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La Commune de Paris (1871)

Entre [...] = indications hors texte. 

 

Les débuts de la Commune


"Au troisième étage, une porte qu'un coup d'épaule ferait sauter et par laquelle on entre dans une salle grande et nue comme une classe de collège. Saluez ! Voici le nouveau Parlement ! C'est ici que l'Association internationale des travailleurs tient ses séances, et que la Fédération des corporations ouvrières donne ses rendez-vous.

C'est la Révolution qui est assise sur ces bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune, c'est la Révolution en habits d'ouvrier. Cela vaut tous les forums antiques, et par les fenêtres peuvent passer des mots qui feront écumer la multitude.

Des hommes de l'Internationale, tous les socialistes qui ont un nom se sont réunis. Et d'un débat qui a duré quatre heures vient de surgir une force neuve: le Comité des vingt arrondissements.

Chaque arrondissement est représenté par quatre délégués que vient de nommer l'assemblée. Nous venons d'étendre sur la cité le réseau d'une fédération qui en fera bien d'autres."


in Jules Vallès, L'insurgé, 1886.




Appel aux électeurs

"AUX ÉLECTEURS DE PARIS

LE COMITÉ CENTRAL Des vingt arrondissements

CITOYENS,

Provoquée par les partis monarchiques coalisés, la garde nationale de Paris a dû repousser ces provocations et accomplir une nouvelle Révolution que les députés et magistrats municipaux n'ont su ni prévenir ni empêcher.

Maître de la situation depuis quatre jours, le peuple de Paris a répondu victorieusement aux calomnies dont il est l'objet depuis si longtemps, et l'ordre n'a jusqu'ici été troublé que par ceux qui se contentent d'inscrire ce moi sur leur drapeau.

Désireux surtout de donner à la France les gages les plus sérieux de sécurité, le COMITÉ DE LA FÉDÉRATION DE LA GARDE NATIONALE, siégeant à l'hôtel de ville, s'est empressé de déclarer qu'il entendait remettre immédiatement le pouvoir administratif entre les mains d'une municipalité librement élue

En témoignage de sa sincérité, le Comité vous appelle pour aujourd'hui au scrutin."


in Le Cri du peuple, éditorial du 24 mars 1871, journal de Jules Vallès


 

Manifeste du Comité central de la Commune (26 mars 1871)


"La Commune est la base de tout État politique comme la famille est l'embryon de la société.

Elle implique comme force politique la République, seule compatible avec la liberté et la souveraineté populaire. La liberté la plus complète de parler, d'écrire, de se réunir, de s'associer, la souveraineté du suffrage universel.

Le principe de l'élection appliqué à tous les fonctionnaires et magistrats (...).

Suppression quant à Paris, de l'armée permanente. Propagation de l'enseignement laïque intégral, professionnel.

Organisation d'un système d'assurances communales contre tous les risques sociaux y compris le chômage.

Recherche incessante et assidue de tous les moyens les plus propres à fournir au producteur le capital, l'instrument de travail, les débouchés et le crédit, afin d'en finir avec le salariat et l'horrible paupérisme."




Un Parisien écrit en province


"Paris, le 26 mars 1871

Chère et bonne soeur,

(...) La Révolution vous fait donc bien peur (...). Des journaux menteurs vous disent que nous voulons le pillage suis-je né voleur, c'est à toi que je le demande ? (...)

Voilà ce que nous voulons, le droit de nommer nos conseils municipaux, nos officiers militaires, suppression des armées permanentes, séparation de l'Église et de l'État sans cependant empêcher la liberté des consciences, suppression des traitements au-dessus de 10 000 F, instruction gratuite et obligatoire par les écoles laïques, fermeture des couvents. (...)

Oui ma soeur nous sommes maîtres entends-tu, devant nous ces gens s'inclinent les monarques tremblent en pensant à notre Révolution. (...) Bismarck lui-même est forcé de nous reconnaître tu vois si nous sommes forts et les gens de la campagne pense venir nous écraser à Paris ; pauvre peuple qu'ils sont bêtes c'est pour eux que nous travaillons (...) mais s'ils commencent et que Paris lève sa voix il la fera entendre de l'océan aux monts Oural car rien ne résiste à un peuple libre. (...) Adieu ma soeur et Vive la République démocratique et sociale ! Salut et Égalité. 

Désiré Lapie."


Lettre citée in Jacques Rougerie, Procès des communards, Paris, 1974




Deux types de communards.


