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Aztèques, colonisation du Mexique et Las Calas

24 pages A4, 52 documents

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Présentation de Tenochtitlàn (Mexico)


"Cette grande ville est reliée à la terre par trois digues ou chaussées principales.

Les rues de la ville, fort larges, paraissaient avoir été tirées au cordeau ; les unes étaient d'eau, avec leurs ponts ; les autres de terre seule. On en voyait quelques-unes de terre et d'eau ensemble : la terre des deux côtés pour le passage des gens à pied, l'eau au milieu pour l'usage des barques qui servaient au commerce et dont le nombre était de 50'000. Les édifices publics et les maisons des nobles étaient de pierre et bien bâtis. Celles du peuple étaient basses et inégales ; elles laissaient libres des places où ils tenaient leurs marchés."

Extrait de Cortés, La Conquête du Mexique, III, 13, 1530. in Histoire Géographie, initiation économique 5e, Paris, Hachette, 1995

Une image positive, Mexico :


Le « conquistador anonyme », compagnon de Cortés, a laissé une description de Mexico au moment de la conquête.


"La ville de Temistitan Mexico est entourée de montagnes de tous côtés, excepté du côté situé entre le couchant et le levant. D'un côté qui est celui du Midi, il y a des montagnes très abruptes: c'est le mont de Vulcain ou Popocatépetl, qui est semblable à un tas de grains circulaire et a quatre lieues de hauteur, ou un peu plus. Au sommet se trouve un volcan dont la circonférence est d'un quart de lieue, par la bouche duquel, deux ou trois fois par jour, et parfois la nuit, de la fumée sortait avec la plus grande violence du monde. Au pied de ces montagnes naît un lac (...) la moitié de ce lac, du côté des montagnes où il naît, est d'une eau douce excellente (...), l'autre moitié est d'eau salée. Et là où se trouve l'eau douce il y a beaucoup de champs de roseaux et un grand nombre de beaux endroits très populeux. (...)

Cette grande ville de Temistitan Mexico est édifiée dans la partie du lac dont l'eau est salée, non pas au milieu mais à environ un quart de lieue de la terre ferme, au plus près; cette ville doit avoir plus de deux lieues et demie et peut-être trois, plus ou moins de tour. La plupart des gens qui l'ont vue jugent que sa population dépasse soixante mille habitants et qu'il y en a plutôt plus que moins. (...)

Temistitan Mexico avait et a beaucoup de belles rues larges ; à l'exception de deux ou trois rues principales, toutes les autres étaient pour la moitié de terre, comme pavées de briques, pour moitié d'eau, et ils circulent sur la terre, et sur l'eau dans leur barques et leurs canots qui sont faits d'un tronc creux, bien qu'il y en ait d'assez grands pour que cinq personnes puissent y tenir à l'aise, et les gens se promènent tranquillement les uns sur l'eau dans leurs barques les autres sur terre tout en bavardant ensemble."

Le Conquistador anonyme, traduction Jean Rose, Institut français d'Amérique latine, Mexico, 1970.

Description de Mexico par l'Espagnol Diaz del Castillo

« Au sommet de ce temple maudit, on était si haut que l'on dominait tout parfaitement. Et de là-haut, nous vîmes les trois chaussées qui entrent à Mexico (...). Nous voyions l'aqueduc qui venait de Chapultepec pour fournir la ville en eau douce, et de place en place, sur ces trois chaussées, les ponts par où l'eau de la lagune entrait et sortait d'une partie à l'autre (...). En arrivant à la grand-place de Mexico, nous tombâmes en admiration devant l'immense quantité de monde et de marchandises qui s'y trouvait, non moins qu'à l'aspect de l'ordre et bonne réglementation que l'on observait en toute chose. Chaque sorte de marchandise était à part, dans les locaux qui lui étaient assignés. Commençons par les marchands d'or, d'argent, de pierres précieuses, de plumes, d'étoffes, de broderies et d'autres produits. Puis les esclaves (...). La plupart étaient attachés par le cou à de longues perches formant collier, pour qu'ils ne puissent pas prendre la fuite. »

Extrait de Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, La Découverte - Maspero. In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990

Le marché de Tenochtitlan-Mexico


"Dans cette grande ville, les maisons ne communiquaient avec le dehors qu'avec de petits pont-levis, ou par des bateaux, et elles étaient construites avec des toits en terrasses. Nous avons aussi remarqué les temples ; ils sont bâtis en forme de tour et de forteresse et, d'autres, élevés sur la chaussée, sont blanchis à la chaux et extraordinairement éclatants. Le bruit et le tumulte du marché (...) pouvaient s'entendre à presque une lieue. En arrivant à la grande place de Mexico, nous tombâmes en admiration devant l'immense quantité de monde et de marchandises qui s'y trouvait. Commençons par les marchands d'or, d'argent, de pierres précieuses, de plumes, d'étoffes, de broderies et autres produits. Puis les esclaves, hommes et femmes. D'autres marchands se trouvaient là, vendant des étoffes ordinaires en coton, ainsi que divers ouvrages en fil tordu; on y voyait aussi des marchands de cacao (...) Il y avait encore le département de la poterie, faite de mille façons, depuis les jarres d'une taille gigantesque jusqu'aux plus petits pots."

Extrait de Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987


 

Une ville aztèque vers 1520, témoignage de Cortés

 

« Cette ville d'Iztapalapa s'élève sur le rivage d'un grand lac salé, elle est bâtie moitié sur l'eau et moitié sur terre. Le Cacique a des palais qui, quoique inachevés, sont aussi beaux que les plus beaux que nous ayons en Espagne : je dis bien des plus beaux, des plus ornementés et des mieux organisés... sauf les ornementations en relief et autres riches détails d'usage courant en Espagne et dont ils ne se servent pas ici. En beaucoup de quartiers à différentes hauteurs, se trouvent de beaux jardins pleins de grands arbres et de belles fleurs avec de grands bassins d'eau douce aux bords cimentés... Il y a un immense jardin potager près du palais, au-dessus duquel s'élève un belvédère orné de galeries et de salles magnifiques. »

in Jacques Dupâquier & Marcel Lachiver, Nouvelle collection d’histoire Bordas 4e, Les Temps Modernes, ed. Bordas, 1970 (p.15)

 



Deux descriptions de Cholula



"Cette ville de Cholula, composée de plus de vingt mille maisons, est située dans une plaine bien arrosée, bien cultivée, très fertile en bled [céréales] et en bons pâturages, comme toutes les terres de cette Seigneurie. Depuis un temps immémorial, cette ville se gouvernait dans l'indépendance comme celle de Tascalteca. Sa population est si nombreuse que, malgré la culture exacte de toutes les terres et leur fertilité, il y a un grand nombre d'habitants qui souffrent faute de pain, et une quantité de mendiants qui demandent de toutes parts. En général, ils sont mieux vêtus que ceux de  Tascalteca; les citoyens distingués y portent par dessus leurs habits des manteaux semblables pour l'étoffe et pour les bordures, aux manteaux des Africains, mais différents pour la forme. Depuis mon expédition contre eux, je n'ai eu qu'à me louer de leur soumission aux ordres que je leur ai donnés de la part de Votre Majesté,  et je crois que dorénavant elle peut compter ces peuples au nombre de ses sujets les plus fidèles."

In Correspondance de Fernand Cortès avec l'Empereur Charles-Quint, sur la conquête du Mexique, trad. Vicomte de Flavigny, Suisse, Libraires associés, 1779, p. 44
sur books.google.com


"La Ville [de Cholula] parut si jolie aux yeux des Espagnols, qu'ils la comparaient à Valladolid. Elle était située dans une plaine découverte de tous côtés à perte de vue, et très agréable. On dit qu'elle pouvait contenir alors vingt mille Habitants, sans compter ceux de ses Faubourgs, qui étaient en plus grand nombre. Il y avait un grand abord d'Etrangers, qui y venaient ou comme à un Sanctuaire de leurs Dieux, ou comme en un lieu célèbre pour le Négoce. Les rues étaient larges et bien percées, et les maisons plus grandes et d'une meilleure architecture que celles de Tlascala ; surtout leur somptuosité se remarquait aux tours, qui faisaient connaître la multitude leurs Temples. Le Peuple était plus sage que guerrier, la plupart gens de Commerce, ou Officiers ; beaucoup de monde, et peu de distinction."

