait que sa langue. Elle ne rencontra pas de Français, sinon en France, ou peu. Cette armée travailleuse, souple, patiente, indécourageable, accepta toutes les affaires qui se présentèrent, prit toutes les commandes, celles que l'Anglais dédaignait, celles que le Français refusait..."

extrait de J. HURET, L'Allemagne moderne, t. 1, Paris, Lafitte, 1913.


 

Les expatriations de capitaux et la puissance politique : le nationalisme financier


"De quelque côté que nous tournions nos regards, nous assistons au même phénomène : les capitaux, qui sont une partie de la force des nations modernes, leur servent à agir les unes sur les autres. Les grandes dominent les petites, non seulement par l'appareil d'une puissance militaire supérieure, mais par les ressources qu'elles leur offrent ou leur refusent suivant les conjonctures politiques. De simple phénomène économique qu'il était il y a trente ou quarante ans, le mouvement international des capitaux est passé au rang de grand phénomène politique, il est devenu l'instrument préféré qu'emploient les peuples les plus riches et les plus forts dans l'incessante bataille qu'ils se livrent les uns aux autres ; on hésite de plus en plus à faire la guerre à coups de canon, on la fait à coup de millions prêtés aux pays que l'on rêve de conquérir ou dont on recherche simplement le concours. Ce que nous avons dit de l'intervention financière suffit à démontrer que les capitalistes jouent souvent le rôle d'avant-garde, ils sont les pionniers de la mainmise politique ; l'Allemagne a beau répéter qu'en engageant ses capitaux dans la construction du chemin de fer de Bagdad elle poursuit des fins purement économiques, ses affirmations ne peuvent tromper personne. (...)

Les questions financières joueront un rôle de plus en plus éminent dans les rapports des nations entre elles : car chacun des marchés de capitaux s'occupant ou étant susceptible de s'occuper des autres, d'avoir une influence sur eux, de leur rendre des services ou de leur créer des difficultés, exerce une action sur les affaires politiques dont l'étroite dépendance vis-à-vis des affaires financières n'est jamais apparue plus clairement que de nos jours.

Les événements de 1911 auront été à cet égard un précieux avertissement. Personne n'a certainement oublié quels graves embarras surgirent au-delà du Rhin, quelle crise même se produisit et quelles faillites retentissantes se succédèrent lorsque, sous la menace d'une guerre avec l'Allemagne, les capitaux français se virent brusquement rapatriés. Ce fut dans le public, mal informé de ces choses, une émotion profonde que d'apprendre alors à quel point, dans quelles proportions énormes l'argent français se trouvait mis à la disposition de l'Allemagne à l'insu des déposants de ces capitaux trop serviables. Nous en sommes arrivés à considérer, avec une certitude affermie, que les capitaux français, suivant la belle expression de M. d'Avenel, sont véritablement et dans toute l'acception du mot, une seconde armée nationale."

extrait de E. BEQUÉ, Internationalisation des capitaux. Montpellier, 1912.


 

Pressions françaises, allemandes, russes en 1914


"De Panafieu (ministre de France à Sofia) à de Margerie (directeur des Affaires politiques au Quai d'Orsay), Sofia, 11 mars 1914

Vous n'ignorez pas la détresse financière dans laquelle se trouve actuellement le Trésor bulgare, l'urgente nécessité où il se trouve de mettre fin aux expédients de trésorerie et d'apurer celle-ci par un emprunt à extérieur. Vous n'ignorez pas non plus que le ministère actuel est, quoi qu'il en dise, entièrement acquis à une politique d'amicale entente avec l'Autriche, politique qui est par conséquent en opposition avec celle de la Russie et de la France.

Notre principal moyen d'action pour faire revenir la Bulgarie dans notre sphère d'influence, c'est évidemment l'emprunt, étant donné qu'aucun marché financier, si ce n'est celui de Paris, n'est en situation de faire l'opération importante, nécessaire à la régénération des finances bulgares. Cette situation est si connue ici que la question de l'emprunt est vitale pour le gouvernement M actuel et qu'il devra modifier complètement sa politique, si ce n'est abandonner le pouvoir, dans le cas où notre concours financier lui serait refusé..."

Documents diplomatiques français, 3ème série, T. IX.


 

L'opinion d'un journal pangermaniste


"La France n'est pas encore prête pour le combat. L'Angleterre est aux prises avec des difficultés intérieures et coloniales. La Russie redoute la guerre, parce qu'elle craint la révolution intérieure. Allons-nous attendre que nos adversaires soient prêts ou devons-nous profiter du moment favorable pour provoquer la décision ? Voilà la question lourde de sens qu'il s'agit de trancher.