L'ébéniste Brousse :

" Je suis né à Toulouse en 1826. Je descends d'un. bon patriote de 92, Nicolas Brousse ; chargé de vente des biens nationaux, il aurait pu s'enrichir sans forfaire, il fit abnégation de tout et mourut sans fortune nous laissant un nom estimé et ses principes républicains pour héritage. Nous le conservons religieusement. Ouvrier menuisier ébéniste à l'âge de 18 ans, je quittais mes foyers pour faire mon tour de France, travaillant le jour, étudiant la nuit : l'histoire, voyages, philosophie, économie sociale et politique, faisant la propagande et prenant part à tous les mouvements républicains qui avaient lieu là où je me trouvais. Arrivé à Paris en 1864, je m'établis deux ans après ébéniste réparateur 2, rue Joquelet, J'occupais 1 à 3 ouvriers, je les payais 50 c. par jour plus cher que le prix officiel et je leur faisais la propagande par-dessus le marché. J'ai pratiqué l'association tant que j'ai pu. En politique, je veux la souveraineté du Peuple la plus étendue, toutes les libertés sans autre limite que la liberté d'autrui. Je voudrais voir établir un impôt unique sur toute propriété ou valeur. Instruction gratuite et obligatoire. Instruction supérieure gratuite aussi et toutes deux laïques. Je voudrais en un mot toutes les Réformes que réclame notre mauvaise organisation sociale et politique. "

Les femmes siègent dans l'Église de la Trinité.

" Pour nous autres, la plaie sociale qu'il faut d'abord fermer, c'est celle des patrons, qui exploitent l'ouvrier et s'enrichissent de ses sueurs, Plus de patrons qui considèrent l'ouvrier comme une machine de produit, Que les travailleurs s'associent entre eux, qu'ils mettent leur labeur en commun et ils seront heureux.

Un autre vice de la société actuelle, ce sont les riches qui ne font que bien boire et bien s'amuser, sans prendre aucune peine, Il faut les extirper, ainsi que les prêtres et les religieuses. Nous ne serons plus heureuses que lorsque nous n'aurons plus ni patrons, ni riches, ni prêtres. "

D'après J. ROUGERIE, Paris libre, 1871, Le Seuil.


 

Le programme de la Commune


Élu le 26 mars 1871, le conseil municipal de Paris, dominé par des républicains radicalisés et des socialistes, s'est proclamé Commune de Paris. Ce gouvernement insurrectionnel expose son programme.


" Dans le conflit douloureux et terrible qui menace encore Paris des horreurs du siège et du bombardement, (...) la Commune de Paris a le devoir (...) de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

[Paris demande]

- La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du Peuple.

- L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l'intégralité de ses droits.

- Les droits inhérents à la Commune sont: le vote du budget communal, recettes et dépenses; la fixation et la répartition de l'impôt ; (...) l'organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement; l'administration des biens appartenant à la Commune.

- Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres. La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté de travail (...).

- L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées. (...)

- L'unité, telle qu'elle nous a été imposée jusqu'à ce jour par l'Empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire et onéreuse. L'unité politique telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de toutes les initiatives locales. (...)

La Révolution communale, commencée par l'initiative populaire du 18 mars (...) c'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges auxquels le Prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres."

extrait de l'Enquête parlementaire sur l'insurrection du 18 mars 1871.


 

L'oeuvre de la Commune


"La Commune de Paris,

Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ;

Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ;

Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu'il impose les citoyens contre leur propre foi ;

Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté,

Décrète :

ARTICLE PREMIER. - L'Église est séparée de l'État.

ART. 2. - Le budget des cultes est supprimé.

ART. 3" - Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales,

Paris, le 3 avril 1871"


"Le 19 mars 1871 les étrangers élus à la Commune furent confirmés dans leurs fonctions car " le drapeau de la Commune est celui de la République mondiale ". Le 2 avril furent décrétées la séparation de l'Église et de l'État ainsi que la transformation de tous les biens ecclésiastiques en propriété nationale. Le 12, la Commune décida de renverser la colonne triomphale de la place Vendôme coulée par Napoléon avec la fonte des canons conquis après la guerre de 1805, comme symbole du chauvinisme et de la discorde des peuples. Cela fut exécuté le 16 mai. Le 16 avril, la Commune ordonna un recensement statistique des fabriques immobilisées par les fabricants et l'élaboration de plans pour la gestion de ces fabriques par les ouvriers qui y travaillaient jusque-là, réunis en associations coopératives, et aussi pour l'organisation de ces associations en une grande fédération. Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers.

Mais tout cela dans une ville assiégée ne pouvait avoir tout au plus qu'un début de réalisation. Et à partir du début mai, la lutte contre les troupes de Versailles toujours plus nombreuses, absorba toutes ses forces."

in K. MARX, La Guerre civile en France, Éditions sociales, 1871.


 

Proclamation du Gouvernement provisoire dirigé par Thiers (17 mars 1871)


" Habitants de Paris,

Nous nous adressons encore à vous, à votre raison et à votre patriotisme, et nous espérons que nous serons écoutés.

Votre grande cité, qui ne peut vivre que par l'ordre, est profondément troublée dans quelques quartiers et le trouble de ces quartiers, sans se propager dans les autres, suffit cependant pour y empêcher le retour du travail et de l'aisance.