In Don Antoine de Solis, Histoire de la conquête du Mexique ou de la Nouvelle-Espagne,  éd. P. Auboüin, 1691, III, 4,  p. 230
sur books.google.com

 

 


 


Le sacrifice volontaire


"Étant arrivé au pied de l'escalier, il en montait lui-même les degrés. Au premier pas, il brisait l'une des flûtes dont il avait joué au temps de sa prospérité ; il en brisait une autre à la seconde marche, une autre encore à la troisième, et c'est ainsi qu'il les mettait toutes en morceaux en montant en haut du temple. Quand il arrivait au sommet, les satrapes (1) qui s'étaient préparés à lui donner la mort, s'emparaient de lui, le jetaient sur un billot de pierre et, tandis qu'on le tenait couché sur le dos, bien assuré par les pieds, les mains et la tête, celui qui tenait le couteau d'obsidienne le lui enfonçait d'un grand coup dans la poitrine, et, après l'avoir retiré, il introduisait la main par l'ouverture que le couteau venait de faire, et lui arrachait le coeur qu'il offrait immédiatement au soleil."

Note 1. Satrape : Gouverneur d'une province dans l'Empire perse. Ici, grand seigneur.

Extrait de F. Bernardine de Sahagûn, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, La Découverte - Maspero. In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990



La fête du « feu nouveau » à Mexico


"Lorsque le cercle des ans avait été parcouru, les habitants de Mexico et des environs avaient l'habitude de célébrer, au commencement de la nouvelle période (...) une fête ou grande solennité. Elle se célébrait tous les cinquante-deux ans (...).

On nettoyait parfaitement les maisons, et, pour finir, on éteignait tous les feux. Un endroit était réservé à la cérémonie où l'on faisait ce feu nouveau : c'était le sommet d'un monticule (...) qui se trouve situé à deux lieues de Mexico (...). Cela se pratiquait à l'heure de minuit. On plaçait le morceau de bois duquel le feu devait être extrait, sur la poitrine du plus généreux des captifs, pris à la guerre, car on allumait ce feu dans un morceau de bois bien sec, au moyen d'un autre morceau long comme un bois de flèche qu'on faisait tourner très rapidement entre les paumes des mains. Lorsque le feu était allumé, on ouvrait aussitôt la poitrine du captif, on en arrachait le coeur, on le jetait au feu en l'y poussant avec tout le corps qui s'y consumait aussi en entier."

Extrait de Bernardino de Sahagun. Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987

 



Hymne à Huitzilopochtli

 

Tlacaelel, le frère de Moctezuma 1er, chante la gloire de Huitzilopochtli, la divinité qui, prenant l’ascendant sur Quetzalcòalt, encourage les entreprises guerrières des Aztèques, leur réclamant en retour, le tribut du sang, la « guerre fleurie ».

"Huitzilopochtli, le jeune guerrier, celui qui agit de là-haut, poursuit son chemin !

« Je n’ai pas revêtu en vain la robe de plumes jaunes : parce que c’est moi qui ai fait sortir le soleil. »

Le Prodigieux, celui qui habite la région des nuages : ton pied est un !

Celui qui habite la froide région ailée : ta main s’est ouverte !

Auprès du mur de la région ardente, on donna des plumes, ils se désagrègent, on poussa le cri de guerre… Ea, ea, ho, ho !

Mon dieu s’appelle le Défenseur des hommes.

Il poursuit son chemin, dans son habit de papier, celui qui habite dans la région ardente, dans la poussière il tourbillonne.

Ceux d’Amantla sont nos ennemis : viens te joindre à moi !

C’est en combattant qu’on fait la guerre : viens te joindre : viens te joindre à moi !

Ceux de Pipitlan sont nos ennemis : viens te joindre à moi !

C’est en combattant qu’on fait la guerre : viens te joindre : viens te joindre à moi !

Que l’on sacrifice ces enfants du soleil, car lors de l’achèvement du temple il ne manquera pas d’hommes pour l’inaugurer. J’ai réfléchi à ce que nous ferons désormais : il vaut mieux faire tout de suite ce que de tout façon nous ferons plus tard, car notre dieu ne doit pas attendre que nous ayons l’occasion de faire la guerre. Cherchons un marché commode, où notre dieu avec son armée pourra se rendre pour acheter les victimes nécessaires à sa nourriture. Ainsi, de même que notre peuple peut trouver tout près des tortillas chaudes quand il a envie de manger, de même nos concitoyens et notre armée iront fans ces foires pour acheter, avec leur sang, leur tête, leur cœur et leur vie, les pierres précieuses, les émeraudes, les rubis, les plumes resplendissantes, larges et longues, si élégantes qu’on peut aussi les utiliser pour le service Huitzilopochtli.

Moi, Tlacaelel, je dis que ce tianguez et marché soit instauré à Tlaxcala, Heuxotinco, Cholula, atlixco, Tliliuhquitepc, Tecoac, parce que, si nous l’établissons plus loin, par exemple à Yopitzinco, Michoacan, la Huastèque ou au bord de la mer, dont  les côtes sont sous notre domination, nos armées autont à pâtir de l’éloignement de ces provinces. Ces pays sont très lointains et en outre notre dieu n’aime pas la chair de ces gens barbares. Il la tient pour du pain blanc et dur, du pain sans saveur, car, je le répète, ce sont des gens barbares qui parlent des langues étranges. Ce serait donc une excellente idée que notre marché et notre foire soient situés dans les six cités que j’ai nommées, à savoir Tlaxcala, Heuxotzinco, Cholula, Atlixco, Tliuhqquitepec et Tecoac. Les habitants de ces villes seront pour notre dieu pareils à du pain chaud, venant de sortir du four, tendre et savoureux… Et la guerre que nous mènerons contre ces cités devra être faite de telle sorte qu’on ne les anéantisse pas et qu’elles restent toujours sur pied. Car il faut, que chaque fois que nous le souhaiterons et que notre dieu voudra manger et se réjouir, nous puissions nous rendre au marché pour lui chercher sa nourriture."

extrait de M. León-Portilla, la Pensée aztèque, cité dans Le destin brisé de l’empire aztèque, Serge Gruzinski, découvertes Gallimard, Paris, 2010

 


 

Le départ de l'expédition de Cortés

"[Hernán Cortés] était fils de Martin Cortés de Monroy et de Catalina Pizzaro Altamirano, hidalgos (1) tous les deux, quoique pauvres. (...) Cortés ayant été choisi comme général de la flotte [par le représentant du roi à Cuba, Diego Velàzquez], se mit à chercher toutes sortes d'armes (...). Il commanda des étendards et des drapeaux brodés d'or, ajoutant aux armes de notre roi et seigneur une croix sur chaque face, avec une inscription en latin : « Frères, suivons le signe de la Sainte Croix, animés d'une foi sincère avec Elle nous vaincrons. » En même temps, il fit crier ses proclamations (...) afin que toutes personnes qui voudraient aller avec lui aux terres nouvellement découvertes pour en faire la conquête et les coloniser, sussent bien qu'il leur serait donné leur part sur l'or, l'argent ou les bijoux qu'on y gagnerait (...). La nouvelle de l'expédition s'étant répandue dans l'île entière de Cuba, (...) les uns vendaient leurs propriétés pour se procurer des armes et des chevaux (...). De sorte que nous nous réunîmes plus de trois cents soldats à Santiago de Cuba, où s'effectua le départ de la flotte."

Note 1. Nobles.

Extrait de B. Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, La Découverte,1980. In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990


 


 

Proclammation des Espagnols à leur arrivée


« Caciques et Indiens de la Terre-Ferme, habitants de tel lieu, nous vous faisons savoir qu’il y a un Dieu, un pape, et un roi de Castille, qui est le maître de cette terre, parce que le pape, qui est le vicaire tout-puissant de Dieu et qui dispose du monde entier, l’a donné au roi de Castille, à condition qu’il rendra chrétiens ses habitants, pour qu’ils soient éternellement heureux dans la gloire céleste après leur mort. Ainsi donc, caciques et Indiens, venez, venez ! Abandonnez vos faux dieux ; adorez le Dieu des chrétiens ; professez leur religion, croyez à l’Evangile, recevez le saint baptême , reconnaissez le roi de Castille pour votre roi et votre maître, prêtez-lui serment d’obéissance, et faites ce qui vous sera commandé en son nom et par son ordre ; attendu que si vous résistez nous vous déclarons la guerre pour vous tuer, vous rendre esclaves, vous dépouiller de vos biens, et vous faire souffrir aussi longtemps et toutes les fois que nous le jugerons convenable, d’après les droits et les usages de la guerre.  »

Référence : Extrait de Bartolomé de Las Casas, « Les conquistadors », Lausanne, éditions Rencontre, 1962, p.342



