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1849-1851 : de la République à l'Empire

Entre [...] = indications hors texte

 

L'émergence de Louis Napoléon Bonaparte


Une psychologie de conspirateur ?

"L'Empereur apporte dans tout ce qu'il fait et médite une volonté inébranlable, il ne consulte personne et marche son chemin sans tenir compte des obstacles.

Il faut bien se le dire avec l'Empereur, l'État, c'est lui (...). Il connaît les hommes et les méprise généralement.

Assez dissimulé, il ne s'ouvre à personne de ses projets, et pense que le grand art de la politique, comme celui de la guerre, est de dissimuler ses marches à l'ennemi. Lorsqu'il a entrevu le but qu'il se propose, rien ne l'arrête, il brisera sans émotion tous les obstacles. Son sourire doux et profond, son regard vague et voilé, la lenteur de sa parole et celle de sa marche, indiquent un homme qui cause plus avec lui-même qu'avec ceux qui l'entourent, et qui entend plus les voix intérieures de sa pensée, que les voix de ceux qui voudraient le conseiller .

Personne n'a fait sa fortune et il ne veut laisser prendre à personne le soin de chercher à la diriger."

in Journal du Comte Horace de VIEL-CASTEL, Cité par P. LABRACHERIE, Le Second Empire, Julliard


 

 

Le bonapartisme


"L'idée napoléonienne consiste à reconstituer la société française bouleversée par cinquante ans de révolution, à concilier l'ordre et la liberté, les droits du peuple et les principes d'autorité. Au milieu de deux partis acharnés dont l'un ne voit que le passé et l'autre que l'avenir, elle prend les anciennes formes et nouveaux principes ...

Elle n'attache d'importance qu'aux choses ; elle hait les paroles inutiles. Les mesures que d'autres discutent pendant dix ans, elle les exécute en une seule année.

... L'idée napoléonienne s'est conciliée la sympathie des masses, parce que les sentiments chez les peuples précèdent le raisonnement, que le coeur sent avant que l'esprit conçoive. Lorsque la religion chrétienne s'étendit, les nations l'adoptèrent avant de comprendre toute la portée de sa morale. L'influence d'un grand génie, semblable en cela à l'influence de la divinité, est un fluide qui se répand comme l'électricité, exalte les imaginations, fait palpiter les coeurs et entraîne, parce qu'elle touche l'âme avant que de persuader. "

in Louis-Napoléon Bonaparte, Les idées napoléoniennes, 1839.


 

 

Profession de foi du candidat Louis-Napoléon Bonaparte, 1848


"Mon concours est acquis d'avance à tout gouvernement juste et ferme qui rétablisse l'ordre dans les esprits comme dans les choses; qui protège efficacement la religion, la famille, la propriété, bases éternelles de tout état social ; qui provoque les réformes possibles, calme les haines, réconcilie les partis et permette ainsi à la patrie inquiète de compter sur un lendemain.

Rétablir l'ordre, c'est ramener la confiance, pourvoir par crédit à l'insuffisance passagère des ressources, restaurer les finances, ranimer le commerce.

Protéger la religion et la famille, c'est assurer la liberté des cultes et la liberté de l'enseignement.

Protéger la propriété, c'est maintenir l'inviolabilité des produits de tous les travaux; c'est garantir l'indépendance et la sécurité de la possession, fondements indispensables de la liberté civile."


 

 

Programme de Louis Napoléon Bonaparte à la veille des élections présidentielles


"A la veille d'élire le premier magistrat de la République, mon nom se présente à vous comme un symbole d'ordre et de sécurité. (...) Si j'étais nommé président, je ne reculerais devant aucun danger, devant aucun sacrifice, pour défendre la société si audacieusement attaquée (...) et mon concours est acquis d'avance à tout gouvernement juste et ferme qui rétablisse l'ordre dans les esprits comme dans les choses, qui protège efficacement la religion, la famille, la propriété, bases éternelles de tout ordre social, qui provoque les réformes possibles, calme les haines, réconcilie les partis (...).