Depuis quelque temps, des hommes malintentionnés, sous prétexte de résister aux Prussiens, qui ne sont plus dans nos murs, se sont constitués les maîtres d'une partie de la ville, y ont élevé des retranchements, y montent la garde, vous forcent à la monter avec eux, par ordre d'un comité occulte qui prétend commander seul à une partie de la garde nationale, méconnaît ainsi l'autorité du général d'Aurelle, si digne d'être à votre tête, et veut former un gouvernement en opposition au gouvernement légal, institué par le suffrage universel.

Ces hommes qui vous ont causé tant de mal, que vous avez dispersés vous-mêmes au 31 octobre, affichent la prétention de vous défendre contre les Prussiens, qui n'ont fait que paraître dans vos murs, et dont ces désordres retardent le départ définitif ; braquent des canons qui, s'ils faisaient feu, ne foudroieraient que vos maisons, vos enfants et vous-mêmes ; enfin compromettent la République au lieu de la défendre, car, s'il s'établissait dans l'opinion de la France que la République est la compagne nécessaire du désordre, la République serait perdue. Ne les croyez pas, écoutez la vérité que nous vous disons en toute sincérité...

Paris, le 17 mars 1871."

Thiers, Président du Conseil, Chef du pouvoir exécutif de la République dans Henri Lefebvre, La proclamation de la Commune, Gallimard, 1965.


 

Proclamation de Thiers aux Parisiens (8 mai 1871)


"La France, librement consultée par le suffrage universel, a élu un gouvernement qui est le seul légal (...). Le gouvernement vous a donné les mêmes droits que ceux dont jouissent Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux vous ne pouvez demander plus de droits que n'en ont toutes les autres villes du territoire.

En présence de ce gouvernement, la Commune, c'est-à-dire la minorité qui vous opprime et qui ose se couvrir de l'infâme drapeau rouge, a la prétention d'imposer à la France ses volontés. Elle viole les propriétés, emprisonne les citoyens pour en faire des otages, transforme en désert vos rues et vos places publiques où s'étale le commerce du monde, suspend le travail dans Paris, le paralyse dans la France entière, retarde l'évacuation du territoire par les Allemands et vous expose à une nouvelle attaque de leur part qu'ils se déclarent prêts à exécuter sans merci si nous ne venons pas nous-même comprimer l'insurrection."




La répression.


"La tuerie a été atroce. Nos soldats ont promené dans les rues une implacable justice. Tout homme pris les armes à la main a été fusillé. Les cadavres sont restés semés de Ici sorte un peu partout, jetés dans les coins, se décomposant avec une rapidité étonnante, due sans doute à l'état d'ivresse dans lequel ces hommes ont été frappés.

Paris depuis six jours n'est qu'un vaste cimetière."

in É. Zola, dans Le Sémaphore de Marseille du 29 mai 1871.

Un soldat versaillais a raconté à Maxime Vuillaume comment fonctionnait " l'abattoir du Luxembourg ".

"Depuis l'entrée des troupes, on fusillait sans relâche. On fusillait derrière ces bosquets, dont le vert feuillage m'était apparu et que je revoyais criblé de gouttes de sang. Là, c'était un simple peloton. Quatre par quatre. Contre un mur, contre un banc. Et les soldats s'en allaient, rechargeant tranquillement leurs fusils, passant la paumé de la main sur le canon poussiéreux, laissant là les morts.

On fusillait aussi autour du grand bassin, près du lion de pierre qui surmonte les escaliers menant à la grande allée de l'Observatoire.

- Et tous ces morts, qu'en fait-on ?

- Tous ceux qu'on a fusillés jeudi, le jour où vous y étiez, on les a enlevés la nuit suivante. De grandes tapissières ont été amenées. le crois qu'on a tout emporté à Montparnasse (...)

- Et, lui demandai-je, on fusille toujours?

Le sergent fixa sur moi ses yeux étonnés. Nous étions, autant qu'il m'en souvienne, à la matinée de dimanche, à la dernière agonie de la bataille.

- Certainement, me répondit-il. On n'a pas cessé depuis que nous sommes entrés à Paris. Ah! vous n'avez rien vu. Moi, j'ai commencé à voir cela à la Croix-Rouge On en a fusillé là un paquet, surtout des officiers.

Brusquement des cris éclatèrent en bas, au-dessous de nous. Le sergent se mit à la fenêtre.

- Voilà une bande de prisonniers, dit-il sans se retourner. On les conduit certainement au Luxembourg.

Les prisonniers, qui venaient du Collège de France, étaient bien une cinquantaine (...). Une foule hurlante suivait. Et j'entendis distinctement le cri féroce:

A mort! A mort! Au Luxembourg!