Cortez pas mauvais politique



"Et à peine Cortez eut-il entendu son discours, qu'il comprit en un instant tout ce qu'il avait à faire. Il s'approcha du Prince dépossédé, avec des témoignages de quelque respect  : et après l'avoir pris par la main, il fit appeler les autres Nobles, qui attendaient la résolution, et en commandant à ses Truchements d'élever leur voix, il fit ce discours  : « Mes amis, vous avez devant vos yeux le fils légitime de votre véritable Roi. L'injuste Maître qui avait usurpé vos hommages et votre obéissance par de méchantes voies, s'était saisi du sceptre de Tezeuco, avec une main teinte dans le sang de son frère aîné ; et comme le don de conserver l'autorité souveraine n'est point accordé aux Tyrans, il a exercé son pouvoir de la même manière qu'il l'avait acquis ; en se souciant fort peu de mériter la haine de ses Sujets, pourvu qu'il s'en fît craindre ; en traitant comme des esclaves, ceux qui avaient la facilité de tolérer son crime ; et enfin, étant assez lâche pour vous abandonner dans le danger. Ce mépris qu'il a témoigné pour vous, lorsqu'il s'agissait de vous défendre, vous découvre assez la bassesse de son cœur, et met entre vos mains le remède propre à faire cesser vos misères. Je pourrais, si un pouvoir plus puissant ne me retenait pas, tirer avantage de sa fuite, et user du droit de la guerre, en soumettant cette Ville , que je tiens, comme vous le voyez, réduite à la discrétion de mes Soldats  : mais l'inclination des Espagnols ne les pousse pas aisément à commettre des injustices ; et comme celui qui nous a offensés, n'était pas votre Roi légitime, vous n'en devez pas porter la peine, comme si vous étiez ses sujets  : et ce Prince ne doit pas être privé du droit que la naissance lui donne. Recevez-le de ma main, ainsi que vous l'avez reçu du Ciel. Rendez-lui, en ma considération, l'obéissance que vous lui devez, comme un successeur de son père ; et qu'il soit porté sur vos épaules, dans le Trône de ses ancêtres. Pour moi, qui considère moins mon intérêt, que l'équité et la justice, je ne demande en cela que son amitié, et non pas son Royaume ; et je souhaite plus votre agrément, que votre soumission. »

Cette proposition du Général fut reçue par tous les Nobles, avec de grands applaudissements  : ils obtenaient tout ce qu'ils désiraient, et ils se trouvaient délivrés de leurs craintes. Les uns se jetèrent à ses pieds, pour lui rendre grâces de sa générosité ; et les autres allant d'abord au devoir que la nature leur imposait, coururent baiser la main de leur Prince. Cette nouvelle fut bientôt publique ; et les cris commencèrent à témoigner de la joie du Peuple, qui déclara son consentement par des acclamations, des danses, et des jeux, dont ils célébraient leurs plus grands fêtes ; sans épargner aucune de ces démonstrations, dont la joie des Peuples fait ordinairement la décoration de ses folies.

On remit au jour suivant, le couronnement du nouveau Roi, ce qui se fit avec toute la pompe et les cérémonies qui étaient ordonnées par les Lois du Pays. Cortez y assista, comme dispensateur, et pour ainsi dire, donateur de la Couronne  : ainsi il eut sa part des applaudissements, et acquit plus d'empire sur ces Indiens, que s'il les avait soumis à force d'armes ; ce trait de prudence et de vivacité étant un de ceux qui lui ont fait mériter le titre, d'un très sage et très adroit Capitaine. Il lui était de la dernière importance, pour l'entreprise de Mexique, d'être le Maître de cette Place : et il trouva moyen de se créer une extrême obligation sur le Roi, par le plus grand de tous les biens que l'on puisse faire en cette vie. Il sut encore intéresser la Noblesse, à défendre les droits de ce Prince, en la laissant irréconciliable avec le Tyran ; gagner l'esprit du Peuple, par son désintéressement, et son équité ; et enfin, établir une entière sûreté dans la ville, pour tout ce qui était nécessaire à ses troupes, ce qu'il n'aurait pu obtenir par une autre voie, qu'avec peu de confiance. Mais le plus grand plaisir qu'il ressentit en cette action, fut qu'en réparant l'injustice qu'on avait faite à ce jeune Prince, il suivait les principes de la droite raison ; puisqu'il lui accordait toujours le premier rang, quand il jetait la vue sur les autres maximes de sa conduite ; et que l'élévation de son génie et de ses inclinations, lui faisaient toujours préférer les mouvements de la pure générosité, à toutes les règles de la prudence.

C'est ainsi que Cortez mérita l'estime et la vénération de ces Peuples. La Noblesse entra dans ses intérêts, et devint ennemie des Mexicains  : la Ville se repeupla en peu de temps, par le retour des Habitants en leurs maisons ; et le Prince eut toujours tant de déférence et de soumission pour le Général, qu'il ne se contenta pas de lui offrir ses troupes, et de servir auprès de sa personne en cette expédition ; mais encore il ne donna aucun ordre que par son avis  : et quoi qu'il soutint entre ses Sujets le caractère d'un Roi, il prenait celui de Sujet en présence de Cortez, qu'il respectait comme son supérieur. Il pouvait avoir dix-neuf ou vingt ans ; et il avait l'intelligence et la raison d'un homme né en un Pays moins barbare. Cortez tourna adroitement cette bonne disposition, à faire entrer dans les conversations le sujet de la Religion ; et il reconnut, à la manière dont il écoutait et raisonnait même sur ses discours, que ce Prince avait du penchant à s'attacher au plus sûr, ce qui lui fit naître quelque confiance de le réduire. La barbarie des sacrifices de la Nation ne lui plaisait pas  : la cruauté lui paraissait un crime ; et il lui demeurait d'accord que ces Dieux, qui s'apaisaient par l'effusion du sang des hommes, ne pouvaient être amis du genre humain. Frère Barthelemi d'Olmedo se mêla dans leurs entretiens ; et comme il trouva le Prince ébranlé dans ses erreurs, et penchant vers la vérité, il le rendit en peu de jours, capable de recevoir le Baptême, dont la cérémonie se fit publiquement, avec beaucoup de solennité. Il prit, par son propre choix le nom de Hernan, par respect pour son parrain."

In Don Antoine de Solis, Histoire de la conquête du Mexique ou de la Nouvelle-Espagne, éd. P. Auboüin, 1691, V, 11-12, p. 539-42
sur books.google.com


 

la Malinche parle


«En hommage aux seigneurs blancs, les chefs indiens leur offrent de la volaille, des galettes de maïs, des parures, du tissu d'or et vingt femmes, parmi lesquelles je me trouvais. Avant de nous admettre, les Espagnols nous baptisèrent et je devins Dona Marina et fut donnée à Alonso Hernandez Puerto Carrero, puis j'appartins ensuite à Hernan Cortés, auquel je donnai un fils».

Ce texte est attribué à "la Malinche", l'esclave aztèque devenue la concubine et conseillère de Cortés. Elle devait probablement tenir une sorte de journal intime. Etant donné qu'elle a été parmi les premiers Indiens entrés en contact avec Cortés, elle a dû être donnée à Cortés courant 1519 alors qu'elle était retenue comme esclave par les Mayas dans le Tabasco (région à sud du Mexique). Cet écrit nous renseigne sur le premier accueil qui a été fait par les populations indigènes impressionnées aux «seigneurs» blancs.

 



La supériorité technique européenne

" lvarado prit la tête de la cavalcade sur sa jument alezane (1), vive et bonne coureuse. Tout se fit en présence des deux ambassadeurs, Cortès désirait qu'ils pussent bien voir les tirs (...). On mit le feu aux poudres (...). Les pierres retentissaient par les monts, retombant avec fracas. Gouverneur et Indiens s'épouvantèrent de choses si neuves (...). Parlons de ce grand lévrier qui appartenait à Francisco de Lugo et qui aboyait si fort la nuit. Les Caciques (2) demandèrent (...) si c'était un tigre, un lion, une bête qui tuait les Indiens (...). Le lendemain (...) nous quittâmes notre campement, chevaux en bon ordre, arbalétriers (3) et escopettiers (4), bien instruits de la façon dont ils devaient user de leurs munitions, les uns armant, pendant que les autres tiraient, les hommes d'épée avertis d'avoir à frapper au ventre afin de ne pas laisser l'ennemi s'approcher autant que la dernière fois, les cavaliers prévenus de s'entraider, la lance inclinée visant les yeux et les visages chargeant et revenant au demi-galop, l'artillerie fin prête. Aucun soldat ne devait quitter la formation."