Quant aux réformes possibles, voici celles qui me paraissent les plus urgentes : admettre toutes les économies qui (...) permettent la diminution des impôts les plus onéreux au peuple ; encourager les entreprises qui (...) peuvent (...) donner du travail aux bras inoccupés ; pourvoir à la vieillesse des travailleurs (...) ; introduire dans nos lois industrielles les améliorations qui tendent à fonder le bien-être de chacun sur la propriété de tous (.. ).

Avec la guerre, point de soulagement à nos maux ; la paix serait donc le plus cher de mes désirs (...).

Songer à la dignité nationale, c'est songer à l'armée dont le patriotisme si noble et si désintéressé a été souvent méconnu. Il faut, tout en maintenant les lois fondamentales de notre organisation militaire, alléger et non aggraver le fardeau de la conscription."


 

 

La politique de Louis-Napoléon Bonaparte.


Message à l'Assemblée législative (31 octobre 1849):


"Tout un système a triomphé par mon élection, car le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme ; il veut dire : à l'intérieur, ordre, autorité, religion et bien-être du peuple; à l'extérieur, dignité nationale. C'est cette politique que je veux faire triompher, avec l'appui du pays, de l'Assemblée et celui du peuple."

Discours de Dijon (1er juin 1851)


"La France ne veut ni de retour à l'Ancien Régime, quelle que soit la forme qui le déguise, ni l'essai d'utopies funestes et impraticables. C'est parce que je suis l'adversaire de l'un et de l'autre qu'elle a placé sa confiance en moi (...). Depuis trois ans, on a pu remarquer que j'ai toujours été secondé par l'Assemblée quand il s'est agi de combattre le désordre par des mesures de compression, mais lorsque j'ai voulu faire le bien, améliorer le sort des populations, elle m'a refusé son concours."


 

 

La marche à l'empire


Les conservateurs contre l'école publique


"On ne saurait le nier, la jeunesse est élevée contre la société et contre nous. L'éducation publique telle qu'on la donne en France fomente une foule innombrable d'ambitions, de vanités et de cupidités (...).

Et d'où vient cette infirmité cruelle de notre époque ? Elle vient de ce qu'on tue, dans l'éducation publique, le sentiment du respect de l'autorité, de l'autorité de Dieu d'abord (...), le respect du père, c'est-à-dire de la famille, et enfin le respect du pouvoir ou de l'État. Et bien, nous venons proposer le remède à cet état de choses ; ce remède, c'est de faire rentrer la religion dans l'éducation par la liberté (...). Qui donc défend l'ordre et la propriété dans nos campagnes ? Est-ce l'instituteur ? il faut bien le dire, c'est le curé."

Duc de Montalembert, Discours à l'Assemblée législative, 17 janvier 1850.

Ce discours s'oppose à la position de Victor Hugo.


 

 

Le parti de l'Ordre


"Les uns désiraient l'empire, d'autres les Orléans, d'autres le comte de Chambord ; mais tous s'accordaient sur l'urgence de la décentralisation, et plusieurs moyens étaient proposés, tels ceux-ci : couper Paris en une foule de grande rue afin d'y établir des villages ; transférer à Versailles le siège du gouvernement, mettre à Bourges les écoles, supprimer les bibliothèques, confier tout aux généraux de divisions ; et on exaltait les campagnes, l'homme illettré ayant réellement plus de sens que les autres. Les haines foisonnaient : haine contre les instituteurs primaires et contre les marchands de vin, contre les classes de philosophie, contre les cours d'histoire, contre les romans, les gilets rouges, les barbes longues, contre toute indépendance, toute manifestation individuelle car il fallait " relever le principe d'autorité " qu'elle s'exerçât au nom de n'importe qui, qu'elle vînt de n'importe où, pourvu que ce fût la Force, l'Autorité. "

in G, Flaubert, L'Éducation sentimentale.




Louis Napoléon Bonaparte vu par Maxime du Camp (début 1851).