On en amène comme ça tous les quarts d'heure, dit le sergent"

in Maxime Vuillaume, Mes cahiers rouges au temps de la Commune



"Combien de morts en tout ? Mac-Mahon, chef des opérations, en avoue 17 000 ; je crois qu'on pourrait facilement doubler le chiffre. On n'aura jamais de preuve exacte, mais qu'on se rappelle! Paris atteignait presque 2 millions d'habitants en 1870 ; on en dénombre 1'818'710 en 1872 - alors les " bourgeois " qui avaient fui sont rentrés. La différence est de 180 000. Il y a eu le siège, sa mortalité double de l'ordinaire, les morts de la guerre. Versailles a fait 40 000 prisonniers. Des Communeux ont pu s'échapper, vers la province ou l'étranger; beaucoup d'ouvriers ont quitté Paris, où le travail se faisait rare,- il faudrait qu'ils soient 100 000 au moins pour que le nombre des fusillés n'excédât pas la trentaine de mille. Le compte est honnête : les Versaillais avaient eu 877 tués pendant la bataille, et 183 disparus, et les Communeux avaient exécuté une centaine d'otages.

43'522 prisonniers ; 24 conseils de guerre fonctionnant pendant 4 ans pour les juger.

Si l'on défalque 7'213 refus d'informer, restent 36'309 individus arrêtés, dont 819 femmes et 538 enfants. 23'727 ont bénéficié d'un non-lieu, 2'445 ont été acquittés : tous admirent tant de clémence ! 10'137 furent condamnés : 93 à la mort (on n'osa, après les flots de sang versés, en exécuter que 23, dont le " traître Rossel), 251 aux travaux forcés, 4'586 à la déportation dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie, le reste à des peines plus ou moins longues de prison."

D'après J. ROUGERIE, Paris libre, 1871, Le Seuil.


 

Des écrivains contre la Commune


" Il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d'épais barreaux où l'on parque les bêtes fauves, les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes les perversités réfractaires que la civilisation n'a pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l'incendie amuse comme un feu d'artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l'attentat à la pudeur représente l'amour, tous les monstres du coeur, tous les difformes de l'âme; population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs des ténèbres souterraines. Un jour, il advient ceci que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes, s'élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune. "

in Théophile Gautier, " Paris-Capitale ", Tableaux du Siège de Paris, 1870-1871 (1872).


 

La presse versaillaise


" Qu'est-ce qu'un républicain? Une bête féroce... allons, honnêtes gens! un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et internationale. "

in Le Figaro

" Pas un des malfaiteurs dans la main desquels s'est trouvé Paris pendant deux mois ne sera considéré comme un homme politique : on les traitera comme les brigands qu'ils sont, comme les plus épouvantables monstres qui se soient vus dans l'histoire de l'humanité. Quel honneur ! Notre armée a vengé ses désastres par une victoire inestimable. "

in Le Journal des Débats




Et pour la Commune


Les mains de Jeanne-Marie

" Jeanne-Marie a des mains fortes, Mains sombres que l'été tanna, Mains pâles comme des mains mortes

Ce sont des ployeuses d'échines Des mains qui ne font jamais mal, Plus fatales que des machines, Plus fortes que tout un cheval !

Remuant comme des fournaises, Et secouant tous ses frissons, Leur chair chante des Marseillaises Et jamais des Eleisons! (...)

L'éclat de ces mains amoureuses Tourne le crâne des brebis! Dans leurs phalanges savoureuses Le grand soleil met un rubis!

Elles ont pâli, merveilleuses, Au grand soleil d'amour chargé, Sur le bronze des mitrailleuses A travers Paris insurgé! (...) "

Arthur Rimbaud (cité par M. Choury, Les Poètes de la Commune, Seghers, 1970).

Le poète se trouvait à Paris quelques jours avant l'insurrection ; fervent admirateur du mouvement, il en célèbre l'un des faits les plus marquants : la participation des femmes du peuple à la Commune.


" Ce que je cherche, à bout d'espoir Sous ces pavés, sous ces ruines, A même ce sang rouge et noir, Parbleu tu le devines : C'est un gaillard, et l'un de ceux Qui n'ont jamais eu froid aux yeux... C'est Martin qu'on le nomme Soldat, l'as-tu vu ?... C'est mon homme. Il porte une cotte de velours, Une vareuse à laine bleue ; Le béret qu'il met les grands jours, On le voit d'une lieue. Son linge est propre comme un sou, Marqué J. M. et sans un trou... C'est Martin... Voilà Martin... Quant au moral, En dire long c'est pas la peine Il travaille comme un cheval Six grands jours par semaine ; Il est bon comme du pain blanc, Et broierait du fer dans sa main... C'est Martin... Je le connais depuis douze ans Et je l'ai toujours vu le même. J'ai de lui six enfants Et j'ai là le septième. Qu'est-ce que je leur dirai là-bas Si je ne le retrouve pas... C'est Martin qu'on le nomme Soldat l'as-tu vu?... C'est mon homme. "

Jean-Baptiste Clément, Chansons (Londres 1874, éd. Bassereau ; G. Robert, Paris, 1885.)

