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Les unités italienne et allemande

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Proclamation de Rimini (30 mai 1815)


Joachim Murat, roi de Naples, tente de sauver sa couronne en appelant à l'indépendance de l'Italie. Le retour de l'absolutisme menace aussi les Italiens.



« Italiens !

L'heure est venue où doivent s'accomplir les grandes destinées de l'Italie. La Providence vous appelle enfin à être une nation indépendante. Des Alpes au détroit de Sicile, qu'un seul cri s'élève : Indépendance de l'Italie ! Et à quel titre, des peuples étrangers prétendent-ils vous enlever cette indépendance, premier droit et premier bien de toute nation ? (...) C'est donc en vain que la nature a élevé pour vous garantir la barrière des Alpes, qu'elle vous a entourés d'un rempart plus insurmontable encore, celui de la différence des langues et des moeurs (...) ? — Non. — Que toute domination étrangère disparaisse du sol italien ! Vous qui avez été une fois les maîtres du monde, vous avez expié cette gloire par vingt siècles d'oppression et de massacres. Mettez aujourd'hui votre gloire à ne plus avoir de maîtres !

Tous les peuples doivent se tenir dans les limites que la nature leur a assignées. Les vôtres sont des mers, des montagnes qu'on ne peut franchir. N'essayez jamais d'en sortir ; mais repoussez l'étranger qui les a violées, s'il ne se hâte de rentrer dans les siennes. (...)

Que l'énergie nationale se manifeste dans toute son étendue et sous toute les formes ! Il s'agit de décider si l'Italie doit être libre ou réduite à plier encore pour des siècles son front humilié sous le joug ! (...)

J'en appelle, à vous, braves et infortunés Italiens de Milan, de Bologne, de Turin, de Brescia, de Modène, de Reggio, de tant d'autres villes célèbres et opprimées. (...) Que de victimes, d'extorsions, d'humiliations inouïes, Italiens ! Pour réparer tant de maux, unissez-vous d'une étroite union à un gouvernement de votre choix. Qu'une représentation vraiment nationale, qu'une constitution digne de ce siècle et de vous garantisse votre liberté, votre prospérité intérieure, aussitôt que par votre courage vous aurez assuré votre indépendance.

J'appelle autour de moi tous les braves pour combattre. J'appelle également tous ceux qui ont profondément médité sur les intérêts de leur patrie afin de préparer et de régler la constitution et les lois qui doivent régir l'Italie heureuse, l'Italie indépendante.

JOACHIM NAPOLEON.

Rimini, le 30 mai 1815. »



Document rapporté par Maurice-Henri WEIL, Joachim Murat, roi de Naples. La dernière année de règne (mai 1814-mai 1815). Tome III. Les dernières hésitations de Murat (27 février-26 mars 1815). La guerre. L'offensive napolitaine (27 mars-13 avril 1815). Paris, 1909.


 

L'Unité italienne



" Nous sommes un peuple de vingt et un à vingt deux millions d'hommes, désignés depuis un temps immémorial sous un même nom, celui de peuple italien, renfermés entre les limites naturelles les plus précises que Dieu ait jamais tracées, parlant la même langue, ayant les mêmes croyances, les mêmes moeurs, les mêmes habitudes, fiers du plus glorieux passé politique, scientifique, artistique, qui soit connu dans l'histoire européenne, ayant deux fois donné à l'humanité un lien, un mot d'ordre d'unité, une fois par la Rome des empereurs, une autre, quand les papes n'avaient pas encore trahi leurs missions, par la Rome papale...

Nous n'avons pas de drapeau, pas de nom politique, pas de rang parmi les nations européennes. Nous n'avons pas de centre commun, pas de pacte commun, pas de marché commun. Nous sommes démembrés en sept Etats...Un de ces Etats, comprenant à peu près le quart de la péninsule, appartient à l'Autriche ; les autres, quelques-uns par des liens de famille, tous par le sentiment de leur faiblesse, en subissent l'influence."

Mazzini, "L'Italie, l'Autriche et le Pape", in Revue indépendante, septembre 1845.