« Nul parti n’est assez puissant pour tenir en échec cet homme taciturne, d'apparence apathique, qui est soutenu par une idée fixe et qui en poursuit la réalisation avec une obstination de maniaque. Il laisse les orateurs parler, les journalistes écrire, les députés se quereller, les généraux [qu'il a] destitués l'injurier, les meneurs de groupes parlementaires le vitupérer, il reste seul, muet, impénétrable. Ses adversaires le traitent d'idiot et se rassurent. Enfermé à l'Elysée, tortillant sa longue moustache, fumant ses cigarettes, et marchant, le front baissé, à l'ombre des grands arbres, il écoute toutes ces rumeurs et mûrit ses projets ».


 

Proclamation de Louis Napoléon Bonaparte, 2 décembre 1851


"Appel au Peuple français !

La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots (...)

La Constitution, vous le savez, a été faite dans le but d'affaiblir d'avance le pouvoir que vous alliez me confier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je l'ai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les outrages m'ont trouvé impassible. Mais aujourd'hui que le pacte fondamental n'est plus respecté de ceux-là même qui l'invoquent sans cesse. (...)

Je fais donc un appel loyal à la nation tout entière, et je vous dis ~ si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien, me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher et m'enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l'abîme

Si, au contraire, vous avez confiance en moi, donnez moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous. (...)

Persuadé que l'instabilité du pouvoir, que la prépondérance d'une seule assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une Constitution que les Assemblées développeront plus tard

1e) Un chef responsable nommé pour dix ans,

2e) Des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul

3e) Un Conseil d'État formé des hommes les plus distingués préparant les lois et les soutenant à la discussion devant le corps législatif

4e) Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel ,

5e) Une seconde assemblée formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques ."


idem texte intégral

Proclamation de Louis Napoléon Bonaparte aux Français (2 décembre 1851)

 
«Français! La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans l'intérêt général, elle forge des armes pour la guerre civile; elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple; elle encourage toutes les mauvaises passions, elle compromet le repos de la France : je l'ai dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi.

La Constitution, vous le savez, avait été faite dans le but d'affaiblir d'avance le pouvoir que vous alliez me confier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je l'ai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les outrages, m'ont trouvé impassible. Mais aujourd'hui que le pacte fondamental n'est plus respecté de ceux-là mêmes qui l'invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont déjà perdu deux monarchies veulent me lier les mains, afin de renverser la République, mon devoir est de déjouer leurs perfides projets, de maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel d'un seul souverain que je reconnaisse en France; le peuple.

Je fais un loyal appel à la nation tout entière, et je vous dis: si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien, me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher, et m'enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l'abîme.

Si, au contraire, vous avez encore confiance en moi, donnez-moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous.

Cette mission consiste à fermer l'ère des révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à créer des institutions qui survivent aux hommes et qui soient enfin des fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable.

Persuadé que l'instabilité du pouvoir et la prépondérance d'une seule Assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une constitution que les assemblées développeront plus tard :

1° Un chef responsable nommé pour dix ans;
2° Des ministres dépendants du pouvoir exécutif seul;
3° Un conseil d'Etat formé des hommes les plus distingués préparant les lois, et en soutenant la discussion devant le Corps législatif;
4° Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste qui fausse l'élection;
5° Une seconde Assemblée, formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pouvoir fondamental et des libertés publiques.

Ce système, créé par le Premier Consul au commencement du siècle, a déjà donné à la France le repos et la prospérité; il les lui garantirait encore.
 
Telle est ma conviction profonde. Si vous la partagez, déclarez-le par vos suffrages. Si, au contraire, vous préférez un gouvernement sans force, monarchique ou républicain, emprunté à je ne sais quel passé ou à quel avenir chimérique, répondez négativement. Ainsi donc pour la première fois depuis 1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et pour quoi.

Si je n'obtiens pas la majorité de vos suffrages, alors je provoquerai la réunion d'une nouvelle assemblée, et je lui remettrai le mandat que j'ai reçu de vous. Mais si vous croyez que la cause dont mon nom est le symbole, c'est-à-dire la France régénérée par la révolution de 89 et organisée par l'Empereur, est toujours la vôtre, proclamez-le en consacrant les pouvoirs que je demande. Alors la France et l'Europe seront préservées de l'anarchie, les obstacles s'aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront, dans l'arrêt du peuple, le décret de la Providence.»