Notes

1. Alezan : Cheval à la robe jaune rougeâtre.

2. Cacique : Chef ou prince.

3. Arbalétrier : Soldat armé d'un arc d'acier.

4. Escopettier : Soldat armé d'une arme à feu à main.

Extrait de B. Diaz del Castillo, Histoire véridique de la Nouvelle-Espagne, François Maspero - La Découverte. In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990


 

L'empereur aztèque Moctezuma s'adresse aux Espagnols


1) Dès leur arrivée sur les côtes mexicaines, les Espagnols furent pris pour des dieux par la plupart des indigènes. Ecoutons le récit que nous rapporte Cortés dans sa seconde lettre :


[Moctezuma] m’adressa les paroles suivantes : « Il y a bien longtemps que, par tradition, nous avons appris de nos ancêtres, que ni moi, ni aucun de ceux qui habitent la contrée n’en sommes les naturels ; nous sommes étrangers et nous sommes venus de pays lointains. Nous savons aussi que ce fut un grand chef qui nous amena dans ce pays, où nous étions tous ses vassaux ; il retourna dans sa patrie, d’où il ne revint que longtemps après, et si longtemps qu’il retrouva ceux qu’il avait laissés derrière lui mariés avec les femmes de la contrée et vivant en famille dans les nombreux villages qu’ils avaient fondés. Il voulut les emmener avec lui mais ils s’y refusèrent et ne voulurent même pas le reconnaître pour leur seigneur. Alors il repartit. Nous avons toujours cru, depuis, que ces descendants reviendraient un jour pour conquérir notre pays et faire de nous ses sujets ; et d’après la partie du monde d’où vous me dites venir, qui est celle d’où le soleil se lève, et les choses que vous me contez du grand roi qui vous a envoyés, nous sommes persuadés que c’est lui le véritable seigneur ; d’autant plus que, depuis longtemps, il est, dites-vous, au courant de nos affaires. Soyez donc certains que nous vous obéirons et que nous vous reconnaîtrons pour maître au lieu et place du roi dont vous parler et qu’il ne doit pas y avoir le moindre doute à cet égard... »


Hernan Cortés, La conquête du Mexique, Paris Vème, François Maspero/ la découverte, 1979
(Préface  « Les causes psychologiques » pp.33-34)


2)
Moctezuma dit :

"Quelques-uns nous ont assurés que vous étiez des dieux, que des bêtes farouches vous obéissaient, que vous teniez les foudres entre vos mains, et que vous étiez assoiffés d'or. Cependant je reconnais que vous êtes des hommes comme nous. Ces bêtes qui vous obéissent sont, à mon avis, de grands cerfs que vous avez apprivoisés. Ces armes qui ressemblent à la foudre sont des tuyaux d'un métal que nous ne connaissons pas, dont l'effet est pareil à celui de nos sarbacanes. Nous savons que le prince à qui vous obéissez descend de notre dieu Quetzalcoatl. Une prophétie dit qu'il est allé conquérir de nouvelles terres à l'est et qu'il a promis que ses descendants reviendraient."

Extrait de Cortéz (1485-1547), Histoire de la conquête du Mexique, III, 11. in Histoire Géographie, initiation économique 5e, Paris, Hachette, 1995

Cortés accueilli comme un dieu par le roi Moctezuma

"Seigneur, tu as souffert, tu t'es donné bien des fatigues ; maintenant te voici au pays. Tu touches enfin à ta cité : Mexico. Tu es revenu occuper ton trône (...). Tel était bien le legs et le message de nos rois, de ceux qui gouvernèrent ta cité : tu allais reprendre ta place, sur ton trône, tu allais parvenir jusqu'ici. Et voilà que la chose est accomplie. Te voilà arrivé. Ta fatigue est grande, tu as tant peiné. Viens et repose-toi. Prends possession de tes royales demeures. Arrivez en votre pays, seigneurs !"

Extrait de COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987

 


 


Cortés et Moctezuma : la visite du temple du dieu de la guerre


Son visage était très large, les yeux énormes et épouvantables : tout son corps, y compris la tête, était recouvert de pierreries, d'or, de perles adhérant à la divinité au moyen d'une colle faite avec des racines farineuses. Le corps était ceint de grands serpents fabriqués avec de l'or et des pierres précieuses ; d'une main, il tenait un arc, de l'autre des flèches. A son cou, pendaient des coeurs d'Indiens ; trois coeurs d'Indiens sacrifiés ce jour-même brûlaient. Les murs et le parquet de cet oratoire étaient à ce point baignés par le sang qu'il s'y figeait et qu'il s'en exhalait une odeur repoussante.

« Monseigneur, dit alors notre général en souriant, je ne comprends pas que vous, un grand prince et un homme fort sage, vous n'ayez pas entrevu dans vos réflexions que vos idoles ne sont pas des dieux mais des objets maudits qui se nomment démons. Faites-moi la grâce de trouver bon que j'érige une croix sur le haut de cette tour, et que, dans la partie même de cet oratoire où se trouvent vos dieux, nous construisions un pavillon où s'élèvera l'image de Notre-Dame. » Moctezuma répondit à moitié en colère : « Nos dieux, nous les tenons pour bons, ce sont eux qui nous donnent la santé, les pluies, les bonnes récoltes, les orages, les victoires et tout ce que nous désirons. Je vous prie qu'il ne se dise plus un mot qui ne soit en leur honneur. » Notre général, l'ayant entendu et voyant son émotion, ne crut pas devoir répondre."

Extrait de B. Diaz del Castillo, Compagnon de Cortés, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987


 

Les richesses du Mexique


"Il y a tant à dire des services de Moctezuma [le roi aztèque] et de tout ce qu'il y a d'admirable dans la grandeur de son empire que je puis assurer Votre Altesse [le roi d'Espagne] que je ne sais par où commencer pour en pouvoir décrire quelque partie. Car, comme je l'ai déjà dit, que peut-il y avoir de plus magnifique que ce Barbare possédant tout ce qu'on peut trouver sous les cieux de son pays, refait en or, en argent, en pierres et en plumes ; et si vivantes ces imitations d'or et d'argent qu'il n'y a au monde joaillier qui pût mieux les faire ; des pierres si parfaitement taillées qu'on a du mal à imaginer quels instruments ont pu être utilisés ; et des parures en plumes si merveilleuses que ni la cire ni les broderies ne peuvent les égaler."

Extrait de COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987


 

Les Espagnols vus par les Indiens


Moctezuma, empereur de Tenochtitlan-Mexico au moment de l'arrivée de Cortés, demande que les ambassadeurs qu'il a envoyés au-devant des Espagnols lui décrivent ceux-ci. Voici leur récit.


"De tous côtés leurs corps sont emmitouflés, on ne voit paraître que leur visage. Il est blanc, blanc comme s'il était de chaux. Ils ont les cheveux jaunes, bien que certains les aient noirs. Longue est leur barbe ; leur moustache est également jaune (...). Ils chevauchent montés sur les flancs de leurs « cerfs ». Ainsi juchés, ils marchent au niveau des toits (...).

En outre leurs chiens sont énormes; ils ont les oreilles frémissantes et aplaties, de grandes queues pendantes; ils ont des yeux qui épandent du feu, ils ne cessent de cracher des étincelles ; leurs yeux sont jaunes, d'un jaune intense (...).

Et quand le coup [de canon] part, une espèce de boule de pierre sort des entrailles de la pièce ; elle projette une pluie de feu, elle répand des étincelles et la fumée qui en sort est fort pestilentielle, elle est puante autant que la vase pourrie, elle pénètre jusqu'au cerveau et incommode grandement.

En outre si le coup touche une colline, on dirait qu'il la fend, qu'il la crevasse, et s'il touche un arbre, il le met en pièces et il le pulvérise, comme si c'était l'oeuvre de quelque prodige, comme si quelqu'un l'eût détruit en soufflant de l'intérieur."



Idem, autre citation


"Les étrangers ont de tout côté le corps emmitouflé, on ne voit paraître que leur visage, blanc comme de la craie. Certains ont des cheveux jaunes ; longue est leur barbe. C'est de métal qu'ils se revêtent ; de métal ils couvrent leur tête ; de métal sont leurs épées, leurs lances, leurs boucliers."

Textes recueillis par un moine espagnol comprenant la langue aztèque, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987


 

Prétentions des conquistadores au nom des traditions


« J'ai parlé de nous, les soldats, qui partîmes avec Cortés, et de l'endroit où ils sont morts, et si on veut savoir quelque chose de nos personnes [il faut dire que] nous étions tous «hidalgos», même si certains ne peuvent se prévaloir de lignage si clair, car il est bien connu que dans ce monde les hommes ne naissent pas tous égaux, ni en générosité ni en vertu. (...) j'ai remarqué que certains de ces chevaliers qui autrefois obtinrent titres d'Etat et de noblesse n'allaient pas aux guerres susdites et ne s'engageaient pas dans les batailles sans qu'avant on leur payât solde et salaire, et malgré le fait qu'on les payait on leur donnait avec libéralité villes, châteaux et grandes terres, et privilèges perpétuels, que leurs descendants possèdent encore. Et en plus de cela, lorsque le roi don Jaime de Aragón conquit sur les Maures une bonne partie de ses royaumes, il les partagea entre les chevaliers et les soldats qui participèrent à leur conquête, et qui depuis lors ont leurs blasons et sont puissants. Et aussi lorsqu'on conquit Granada, et à l'époque du Gran Capitán à Naples et du Prince d'Orange également à Naples, [les rois] donnèrent terres et seigneuries à ceux qui les aidèrent dans les guerres et les batailles. J'ai rappelé tout cela afin que, si on regarde les bons et nombreux services que nous rendîmes au roi notre seigneur et à toute la chrétienté, et qu'on les mette sur une balance, pesée chaque chose selon sa juste valeur, on voie que nous sommes dignes et méritons d'être récompensés comme les chevaliers dont j'ai parlé plus haut.»

in B. Diaz del Castillo, Historia verdareda de la conquista de la Nueva España.