J.-B. Clément est l'auteur du Temps des cerises, chanson à la mode pendant la Commune ; membre de la Commission de l'Enseignement, jusqu'à la fin il mène la lutte contre les Versaillais. Il parvint à s'enfuir en Angleterre.





G. Courbet (1821-1877). Le peintre, très actif durant la Commune, ordonna d'abattre la colonne Vendôme. Il fut condamné à 6 mois de prison et à une amende égale au montant du prix de la colonne (soit 300 000 francs or !). Il s'exila en Suisse, où il mourut.


"Charenton 30 avril 1871

Mes chers Parents,

Me voici par le peuple de Paris introduit dans les affaires politiques jusqu'au cou, président de la fédération des artistes, membre de la Commune, délégué à la mairie, délégué à l'instruction publique. Quatre fonctions les plus importantes de Paris. Je me lève, je déjeune, et je siège, et préside 12 h par jour. je commence à avoir la tête comme une pomme cuite. Malgré tout ce tourment de tête et de compréhension d'affaires sociales auxquelles je n'étais pas habitué je suis dans l'enchantement. Paris est un vrai paradis : point de police, point de sottises, point d'exaction d'aucune façon, point de disputes. Paris va tout seul comme sur des roulettes, il faudrait pouvoir rester toujours comme cela, en un mot c'est un vrai ravissement. Tous les corps d'état se sont établis en fédération et s'appartiennent, c'est moi qui ai donné le modèle avec les artistes de toutes sortes. Les curés aussi sont à leurs pièces comme les autres ainsi que les ouvriers, etc., etc. Les notaires et les huissiers, appartiennent à la Commune et sont payés par elle comme les receveurs de l'enregistrement. Quant aux curés, s'ils veulent exercer à Paris (quoiqu'on n'y tienne pas) on leur ouvrira des églises. (...)

Paris a renoncé à être la capitale de la France, la France ne voulait plus que Paris lui envoie les préfets, la France doit être contente, elle est exaucée. Mais aussi Paris ne veut plus être conduit par la France ni par les votes des paysans qui votent pour le père-blicite (sic), c'est rationnel du moment que la province envoie à Paris les gens qui leur paraissent parmi ceux les plus distingués pour les instruire, une fois qu'ils sont instruits, ils ne doivent plus avoir la prétention de les diriger avec leur ignorance. Il faut être logique. Aujourd'hui Paris s'appartient et coopérera dans la mesure aux besoins de la France, en restant uni à la patrie commune, et il désire que toutes les provinces de France imitent son exemple, de telle sorte que cette fédération devienne une unité puissante, qui paralyse à tout jamais les gouvernements de toutes sortes ainsi que les vieux systèmes, monarchiques, impérialistes et autres ".

Lettre autographe et inédite de Gustave Courbet. Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale.




La Commune jugée par les partisans de Thiers


" Jamais, non jamais, depuis que des êtres humains vivent en société, une catastrophe semblable n'aura retenti dans le monde; jamais le délire (...) n'aura été poussé à ce degré de sinistre sauvagerie. Ils ont commencé par l'assassinat du 18 mars (1), ils ont régné par la terreur et la dilapidation ; pendant deux mois, ils ont fait de Paris le rendez-vous de toutes les perversités faméliques, de toutes les infamies, de tous les aventuriers de l'Europe accourus à la curée. (...)

Notre première pensée doit être pour cette armée qui a fait son devoir avant autant de simplicité virile que d'abnégation. (...)

Elle put envelopper peu à peu l'émeute dans un cercle de feu et de fer, marcher au but désigné à son intrépidité sans dévier un instant. (Et cela jusqu'à) la funèbre citadelle du Père-Lachaise où elles (les dernières bandes de la Commune) sont allées expirer sous les coups victorieux de nos soldats. Nous devons à ces opérations aussi douloureuses que nécessaires exécutées avec autant d'héroïsme que de prudence, nous leur devons d'avoir retrouvé nos généraux, et nos soldats, notre armée française enfin. "

in Charles de Mayade, La Revue des Deux Mondes.

1) Les généraux Lecomte et Thomas ont été fusillés quand Paris s'est soulevé pour empêcher que soient retirés les canons rassemblés par la Garde Nationale.




Le Temps des Cerises.


Cette chanson, écrite en 1867 par J.-B. Clément, a pris un sens nouveau lors de la Commune. Elle devient alors l'hymne de tous les communards terrassés par la répression de 1871.

"J'aimerais toujours le temps des cerises.

C'est de ce temps-là que je garde au coeur

Une plaie ouverte

Et dame Fortune en m'étant offerte

Ne pourra jamais fermer ma douleur...

Quand nous chanterons le temps des cerises,

Et gai rossignol et merle moqueur

Seront tous en fête.

Les belles auront la folie en tête

Et les amoureux du soleil au coeur...




La Commune vue par Marx.