«Jamais, lui dit-il, dans aucun pays, la volonté nationale s'est-elle aussi solennellement manifestée! Jamais gouvernement obtint-il un assentiment pareil, eut-il une base plus large, une origine plus légitime et plus digne du respect des peuples...»


 


 

Discours du Prince-Président lors de la proclamation officielle des résultats du plébiscite de décembre 1851 (31 décembre 1851)


«La France a répondu à l'appel loyal que je lui avais fait. Elle a compris que je n'étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m'absoudre, en justifiant un acte qui n'avait d'autre but que d'épargner à la France et à l'Europe peut-être des années de troubles et de malheurs.

Je vous remercie d'avoir constaté officiellement combien cette manifestation était nationale et spontanée. Si je me félicite de cette immense adhésion, ce n'est pas par orgueil, mais parce qu'elle me donne la force de parler et d'agir ainsi qu'il convient au chef d'une grande nation comme la nôtre. Je comprends toute la grandeur de ma mission nouvelle, je ne m'abuse pas sur ses graves difficultés. Mais, avec un coeur droit, avec le concours de tous les hommes de bien qui, ainsi que vous, m'éclaireront de leurs lumières et me soutiendront de leur patriotisme, avec le dévouement éprouvé de notre vaillante armée, enfin avec cette protection que demain je prierai solennellement le Ciel de m'accorder encore, j'espère me rendre digne de la confiance que le peuple continue de mettre en moi. J'espère assurer les destinées de la France en fondant des institutions qui répondent à la fois et aux instincts démocratiques de la nation et à ce désir exprimé universellement d'avoir désormais un pouvoir fort et respecté.»

 


 

 

Louis Napoléon Bonaparte, président de la République au peuple français.


"Français !

La Constitution actuelle proclame que le Chef est responsable devant vous qu'il a toujours le droit de faire appel à votre jugement souverain, afin que, dans les circonstances solennelles, vous puissiez lui continuer ou lui retirer votre confiance.*

Étant responsable, il faut que son action soit libre et sans entrave : de là l'obligation d'avoir des ministres qui soient les auxiliaires honorés et puissants de sa pensée, (et non) l'expression d'une politique émanée des Chambres, et par là-même exposée à des changements fréquents qui empêchent tout esprit de suite, toute application d'un système régulier

Néanmoins, plus un homme est haut placé, plus il est indépendant ; plus la confiance que le Peuple a mise en lui est grande, plus il a besoin de conseils éclairés, consciencieux. De là la création d'un Conseil d'Etat, désormais véritable conseil du Gouvernement, premier rouage de notre organisation nouvelle, réunion d'hommes pratiques élaborant les projets de loi dans des commissions spéciales, les discutant à huis clos, sans ostentation oratoire, en assemblée générale, et les présentant ensuite à l'acceptation du Corps législatif.

Quel sera maintenant le contrôle exercé par les assemblées ?

Une Chambre, qui prend le titre de Corps législatif, vote les lois et l'impôt. Elle est élue par le suffrage universel, sans scrutin de liste. Le Peuple, choisissant isolément chaque candidat, peut plus facilement apprécier le mérite de chacun d'eux. (...)

Une autre assemblée prend le nom de Sénat. Elle sera composée des éléments qui, dans tout pays, créent les influences légitimes : le nom illustre, la fortune, le talent et les services rendus.

Le Sénat examine toutes les lois et il en propose de nouvelles au Pouvoir exécutif.

Le Sénat peut, de concert avec le Gouvernement, modifier tout ce qui n'est pas fondamental dans la Constitution, mais quant aux modifications à apporter aux bases premières, sanctionnées par vos suffrages, elles ne peuvent devenir définitives qu'après avoir reçu votre ratification.

Ainsi le Peuple reste toujours maître de sa destinée. Rien de fondamental ne se fait en dehors de sa volonté..."

Palais des Tuileries, le 14 janvier 1852.

Louis Napoléon Bonaparte, Bulletin des lois. plébiscite.


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