Bernal Díaz del Castillo est un chroniqueur et un conquistador espagnol. Il a entre autres accompagné Hernán Cortes dans sa conquête du Mexique. Il a commencé à écrire, en 1568, son livre qui a été publié après sa mort, en 1581.



Un jugement défavorable sur les Indiens


Le chroniqueur Fernando Gomez e Oviedo écrit :


"Ils ne portaient pas de cape, ils n'avaient pas non plus et ils n'ont pas les têtes faites comme les autres gens, mais leur crâne est si résistant et si grossier que la principale recommandation que suivent les chrétiens quand ils se battent contre eux est de ne pas porter de coup à la tête car les épées se brisent. Et tout comme ils ont le crâne grossier, ils ont un entendement bestial et mal disposé."



Le comportement des Espagnols à Mexico

"On profitait de la fête. Voici les danses, un chant suit l'autre (...). Alors les hommes de Castille décident de tuer. Ils accourent avec leurs armes, ferment les entrées et les passages (...). Ils entourent les danseurs, s'élancent vers les tambours et d'un coup d'épée tranchent les bras de celui qui jouait, puis sa tête qui va rouler au loin. Aussitôt ils frappent de toute part avec leurs épées de métal. Les corps sont lacérés, les têtes fendues, les boyaux dispersés (...)."

Extrait de COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987

 


 

L'armée des Conquistadores avec ses alliés


"Le second jour de la Pâque, j'assemblai ma cavalerie et mon infanterie sur la place de Tezcoco pour en faire le partage et donner à mes lieutenants les troupes qu'ils devaient prendre avec eux, pour former trois garnisons dans trois des villes qui se trouvent autour de Mexico. Je fis capitaine de l'un de ces corps, Pedro de Alvarado ; je lui donnai trente chevaux, dix-huit arquebusiers et arbalétriers, cent cinquante fantassins et plus de vingt-trois mille Tiascaltecs ; c'était le corps destiné à occuper Tacuba. Je fis Cristobal de Oli capitaine du second corps ; je lui donnai trente- trois chevaux, dix-huit arquebusiers et arbalétriers, cent soixante fantassins et plus de vingt mille indiens de nos alliés ; Oli devait occuper la ville de Culuacan."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

Tensions entre Indiens

"Ce travail dura trois jours, pendant lesquels il y eut de nombreuses rencontres entre les deux partis, rencontres dans lesquelles nous eûmes quelques blessés, mais dans lesquelles les ennemis perdirent un grand nombre des leurs ; nous leur gagnâmes en même temps plusieurs ponts, il y eut harangues, insultes et défis entre les Mexicains et les Tlascaltecs qui nous offrirent un spectacle des plus intéressants."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 



Effet des armes espagnoles


"Dans les premiers moments du combat, le grand alguazil eut le pied traversé par un dard et quoique les ennemis nous eussent blessé plusieurs autres Espagnols, néanmoins, les grosses pièces, les arquebuses et les arbalètes leur firent tant de mal que ni les gens des canoas ni les gens de la chaussée ne s'avançaient plus avec la même audace et qu'ils se montraient plus timides et moins arrogants que d'habitude."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

L'artillerie

"Nous donnâmes bien la chasse aux canoas pendant plus de trois lieues ; celles qui nous échappèrent se réfugièrent entre les maisons de la ville et, comme il était tard, je fis retirer les brigantins que je dirigeai vers la chaussée ; je résolus de m'y arrêter, et je débarquai avec une trentaine d'hommes pour m'emparer de deux petits temples placés sur pyramides. Lorsque nous mîmes pied à terre, les Indiens se jetèrent sur nous fort courageusement pour les défendre; nous nous en emparâmes avec beaucoup de peine et je fis aussitôt mettre en batterie trois grosses pièces de fer que j'avais apportées, et comme la partie de la chaussée attenant à la ville, sur une longueur d'une demi-lieue, était couverte de monde et les deux côtés de la lagune bondés de canoas avec des gens de guerre, je fis décharger l'une des pièces au milieu de cette foule où elle fit d'affreux ravages ; mais par la négligence d'un artilleur notre provision de poudre prit feu ; heureusement qu'il ne nous en restait guère."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 


 

Alliés


"Je poussai de nouvelles pointes dans la ville, par les voies que j'avais coutume de prendre ; les brigantins et les canoas attaquaient de deux côtés ; j'attaquai de quatre autres côtés ; nous avions toujours l'avantage, et l'on tuait beaucoup de Mexicains parce que nos alliés indiens étaient chaque jour plus nombreux. J'hésitais cependant à pénétrer dans le coeur de la ville ; je voulais voir si les ennemis protesteraient contre les cruautés commises par nos alliés, et je craignais d'exposer mes gens devant des hommes si ardemment résolus à mourir."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 



Assaut sur Mexico


"Il attaqua donc ce même jour ; et avec l'aide des brigantins la troupe passa et poursuivit les Mexicains qui avaient pris la fuite. Pedro de Alvarado s'empressait de faire combler cette immense ouverture pour que la cavalerie pût passer ; je lui recommandais du reste chaque jour de ne point avancer d'un pas sans aplanir le terrain de manière que les chevaux, qui faisaient notre vraie force, pussent évoluer à l'aise. Les Indiens, voyant qu'il n'y avait pas plus de quarante Espagnols de l'autre côté de la tranchée et que pas un cheval n'avait passé, se retournèrent subitement, et avec une telle vigueur qu'ils repoussèrent nos gens et les jetèrent à l'eau. Ils tuèrent un certain nombre de nos alliés et nous prirent quatre Espagnols, qu'ils s'empressèrent de sacrifier. A la fin, Alvarado put regagner son quartier. Quand je fus de retour dans le mien, et que j'appris ce qui s'était passé, j'en éprouvai une douleur profonde, car c'était un encouragement pour les Mexicains, qui s'imagineraient que nous n'oserions plus pénétrer dans leur ville.

Alvarado s'était engagé dans cette action téméraire pour plusieurs raisons ; c'était, je l'ai dit, qu'il s'était emparé d'une grande partie de la chaussée, qu'il voyait les Mexicains découragés, et surtout parce que ses hommes le priaient de s'emparer du marché, parce que, une fois ce point gagné, c'était pour ainsi dire la ville conquise ; car c'était là le coeur, la force et l'espérance des Indiens. De plus, les soldats d'Alvarado, voyant que je gagnais chaque jour sur les Mexicains, eurent peur que je ne m'emparasse du marché avec eux, et comme ils en étaient beaucoup plus près que moi ils avaient tenu à honneur de m'y précéder."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

Les sacrifices des prisonniers de guerre

"Les Mexicains nous tuèrent dans cette défaite trente-cinq ou quarante Espagnols et plus de mille Indiens ; ils blessèrent vingt autres Espagnols, et moi-même je fus blessé à la jambe. Nous perdîmes une petite pièce de campagne, des escopettes, des arbalètes et autres armes. Aussitôt après leur victoire, les Mexicains, voulant frapper de terreur Sandoval et Alvarado, emportèrent à Tialtelolco tous les Espagnols vivants ou morts qu'ils avaient pris, et là, sur les hautes pyramides des temples, à la vue de leurs camarades, ils les dépouillèrent de leurs vêtements et les sacrifièrent en leur ouvrant la poitrine dont ils retiraient le coeur sanglant pour l'offrir à leurs idoles. Les Espagnols du camp d'Alvarado pouvaient voir de l'endroit où ils combattaient les corps nus et blancs des victimes qui les dénonçaient comme chrétiens. Quoiqu'ils en éprouvassent une grande douleur, ils se retirèrent dans leurs quartiers, après avoir courageusement combattu, et s'approchèrent fort près de la place du Marché qui eût été prise ce jour-là, si Dieu, pour nos péchés, n'avait permis un tel désastre."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 


 

L'empire aztèque

"Les Mexicains profitèrent de ces circonstances pour envoyer des émissaires dans toutes les provinces vassales, leur annoncer qu'ils avaient remporté une grande victoire, tué une foule d'Espagnols, que bientôt ils nous auraient tous exterminés et qu'elles ne fissent point la paix avec nous. Ils leur envoyaient comme preuves de leur victoire les deux têtes des chevaux qu'ils avaient tués et d'autres dépouilles qu'ils nous avaient enlevées, les exhibant partout où besoin était et profitant de la circonstance pour remettre ces provinces sous le joug. "

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 


 