"Après la Commune, il ne peut plus y avoir ni paix, ni trêve entre les ouvriers de France et ceux qui s'approprient le produit de leur travail. La main de fer d'une soldatesque mercenaire pourra tenir un moment les deux classes sous une commune oppression. Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final - le petit nombre des accapareurs, ou l'immense majorité travailleuse. Et la classe ouvrière française n'est que l'avant-garde du prolétariat moderne. (...)

Notre Association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays du monde civilisé. En quelque lieu, (...) et dans quelques conditions que la lutte de classe prenne consistance, il est naturel que les membres de notre Association soient au premier rang. (...)

Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand coeur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer."

in K. Marx, La Guerre civile en France, 1871.

 


 

Echos de la Commune de Paris au Portugal : un discours conservateur


Extrait du premier roman d’Eça de Queiros, auteur par ailleurs très anticlérical, Le crime du padre Amaroqui parut en 1876. A la fin de l’œuvre, deux clercs dont le fameux Padre Amaro discute en se promenant dans Lisbonne.


« (...)
- Et qu’est-ce que vous me dîtes de ce qui se passe en France , Amaro ? s’écria tout à coup le chanoine.

- Une horreur, mon cher maître... L’archevêque, une ribambelle de prêtres fusillés :... Quelle farce !

- Une mauvaise farce, grogna le chanoine.

- Et par ici, dans notre coin, on dirait que ces idées-là commencent à se répandre, ajouta le P.Amaro.

Le chanoine l’avait entendu dire. Alors ils laissèrent éclater leur indignation contre cette bande de francs-maçons, de républicains, de socialistes qui veulent la destruction de tout ce qui est vénérable : le clergé, l’éducation religieuse, la famille, l’armée, le capital... Ah ! la société «était menacée par des monstres déchaînés ! Il fallait en revenir aux anciennes mesures de répression, au cul-de-basse-fosse, au gibet. Et, par dessus tout, inspirer aux hommes la foi et le respect du prêtre.

- Voilà le mal, dit Amaro, c’est qu’on ne nous respecte plus ! On ne fait que nous discréditer... On sape la révérence que le peuple avait pour le sacerdoce.

- On nous calomnie de façon infâme, dit le chanoine d’un ton pénétré.

[...]

C'était le comte de Ribamar. Avec bonhomie, il s'approcha des deux prêtres ; et Amaro, sans se couvrir et se redressant, lui présenta « son ami le chanoine Dias, de la cathédrale de Leiria ». Ils parlèrent un moment de la saison, qui était déjà chaude. Ensuite le P. Amaro fit allusion aux derniers télégrammes.

- Que dites-vous, monsieur le comte, de ce qui se passe en France ?

L'homme d'État agita les mains, et une ombre passa sur son visage consterné.

- Ne m'en parlez pas, monsieur le curé, ne m'en parlez pas... Voir une demi-douzaine de bandits détruire Paris... Mon Paris !... J'en suis malade, croyez-le.

Les deux prêtres prirent un air navré, en partageant la douleur de l'homme d'État.

Le chanoine demanda :

- D'après vous, monsieur le comte, quel va être le résultat de tout cela ?

Le comte de Ribamar, posément, avec des mots qui sortaient lentement de sa bouche, comme alourdis par le poids de sa pensée, lui répondit :

- Le résultat ?... Il n'est pas difficile de le prévoir. Quand on a une certaine expérience de l'Histoire et de la Politique, on peut le voir nettement, aussi nettement que je vous vois.

Les deux prêtres étaient suspendus aux lèvres prophétiques d'un membre du gouvernement.

- Une fois l'insurrection écrasée, poursuivit le comte en regardant droit devant lui et levant un doigt pour suivre et indiquer l'avenir de l'Histoire que perçait sa prunelle avec l'aide de ses lunettes d'or - une fois l'insurrection écrasée, d'ici trois mois nous aurons de nouveau l'Empire. Si vous, messieurs, aviez assisté comme moi à une réception aux Tuileries ou à l'Hôtel de Ville au temps de l'Empire, vous reconnaîtriez, comme moi, que la France est profondément impérialiste et uniquement impérialiste... Nous aurons donc encore Napoléon III, à moins qu'il n'abdique, et dans ce cas l'Impératrice exercerait la régence pendant la minorité du prince impérial...
 
À mon sens - et je l'ai déjà fait savoir - ce serait sans doute la solution la plus sage. Comme conséquence immédiate nous aurons, à Rome, le pape de nouveau en possession du pouvoir temporel... Bien que, à dire vrai - et je l'ai déjà fait savoir - je ne sois pas partisan d'une restauration papale. Mais je ne suis pas là pour vous dire ce que j'approuve ou désapprouve. Heureusement je ne suis pas le maître de l'Europe... Ce serait une charge trop lourde pour mon âge et pour mes infirmités. Je vous dis simplement ce que mon expérience de la Politique et de l'Histoire me montre comme certain... Où en étais-je... Ah ! l'Impératrice sur le trône de France, Pie IX sur celui de Rome, et voilà la démocratie anéantie entre ces deux forces sublimes, croyez-en un homme qui connaît son Europe et les éléments dont se compose la société moderne ; croyez bien qu'après cette expérience de la Commune on n'entendra plus parler ni de république, ni de question sociale, ni de peuple, d'ici les cent prochaines années.