L'armée autrichienne est encore fidèle et utile. L'Italie est encore fermement attachée à la Triple Alliance (1) et même si elle préfère encore (...) le maintien de la paix, pour panser les plaies de la dernière guerre (2), elle sait (...) que, si l'Allemagne est battue, elle sera livrée sans remède à la violence de la France et de l'Angleterre et elle perdra sa position indépendante en Méditerranée (...). Nous pouvons également compter le cas échéant sur la Turquie et la Roumanie. Nous avons ainsi encore des atouts en main, nous pourrions tenir les commandes de la politique européenne, par une offensive résolue, et nous pourrions assurer notre avenir.

Cela ne veut pas dire que nous devons provoquer la guerre ; mais là où se manifeste un conflit d'intérêts (...) nous ne devrions pas reculer, mais le faire dépendre de la guerre et la commencer par une offensive résolue; peu importe le prétexte, car il ne s'agit pas de cela, mais de tout notre avenir, qui est en jeu."


Extrait traduit d'un article paru dans le journal allemand Die Post , le 24 février 1914


Notes explicatives :
(1) = Triplice
(2) guerre de 1911-1912 entre l'Italie et l'Empire ottoman pour le contrôle de la Lybie et des îles du Dodécanèse (dont Rhodes en mer Egée). L'Italie gagne, mais se heurte à des contestations politiques de la part de la Grèce et de la Russie pour la possession du Dodécanèse. En Lybie, une résistance indigène a provoqué des difficultés militaires imprévues.


 

Le jugement de l'ambassadeur de France


"Les dernières lois militaires de l'Allemagne ont été la conséquence de deux faits que l'opinion en France n'a pas jugés comme on les jugeait ici. En premier lieu, l'Allemagne, qui aspirait à obtenir une part du Maroc et un port sur l'Atlantique, n'a rien obtenu sur l'Océan et elle a considéré comme un échec grave l'issue des négociations de 1911, qu'elle a appelées un Olmütz.

En second lieu, la guerre des Balkans lui a ouvert les yeux sur la faiblesse de l'Autriche dont elle est arrivée à escompter la disparition comme le vrai moyen de se raccommoder avec la Russie.

Elle ne s'est plus sentie assez forte ; elle a donc voulu reconquérir la situation militaire éminente qu'elle se considère comme obligée d'avoir pour se maintenir et pour s'imposer. Voilà pourquoi elle a augmenté son armée... sans qu'elle ait le dessein prémédité d'agression que notre opinion lui prête." (...)

Dépêche de Jules Cambon, de Berlin le 3 mai 1914, in Documents diplomatiques français, 3ème série, t.X


 

Vision marxiste : le capitalisme, c'est la guerre


"Le développement des forces productives du capitalisme mondial a fait, au cours des dernières décennies, un bond gigantesque. Partout, dans le processus de lutte pour la concurrence, la grande production est sortie victorieuse, en groupant les " magnats du capital " en une organisation de fer qui a étendu son emprise sur la totalité de la vie économique. Une oligarchie financière s'est installée au pouvoir et dirige la production liée par les banques en un seul faisceau. Ce processus d'organisation de la production est parti d'en bas pour se consolider dans les cadres des États modernes devenus les interprètes fidèles des intérêts du capital financier. (...) La surproduction de marchandises inhérente au développement des grandes entreprises, la politique d'exportation des cartels et le rétrécissement des débouchés par suite de la politique coloniale et douanière des puissances capitalistes,... l'immense extension de l'exportation du capital et l'assujettissement économique de pays entiers à des consortiums bancaires nationaux portent au paroxysme l'antagonisme entre les intérêts des groupes nationaux du capital. Ces groupes puisent leur dernier argument dans la force et dans la puissance de l'organisation d'État et, en premier lieu, de leur flotte et de leurs armées. Un puissant État militaire est le dernier atout dans la lutte des puissances.

extrait de BOUKHARINE, L'économie mondiale et l'impérialisme, 1917. Éd. Anthropos, 1971.


En 1917, LÉNINE écrit :

" Contre le groupe franco-anglais s'est dressé un autre groupe capitaliste, le groupe allemand, encore plus rapace,... apportant avec lui de nouveaux procédés : un développement de la production capitaliste, une meilleure technique et une organisation incomparable des affaires... La présente guerre est, elle aussi, le produit de la politique de classes qui sont aux prises, de la politique de deux colosses qui, bien avant les hostilités, avaient étendu sur le monde entier les tentacules de leur exploitation financière et s'étaient partagé économiquement le monde. Ils devaient se heurter, car, du point de vue capitaliste un nouveau partage de cette domination était devenu inévitable."

Cité dans J. Droz, Les causes de la Première Guerre mondiale



Vous trouverez sur Cliotexte des textes sur les rapports entre la France et la Russie à cette époque, ainsi que sur les Socialistes : du pacifisme à l'union sacrée , le début de la guerre : l'année 1914, et l'opinion de Stephan Zweig sur les causes de la guerre utiles aussi à ce chapitre.


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