Préparation de la cavalerie


"Comme la nuit approchait, je fis sonner la retraite, mais nous fûmes alors chargés par une telle multitude que sans la cavalerie nous eussions couru les plus grands dangers. J'avais heureusement fait combler et aplanir tous les mauvais pas de la rue et de la chaussée, les chevaux pouvaient aller et venir, et lorsque les Indiens se précipitaient sur notre arrière-garde nos cavaliers les chargeaient à coups de lance et en tuaient beaucoup ; et comme la rue était très longue ils purent charger quatre ou cinq fois."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

Armes aztèques et peur des chevaux


"Sur mon ordre, les soldats mirent bas les armes, et je demandai que le commandant en chef de la ville vînt me parler et que nous suspendrions les hostilités. Sous le prétexte qu'on était allé le chercher, ses gens me firent perdre plus d'une heure. C'est qu'en vérité ils n'avaient nulle envie de faire la paix, ce qu'ils nous prouvèrent à l'instant en nous couvrant de flèches, de dards et de pierres. A cette vue, nous attaquâmes la barricade qui fut emportée, et en entrant sur la place nous la trouvâmes hérissée de grosses pierres pour empêcher que les cavaliers ne pussent s'y mouvoir ; car c'étaient d'eux seuls qu'ils avaient quelque crainte ; nous trouvâmes deux autres rues également semées de pierres dans ce même but de paralyser les chevaux."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 



Ressentiment des autres Indiens envers les Aztèques


"Devant l'impossibilité de toute transaction, et songeant que le siège durait depuis quarante-cinq jours, je résolus de prendre pour notre sûreté une mesure radicale et ce fut de détruire, quelque temps que cela pût nous coûter, les maisons de la ville chaque fois que nous y pénétrerions ; de manière que nous ne ferions plus un pas en avant sans tout raser devant nous, tout aplanir, et transformer les canaux et les tranchées en terre ferme. Je convoquai donc à ce sujet tous les caciques des nations amies, je leur fis part de ce que j'avais résolu et les priai de réunir le plus de manoeuvres qu'ils pourraient et de me les envoyer munis de leurs coas, instrument qui répond à la houe de nos agriculteurs ; ils me répondirent qu'ils le feraient avec le plus grand plaisir ; que c'était une mesure excellente, la meilleure pour ruiner la ville, ce que tous désiraient plus que toute chose au monde."

Extrait de Hernán Cortés, La conquête du Mexique, la Découverte 1982
Cité dans CHALIAND Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Paris, Laffont (coll. Bouquins), 2001

 


 

La création de l'homme

"L'animal qu'on appelle Tuih-tuih apporta, d'au-delà de la mer, le sang du tapir et celui du serpent, et c'est ainsi que fut pétri le maïs. C'est avec cette chair que le Créateur et le Formateur firent la chair de l'homme. Les hommes parlèrent, ils eurent du sang et ils eurent de la chair."

Extrait de COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987

 



Les paysans mayas

"Les Indiens ont la bonne coutume de s'entraider mutuellement dans leurs travaux. A l'époque de leurs semailles, ceux qui n'ont pas assez de monde pour le faire se réunissent de vingt en vingt (...).

Aujourd'hui les terres sont communes et elles appartiennent au premier qui les occupe. Ils ont le soin de semer en des endroits différents de manière que si la récolte d'un champ vient à manquer, celle d'un autre y supplée. Ils ne font subir aucune préparation au sol, se contentant seulement, quelque temps avant les semailles, de réunir et de brûler les mauvaises herbes (...). Ils [sèment] portant un petit sac sur les épaules, et creusant un trou dans la terre avec un bâton ; dans chaque cavité ainsi faite, ils jettent cinq ou six graines, les recouvrent ensuite à l'aide du bâton."

Extrait de Oiego de Lança, Relation des choses du Yucatan (XVIe siècle), in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987

 


 

Les Indiens sont des hommes


"Considérant que les Indiens, étant de véritables hommes, non seulement sont aptes à recevoir la foi chrétienne, mais encore, d'après ce que nous savons, la désirent fortement (...), nous décidons et déclarons, nonobstant toute opinion contraire, que lesdits Indiens (...) ne pourront être d'aucune façon privés de leur liberté ni de la possession de leurs biens (...) et qu'ils devront être appelés à la foi de Jésus-Christ par la prédication de la parole divine et par l'exemple d'une vertueuse et sainte vie.

Paul III, bulle Sublimis Deus, 1537.

 


 

L'oeuvre "civilisatrice" des Espagnols en Amérique


"Des ecclésiastiques envoyés par le roi ont enseigné aux Indiens la doctrine chrétienne qui conduit au salut. De plus, la justice royale est telle que personne ne peut plus nuire au voisin, et que les meurtres, les sacrifices si fréquents naguère, ont désormais disparu. Les Indiens peuvent circuler en sécurité sur toutes les routes et vaquer en paix à leurs occupations. Le Roi les a libérés du portage et de la servitude, leur a fait connaître le pain, le vin, l'huile et bien d'autres vivres, les vêtements de laine, de soie, de lin, les chevaux, les vaches, des outils, des armes et de nombreux objets venus d'Espagne ; il leur a fait apprendre certains métiers, certains commerces qui les font très bien vivre. Les mêmes avantages attendent les Indiens qui embrasseront notre Sainte Religion et rendront hommage à notre Roi."

Ordonnance générale de Philippe Il (1573)

 

 


 


Portrait de Cortés


Le portrait le plus crédible est sans doute celui de Bernal Díaz del Castillo, compagnon de Cortés dans la plupart de ses campagnes. Certes, Bernal Díaz écrivit son Histoire véritable à la fin de sa vie, au début des années 1550, semble-t-il, et l'une des raisons qui le décidèrent fut l'indignation qu'il éprouva à la lecture de La Conquista de Mexico, de Francisco López de Gomara, qui attribuait tous les mérites de la conquête à Cortés et faisait abstraction du rôle et des exploits de ses compagnons. Mais Bernal Díaz a très bien connu Cortés, il avait pour lui une grande admiration (il l'appelle parfois « notre Cortés ») et il voulait être juste et équitable. Écoutons-le :


"Il était de corps bien fait et de bonne stature, bien proportionné et robuste; il avait le teint un peu cendré, un visage qui n'était point gai, et une figure plus longue lui eut mieux convenu; son regard pouvait être aimable mais également grave; il portait une barbe serrée mais courte, et les cheveux de même comme s'était alors l'usage. Il avait la poitrine haute, le dos bien droit; il était maigre, avait fort peu de ventre, mais les jambes un peu arquées quoi qu'elles fussent fermes comme ses cuisses. Bon cavalier, il était très adroit avec toutes les armes, à pied comme à cheval, il savait les manier fort bien et il y mettait du cœur et de la résolution, et c'est ce qui compte pour un soldat.

J'ai entendu dire que lorsqu'il était jeune, dans « l'île espagnole » [St. Domingue], il eut quelques affaires de femmes et se battit à l'arme blanche avec des hommes vaillants et adroits dont il triompha toujours; il avait une cicatrice près de la lèvre inférieure que l'on voyait si on y prêtait grande attention mais qui était masquée par la barbe, et cette cicatrice lui venait de l'une de ses affaires.

Tout son aspect, sa présence dans les entretiens et les négociations, comme ses manières à table et sa toilette étaient du style d'un grand seigneur. Les vêtements qu'il portait dépendaient du temps et de l'usage mais il n'était pas enclin à exhiber soie, damas ou satin, bien plutôt s'habiller simplement quoi que de manière soignée. Il ne portait pas de grandes chaînes d'or, seulement une petite chaîne d'or de belle facture et un bijoux à l'image de la Vierge Marie portant son précieux fils dans les bras, avec une inscriptions en latin, et sur l'autre face une image de St. Jean-Baptiste avec une autre inscription; il portait aussi au doigt une bague très riche sertie d'un diamant et il se coiffait d'un bonnet de velours, comme on portait alors, avec une médaille dont j'ai oublié la figure...

Il se faisait servir richement, comme un grand seigneur, avec deux maîtres d'hôtel ou major d'homme, de nombreux pages, tous le service de la maison, une abondante vaisselle d'or et d'argent; il mangeait bien, buvait un grand verre de vin coupé d'eau, il dinait aussi mais il n'était en rien recherché, n'avait pas de penchant pour les mets délicats ou coûteux, sauf lorsqu'il voyait qu'il fallait dépenser et qu'il était nécessaire de les offrir.