- Que Notre-Seigneur vous entende, monsieur le comte, fit le chanoine avec onction.

Mais Amaro, ravi de se trouver là, sur une place de Lisbonne, en conversation intime avec un illustre homme d'État, lui posa encore une question qui reflétait son angoisse de conservateur toujours inquiet :

- Et pensez-vous que ces idées de république, de matérialisme, aient des chances de se propager parmi nous ?

Le comte se mit à rire ; et, en s'avançant entre les deux prêtres jusqu'aux grilles qui entourent la statue de Luis de Camôes, il leur disait :

- N'ayez aucune crainte. messieurs, n'ayez aucune crainte ! Il se peut qu'il y ait un ou deux exaltés pour se plaindre, pour raconter des bêtises sur la décadence du Portugal, pour prétendre que nous sommes dans le marasme, que nous sombrons dans l'abrutissement, et que nous n'en avons pas pour dix ans, etc., etc. Balivernes !...

Il s'appuyait presque à la grille du monument, et il s'exclama dans un élan de confiance :

- La vérité, messieurs, c'est que l'étranger nous envie... Et soit dit sans vous flatter, tant que dans ce pays il y aura des prêtres aussi respectables que vous l'êtes, le Portugal conservera avec dignité sa place en Europe ! Parce que la religion, messieurs, est la base de l'ordre !

- Sans aucun doute, monsieur le comte, sans aucun doute, répétèrent avec force les deux ecclésiastiques.

- D'ailleurs il n'y a qu'à regarder autour de vous !

Quelle paix, quelle animation, quelle prospérité !

[...] »


extraits de Eça de Queiros, Le crime du padre Amaro, Editions La Différence (collection « Minos »), 2007 (1ère édition en portugais : 1876), pages 631 à 633


 

La Commune de Paris vue par un manuel scolaire de 1878.


La Commune de Paris vue par un auteur de manuels scolaires catholiques, également traducteur de textes pieux anglais et italiens... Un parti pris évident donc. Où l'on retrouve tous les poncifs qui ont pu être colportés au sujet de la Commune : les orgies, les pétroleuses ... Aucune mention bien sûr des 20.000 morts de la « Semaine sanglante ».

 

La Commune de Paris (p. 716)

"Le travail et le commerce reprenaient leur activité et l'on commençait à entre voir des jours meilleurs, lorsque éclata une insurrection dont les crimes rappelèrent et surpassèrent les horreurs de 1798. Dès le 4 septembre on avait pu pressentir que la révolution irréligieuse et impie chercherait à mettre à profit les événements et que les écoles socialistes et communistes s'appuyant sur cette immense association ouvrière de tous les pays, connue sous le nom d'Internationale, essaieraient de réaliser leurs utopies, même par les moyens les plus violents. La faute commise par le gouvernement qui avait consenti au désarmement de la troupe et qui avait stipulé que la garde nationale conserverait ses armes, fournit à la Révolution l'occasion désirée. Les gardes nationaux des quartiers excentriques, Belleville, Montmartre, La Chapelle, etc., presque tous ouvriers et affiliés à l'Internationale, s'étaient emparés de nombreux canons et mitrailleuses, sous prétexte de les soustraire aux Prussiens qui avaient obtenu d'occuper pendant deux jours le quartier des Champs Elysées. Le gouvernement ayant voulu reprendre ces canons et ces mitrailleuses, les gardes nationaux s'y opposèrent. ; les canons furent gardés, un régiment pactisa avec l'émeute, et le gouvernement, ne se croyant pas capable de tenir dans Paris, abandonna la capitale à elle même (18 mars 1871). L'assassinat des généraux Clément-Thomas  [1] et Lecomte  [2], à Montmartre, commença la série de crime qui allaient être commis.