Il était très affable avec ses capitaines et ses compagnons, surtout nous qui étions venu avec lui de Cuba dès le commencement. Il savait le latin et j'ai entendu dire qu'il était bachelier en droit et que lorsqu'il parlait avec des « letrados » et des gens cultivés il répondait en Latin à ce qu'ils lui disaient. Il était un peu poète, composait des couplet en vers ou en prose. Lorsqu'il négociait, il était très calme et usait d'une très bonne rhétorique. Il priait le matin dans un livre d'heures et entendait la messe avec dévotion. Il tenait pour son avocate la Vierge Marie Notre Dame, que nous devons, tous les chrétiens, considérer comme notre intercesseur et avocate, il était dévot de St. Pierre, St. Jacques et St. Jean-Baptiste et il faisait l'aumône « ... ». Lorsqu'il était très en colère, une veine de son cou et une autre de son front se gonflaient et parfois, très en colère, il lançait une plainte vers le ciel, mais il n'adressait nulle parole ou injure à un capitaine ou à un soldat et il était fort patient car il y en eut qui hors d'eux-mêmes lui dirent des paroles insolentes et il ne leur répondait pas mal, même s'il y avait lieu de le faire; tout au plus leur disait-il: « Taisez-vous, écoutez et allez avec Dieu, et désormais prenez d'avantage garde à ce que vous dites ou il vous en coûtera cher... »

 


 

La conquête, un terme inadmissible


Las Casas (1474-1566), prêtre, puis moine dominicain, a participé à la conquête du Mexique et du Guatemala. Il a pris la défense des Indiens, dont certains avaient été réduits en esclavage et beaucoup d'autres confiés à des Espagnols selon un système, l'encomienda, qui a souvent entraîné le travail forcé. À partir de 1550, revenu en Espagne, Las Casas rédige, pour défendre son point de vue, une histoire des Indes où il reprend des textes qu'il a écrits précédemment, des textes d'historiens contemporains ou de penseurs de l'antiquité et des faits qu'il a lui-même observés. Dès 1552 est diffusé à Séville un résumé de cette oeuvre: La Brève Relation de la destruction des Indes.


"Ce terme ou vocable de conquête, en ce qui concerne les Indes découvertes ou à découvrir, est tyrannique, mahométique, abusif et infernal. Car il ne saurait y avoir, nulle part aux Indes, de guerres contre les Maures comme en Afrique, ni contre les Turcs et hérétiques qui possèdent nos terres, persécutent les chrétiens et s'efforcent de détruire notre sainte foi : il ne s'agit que d'y prêcher l'Évangile du Christ, d'y propager la religion chrétienne et d'y convertir les âmes. Ce qui requiert, non la conquête armée mais la persuasion de douces et divines paroles, et les oeuvres exemplaires d'une sainte vie."

Bartolomé de Las Casas, La Brève Relation de la destruction des Indes.

 


 

L'encomienda et le sort des Indiens selon Las Casas


"On donna ainsi des Indiens à chaque chrétien sous prétexte qu'il les instruirait dans les choses de la foi catholique (...). Le soin qu'ils prirent des Indiens fut d'envoyer les hommes dans les mines pour en tirer de l'or, ce qui sont un travail intolérable ; quand aux femmes, ils les plaçaient aux champs, dans les fermes, pour qu'elles labourent et cultivent la terre, ce qui est un travail d'hommes très solides et très rudes. Ils ne donnaient à manger aux uns et aux autres que des herbes et des aliments sans consistance ; le lait séchait dans les seins des femmes accouchées et tous les bébés moururent donc très vite (...).Les hommes moururent dans les mines d'épuisement et de faim, et les femmes dans les fermes pour les mêmes raisons."

B. de Las Casas, Relation de la destruction des Indes (XVIe s.), Maspéro, 1979
In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990



 

UNE CONCESSION D'ENCOMIENDA, 1544

« Don Francisco de Montejo, adelantado et governador et capitan-general pour Sa Majesté dans la juridiction de Yucatan et Cozumel et Higueras et Honduras, et de ses terres et provinces, par ces présentes, en son nom royal.

Je donne en encomienda et repartimiento à vous Antonio de Vergara, citoyen de la ville de Santa-Maria de la vallée de Cormayagua, le pueblo de Taxica, qui s'étend entre les frontières de ladite ville, avec tous les señoritas et caciques et principales et toutes les divisions et villages sujets dudit pueblo, de telle sorte que vous pouvez en faire usage et profiter de ceux-ci dans vos états et commerce, stipulant que vous les endoctriniez et leur enseignez les principes de notre Sainte Foi Catholique et que vous les traitiez selon les Ordonnances Royales qui ont été et qui peuvent être conclues pour le bien et accroissement desdits Indiens ; et en cela je charge votre conscience et décharge celle de Sa Majesté et la mienne ; et j'ordonne à chacun et tous magistrats de vous mettre en possession desdits Indiens et de vous protéger en elle ; et si quelqu'un fait le contraire, je le condamne à payer cinquante pesos de bon or pour le Trésor du Roi et le trésor public ; et en son Royal Nom je vous le donne en rémunération pour vos services, difficultés et dépenses, et pour les services que vous avez rendus à Sa Majesté dans la conquête et pacification de la juridiction d'Higueras et Honduras.

Fait dans cette ville de Gracias a Dios, le septième jour de mai 1544 (...). »


Archives coloniales, Guatemala.

 


 

Las Casas défend les Indiens


Las Casas rédige un texte contre les excès des conquistadores.


« Vous êtes en état de péché mortel. De quel droit avez-vous engagé une guerre atroce contre des gens qui vivaient pacifiquement dans leur pays? Pourquoi les laissez-vous dans un tel état d'épuisement sans les nourrir suffisamment ? Car le travail excessif que vous exigez d'eux les accable et les tue. Ne sont-ils pas des hommes? N'ont-ils pas une raison, une âme ? (...)

Toutes les nations du monde sont composées d'hommes: tous ont leur intellect, leur volonté et leur libre arbitre, puisqu'ils sont faits à l'image de Dieu. »

Bartolomé de Las Casas, La Destruction des Indes, 1552.


"À ceux qui prétendent que les Indiens sont des barbares, nous répondons que ces gens ont des villages, des cités, des rois, des seigneurs et leur organisation politique est parfois meilleure que la nôtre.

Si l'on n'a pas longuement enseigné la doctrine chrétienne aux Indiens, c'est une grande absurdité que de prétendre leur faire abandonner leurs idoles. Car personne n'abandonne de bon coeur les croyances de ses ancêtres. Que l'on sache que ces Indiens sont des hommes et qu'ils doivent être traités comme des hommes libres."

Extrait de Histoire Géographie, initiation économique 5e, Paris, Hachette, 1995

La défense des Indiens (toujours Las Casas)

"Alors que les Indiens étaient si bien disposés à leur égard, les chrétiens ont envahi ces pays tels des loups enragés qui se jettent sur de doux et paisibles agneaux. Et comme tous ces hommes qui vinrent de Castille étaient gens insoucieux de leur âme, assoiffés de richesses et possédés des plus viles passions, ils mirent tant de diligence à détruire ces pays qu'aucune plume, certes, ni même aucune langue ne suffirait à en faire relation. Tant et si bien que la population, estimée au début à onze cent mille âmes, est entièrement dissipée et détruite, s'il est vrai qu'il n'en reste pas aujourd'hui douze mille entre petits et grands, jeunes et vieux, malades et valides (...).

Voici les causes pour lesquelles, dès le commencement, furent tuées tant et tant de personnes : en premier lieu, tous ceux qui sont venus ont cru que, s'agissant de peuples infidèles, il leur était loisible de les tuer ou de les capturer, de leur prendre leurs terres, leurs biens et leurs domaines, sans se faire aucune conscience de ces choses ; en second lieu, ces mêmes infidèles étaient les êtres les plus doux et les plus pacifiques du monde, totalement dépourvus d'armes ; à quoi s'est ajouté que ceux qui sont venus, ou la plupart d'entre eux, étaient le rebut de l'Espagne, un ramassis de gens convoiteux et pillards (...).

Des chrétiens rencontrèrent une Indienne, qui portait dans ses bras un enfant qu'elle était en train d'allaiter ; et comme le chien qui les accompagnait avait faim, ils arrachèrent l'enfant des bras de la mère, et tout vivant le jetèrent au chien, qui se mit à le dépecer sous les yeux mêmes de la mère (...)."

Extrait de Las Casas (début du XVIe siècle) Très bref exposé de la destruction des Indiens, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987
Las Casas (1474-1566), dominicain espagnol, fut évêque au Mexique.



Bartolomé de Las Casas dénonce le massacre des Indiens (1552)


« Toutes ces terres étaient remplies de gens. On aurait dit que Dieu avait mis dans ces pays la majeure partie du lignage humain. Tous ces peuples infinis, Dieu les avait créés les plus simples, sans méchanceté, ni hypocrisie, les plus obéissants, fidèles à leurs chefs naturels comme aux chrétiens qu'ils durent servir Ce sont donc par là même les races les plus délicates, fragiles et tendres, et qui peuvent le moins supporter les gros travaux, et qui meurent le plus facilement de quelque maladie.(...)

C'est parmi ces douces brebis, ainsi dotées par le Créateur des qualités que j'ai dites, que s'installèrent les Espagnols. Dès qu'ils les connurent, ceux-ci se comportèrent comme des loups, des tigres et des lions qu'on aurait dit affamés depuis des jours. Et ils n'ont rien fait depuis quarante ans et plus qu'ils sont là, sinon les tuer, les faire souffrir, les affliger, les tourmenter par des méthodes cruelles extraordinaires, nouvelles et variées. Si bien que de 300000 âmes qu'ils étaient à Hispaniola *, les naturels ne sont plus aujourd'hui que 200 ! »

* Actuellement l'île d'Haïti.

Bartotomé de Las Casas, Brevisima relacion de la destruccion de las Indias, is43, publié par M. Devèze et R. Marx, Textes et documents d'Histoire moderne, SEDES

 

Des millions de morts


Espagnol lui-même, et évêque de Chiappa (Mexique), Bartolomé de Las Casas (1474-1566) s'insurgea, toute sa vie, contre la barbarie des colons.


"Tous ces peuples, innombrables, universels, divers, Dieu les a créés simples, sans malveillance ni duplicité : plus humbles, plus patients, plus pacifiques que quiconque au monde, d'une santé plus délicate, ni orgueilleux, ni ambitieux, ni cupides. C'est chez ces douces brebis que les Espagnols ont pénétré, tels des loups, des tigres et des lions très cruels. Et, depuis quarante ans, ainsi qu'à l'heure actuelle, ils ne font que les mettre en pièces, les tuer, les tourmenter et les détruire par des actes de cruauté étrangers. Sur trois millions d'âmes que nous avons vues dans l'île de Haïti, il n'en reste pas deux cents. L'île de Cuba est presque entièrement dépeuplée. Les îles Lucayes sont une soixantaine. On y trouvait plus de cinq cent mille âmes : aujourd'hui, il n'y a plus un seul être vivant. En quarante ans, par suite de la tyrannie et des actions infernales des chrétiens, douze millions d'âmes, hommes, femmes et enfants sont morts. Pourquoi les chrétiens ont-ils tué et détruit un pareil nombre d'âmes ? Seulement pour avoir de l'or, se gonfler de richesses en quelques jours. Jamais les habitants de toutes les Indes n'ont fait le moindre mal aux chrétiens. Bien au contraire, ils les ont considérés comme venus du Ciel. Les armes des Indiens sont plutôt faibles, peu offensives, peu résistantes. Les chrétiens, avec leurs chevaux, leurs épées et leurs lances, ont commencé les tueries et les actes cruels, étrangers aux Indiens."

Bartolomé de Las Casas, Très brève relation sur la destruction des Indiens, 1552.

 

Les causes de la dépopulation de l'Amérique selon Las Casas


"Quand les guerres furent terminées et que tous les hommes y furent morts, il ne resta, comme il arrive généralement, que les jeunes garçons, les femmes et les fillettes. Les chrétiens se les partagèrent. (...) Le soin qu'ils prirent des Indiens fut d'envoyer les hommes dans les mines pour en tirer de l'or, ce qui est un travail considérable ; quant aux femmes, ils les plaçaient aux champs, dans les fermes, pour qu'elles labourent et cultivent la terre, ce qui est un travail d'hommes très solides et rudes. Ils ne donnaient à manger aux unes et aux autres que des herbes et des aliments sans consistance ; le lait séchait dans les seins des femmes accouchées et tous les bébés moururent donc très vite. Comme les maris étaient éloignés et ne voyaient jamais leurs femmes, la procréation cessa. Les hommes moururent dans les mines d'épuisement et de faim, et les femmes dans les fermes pour les mêmes raisons. Ainsi disparurent tant et tant d'habitants des îles, et ainsi auraient pu disparaître tous les habitants du monde.

Bartolomé de Las Casas, Très brève relation de la destruction des Indes, 1552

 

En 1543 Las Casas publia une Histoire des Indes Occidentales où il s’éleva contre les méthodes et les effets de la conquête. Il aboutit à la conclusion suivante :

« Nous tiendrons pour vrai et assuré, qu’en quarante ans, dans lesdits terres, sont morts à cause de cette tyrannie plus de 12 millions d’êtres vivants, hommes, femmes, enfants…

Il y a eu deux façons principales pour ces gens qu’on appelle chrétiens, d’extirper et rayer ainsi de la terre ces malheureuses nations : la première ce furent les guerres cruelles, sanglantes, tyrannique ; la seconde fut, après la mort de tous ceux qui pouvaient aspirer à la liberté et combattre pour elle car tous les chefs et les hommes indiens sont courageux une oppression, une servitude si dure, si horrible que jamais des bêtes n’y ont été soumises.

La raison pour laquelle les chrétiens ont détruit une si grande quantité d’êtres humains, a été seulement le désir insatiable de l’or, l’envie de s’emplir de richesses dans le délai le plus rapide possible, afin de s’élever é des nivaux sociaux qui n’étaient pas dignes de leur personne. »

in Jacques Dupâquier & Marcel Lachiver, Nouvelle collection d’histoire Bordas 4e, Les Temps Modernes, ed. Bordas, 1970 (p.17)

 


 

Testament du dominicain Bartolomé de Las Casas (1564)


En février 1564, Bartolomé de Las Casas, qui résidait au couvent des dominicains de Madrid, a rédigé son testament ; ce document n'a été ouvert qu'après sa mort survenue deux ans plus tard.

"(...) Moi qui par la bonté et la miséricorde de Dieu fus choisi, quoique indigne, pour défendre toutes ces nations que nous appelons indiennes, propriétaires de tous ces royaumes et territoires, contre les injures et vexations inouïes que nous, les Espagnols, leur avons infligées au mépris de toute raison et justice ; pour les rétablir dans leur liberté première, dont elles ont été frustrées injustement ; et pour les préserver de l'extermination violente dont elles sont victimes encore aujourd'hui, alors que des milliers de lieues ont été dépeuplées, bien souvent en ma présence ; moi qui me suis donné tant de mal, à la cour des rois de Castille, après avoir traversé maintes fois l'océan dans les deux sens depuis la date de 1514, c'est-à-dire depuis près de cinquante ans, sans autre mobile que l'amour de Dieu et la compassion que j'éprouvais à voir périr ces multitudes d'hommes doués de raison, si paisibles, si humbles, si doux et si simples, si parfaitement aptes à recevoir notre sainte foi catholique et à vivre selon la morale chrétienne, si bien dotés, enfin, de toutes bonnes coutumes ; j'affirme en conséquence, dans la certitude où je suis d'être d'accord avec la Sainte Église Romaine, règle et mesure de nos convictions, que tous les maux infligés par les Espagnols à ces populations : vols, meurtres et usurpations de terres et domaines, ainsi que des États, royaumes et autres biens de leurs rois et seigneurs naturels, et toutes les infernales cruautés qui ont été commises, en violation de la très juste et impeccable loi du Christ et de toute raison naturelle, ont souillé gravement le nom de Jésus-Christ et notre religion chrétienne, mis de fatals obstacles à la propagation de la foi, et porté d'irréparables préjudices aux âmes et aux corps de ces peuples innocents.

Et je crois qu'en punition de ces oeuvres impies, scélérates et ignominieuses, si tyranniquement et sauvagement perpétrées, Dieu foudroiera l'Espagne de sa fureur et de son ire, s'il est vrai que toute l'Espagne, peu ou prou, a pris sa part des sanglantes richesses violemment usurpées au prix de tant des ruines et d'exterminations. La rigoureuse pénitence qui pourrait la sauver, je crois fort qu'elle ne la fasse trop tard, si jamais elle la fait : car l'aveuglement dont le ciel, pour nos péchés, a frappé grands et petits, et principalement ceux qui se vantent ou ont la réputation d'être sages et avisés, et qui se croient capables de gouverner le monde, cet obscurcissement de leur raison, en châtiment de leurs péchés, et plus généralement de toutes les fautes de la nations espagnole, est encore aujourd'hui si total que depuis soixante-dix ans qu'ont commencé ces vols et ces vexations, ces massacres et destructions, jamais on n'a voulu comprendre que tant de scandales et d'infamies au détriment de notre sainte foi, tant de rapines et d'injustices, de ravages et de carnages, d'asservissements et d'usurpations, et pour tout dire enfin, de si totales destructions et exterminations, étaient autant d'iniquités et de péchés mortels.

L'évêque [de Chiapas], Fray Bartolomé de las Casas."


Bartolomé de las Casas, « Testament », Obras, t. V, Madrid, Biblioteca de Autores Españoles, 1958, t. 110, p. 539-540 (traduction dans BATAILLON, Marcel, et SAINT-LU, André, Las Casas et la défense des Indiens, Paris, Julliard, « Archives », 1971, p. 261 - 262).


Vous trouverez  aussi sur Cliotexte des textes sur l'Amérique coloniale du XVIIe siècle.


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