La Commune fut proclamée et donnée comme modèle à la France, qui ne devait plus former qu'une vaste fédération de 40.000 communes. On fit un simulacre d'élections, et l'on vit faire partie de la Commune les Delescluze, les Félix Pyat, les Assi, les Raoul Rigault, les Vermorel, les Ferré, les Courbet, etc.., tous révolutionnaires émérites, et détestant non moins la religion que la société. Ils avaient une armée de cent à cent vingt mille hommes, pourvue d'armes et d'artillerie ; ils s'étaient emparés, sans coup férir, des forts de la rive gauche, à l'exception de celui du Mont Valérien, et étaient en état de soutenir un long siège. Il faut citer parmi leurs généraux, la plupart improvisés les Flourens, les Dombrowski, les Rossel, les Eudes, etc. On a remarqué que la plupart des chefs militaires étaient des étrangers ; plus de vingt mille étrangers peut-être combattaient dans les rangs des insurgés, Anglais, Allemands, Italiens, Polonais, Espagnols, etc. Dès les premiers jours, le caractère de cette révolution se dessina clairement : l'irréligion, l'immoralité, le pillage et la cruauté en formèrent les principaux traits. Des hommes attachés à l'ordre voulurent faire une manifestation pacifique sur la place Vendôme ; ils furent accueillis à coup de fusil. Les écoles des Frères et des Sœurs furent fermés ; on remplaça les religieux et les religieuses par des hommes et des femmes sans mœurs ; on proscrivit le crucifix et tout enseignement religieux ; on fit des réquisitions de vivres sans les payer ; on pilla les caisses publiques et les caisses particulières, et Paris revit des orgies pires que celles de la régence et du Directoire : c'était l'enfer même qui semblait s'être emparé de cette malheureuse ville. Enfin, dans l'espoir de se mettre à l'abri des vengeances de la loi, et sans doute aussi pour satisfaire leur haine impie, les chefs de la Commune firent enfermer des prêtres, l'archevêque de Paris en tête, des religieux, des magistrats, d'autres citoyens recommandables qu'ils désignèrent sous le nom d'otages.

Les hostilités entre l'armée de la Commune et l'armée nationale, rapidement reformée à Versailles par M. Thiers sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon, guéri de sa blessure reçue à Sedan, commencèrent le dimanche des Rameaux, 2 avril, et se continuèrent pendant deux mois. Ce fut un siège en règle. L'armée Française ne pouvait attaquer que par le côté qui n'était pas occupé par les Prussiens. Les opérations furent poussées avec autant de prudence que de vigueur, pendant que l'attitude de l'autorité faisait échouer en province à Lyon, à Marseille, à Saint-Etienne, etc., les tentatives des hommes de désordres. Les insurgés n'osèrent bientôt plus tenir en rase campagne. Enfin dans la dernière quinzaine de mai, leurs affaires parurent désespérées. Ils avaient déjà perdu beaucoup de monde, et ils sentaient que les jours de la résistance étaient comptés. Alors commencèrent les fureurs et se firent jour les plus abominables projets. La colonne de la place Vendôme fut abattue aux cyniques acclamations d'une foule en délire.

Les forts étaient repris les uns après les autres ; les remparts étaient battus en brèche par une formidable artillerie, et les troupes régulières avançaient méthodiquement et sûrement. Un courageux citoyen hâta le dénouement en faisant savoir qu'une porte, celle d'Auteuil, était mal gardée. Les troupes entrèrent : c'était le dimanche 21 mai et alors commence une épouvantable bataille de huit jours et huit nuits qui ne se termine que le dimanche suivant, jour de la Pentecôte, 28 mai. Qui pourra jamais redire les horreurs de ces huit terribles journées ? Le feu mis par les insurgés aux Tuileries, au ministère des finances, au palais de la Légion d'honneur, à l'Hôtel de Ville, à des magasins, à des rues entières, comme la rue de Lille et la rue Royale, le massacre de Mgr Darboy, archevêque de Paris, des PP. Olivaint, Ducoudray, et de plusieurs autres jésuites, de plusieurs dominicains, de prêtres inoffensifs et connus pour leurs bonnes œuvres ( le P. Captier, l'abbé Planchat, etc.), de M. Bonjean, ancien sénateur et magistrat, de gendarmes, etc. ; tels furent les exploits des misérables qui tenaient Paris sous la terreur. Et c'était des femmes, des furies, qui travaillaient à propager des incendies au moyen du pétrole, c'était des enfants qui s'acharnaient à l'œuvre de destruction. Plusieurs églises, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, un grand nombre de monuments publics et particuliers ne furent sauvés que grâce à la promptitude des secours et à la rapidité de l'armée libératrice. D'ailleurs les hommes de la Commune avaient résolu de brûler et de faire sauter tout Paris ; la ville superbe ne devait plus être qu'un monceau de ruines ; la miséricorde de Dieu ne permit pas que ces exécrables forfaits s'accomplissent ; elle se laissa toucher par le cri du sang des nouveaux martyrs que venait d'immoler la rage satanique des révolutionnaires."

Source : Histoire contemporaine complément de l'Histoire de France et cours d'Histoire universelle par J. Chantrel, chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand. Treizième édition allant jusqu'aux événements les plus récents 1789 - 1878. Paris, Putois-Cretté, Libraire éditeur, 90 rue de Rennes, 1878. (Collection particulière) p. 716

Notes :

[1] Né en 1809, il s'était toujours distingué par ses sentiments républicains et avait vécu à l'étranger pendant l'Empire.

[2] Né en 1811, il venait de se distinguer pendant la guerre, et avait été chargé de reprendre les canons de Montmartre.

Sur le sujet, un incontournable : Prosper-Olivier Lissaragay : Histoire de la Commune de 1871 , réédité en 2000 par les éditions La Découverte avec une préface de Jean Maitron.

 

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