Extrait du livre de Camille Cavour, "Des chemins de fer en Italie", 1846


"Les malheurs de l'Italie sont de vieille date (...). Nous croyons pouvoir établir comme chose certaine que la cause première doit en être attribuée à l'influence politique que les étrangers exercent depuis des siècles parmi nous, et que les principaux obstacles qui s'opposent à ce que nous nous affranchissions de cette funeste influence, ce sont, d'abord, les divisions intestines, les rivalités, je dirai presque les antipathies qui animent les unes contre les autres les différentes factions de la grande famille italienne ; et ensuite la méfiance qui existe entre les princes nationaux et la partie la plus énergique de la population (...).

Si l'action des chemins de fer doit diminuer ces obstacles, et peut-être même les faire disparaître, il en découle naturellement cette conséquence que ce sera une des circonstances qui doit le plus favoriser l'esprit de nationalité italienne. Un système de communications qui provoquera un mouvement incessant de personnes en tout sens (...) devra puissamment contribuer à détruire les mesquines passions municipales, filles de l'ignorance et des préjugés (...).

En Italie, une révolution démocratique n'a pas de chances de succès (...). La force réside presque exclusivement dans la classe moyenne et dans une partie de la classe supérieure. (...)

La propriété, grâce au ciel, n'est en Italie le privilège exclusif d'aucune classe. Là même où il existe des débris d'une noblesse féodale, celle-ci partage avec le tiers-état la propriété territoriale. (...)

Tous ces efforts individuels, il est vrai, resteraient stériles sans le concours des gouvernements nationaux. (...) Il nous suffira de citer à cet égard ce qui se passe en Piémont."

(cité par Ph. Gut, "L'Unité italienne", éd. PUF, p. 42 et repris par J. Bouillon (en coll.), "Le XIXe siècle et ses racines", histoire/seconde, Paris, Bordas, 1981, p.211



Lettre de Metternich, chancelier autrichien, au grand-duc de Toscane (24 avril 1847)


"Le mot "Italie" comme celui de "nationalité" sert pour ainsi dire de drapeau. On ne peut se figurer une Italie qu'en admettant l'idée de la réunion des parties indépendantes dont se compose la péninsule. La réunion de ces parties ne peut se concevoir que dans une République italienne car l'Italie n'a pas de prince sous le sceptre duquel se rangeraient tous les Etats italiens, et, si elle avait un prince de ce genre, les puissances mettraient des bornes à ses ambitions. Ce n'est pas par le haut que se laisserait former une Italie une et indivisible, il faudrait que l'entreprise vînt d'en bas... Dans la constitution actuelle de l'Italie, le fait que l'Autriche possède la rive gauche du Pô depuis la mer Adriatique jusqu'au Tessin, constitue un grand grief aux yeux de la Révolution. Aussi a-t-elle voué une haine violente à l'Autriche. La Révolution a raison en cela... Si ce pouvoir (de l'Autriche) tombait, les princes italiens tomberaient aussi et pas un ne resterait sur son trône."


Extraits des Mémoires de Metternich, t. VII, Plon (cité par "Histoire. De la Réforme à nos jours", collectif d'auteurs  animé par Marc Vincent, éd. Bordas , Paris, 1982, p. 103)


 

Bilan et conséquences des événements de 1848 en Italie


" En Italie, après la chute de Pie IX, après la chute de Charles-Albert, après la parole sortie de Rome, il n'existe plus, il ne peut plus exister, je me plais à le répéter, qu'un seul parti : le PARTI NATIONAL.

Et la foi politique de ce parti national est contenue dans les principes suivants.

L'Italie veut être une NATION, et nation UNE, non de l'unité napoléonienne, non de la centralisation administrative exagérée, qui annule au bénéfice d'une capitale et d'un gouvernement la liberté des membres ; mais de l'unité d'un pacte, de l'unité de relations internationales, d'armées, de codes, d'éducation, de l'unité en harmonie avec l'existence de régions circonscrites par des caractères locaux et traditionnels. [Mais] l'autonomie des Etats actuels est une erreur historique. Ce n'a point été par leur vitalité propre et spontanée que les Etats se sont formés, mais par l'arbitrage d'une domination étrangère ou locale. La confédération entre des Etats ainsi constitués étoufferait toute la puissance de la mission italienne en Europe, habituerait les esprits à de funestes rivalités, fortifierait les ambitions, et entre celles-ci et les influences inévitables des divers gouvernements étrangers, détruirait tôt ou tard la concorde et la liberté.

L'Italie veut être une nation d'hommes égaux et libres, une nation de frères associés à l'oeuvre du progrès commun. Le problème italien, comme celui de l'humanité, est un problème d'éducation morale. L'Italie veut que tous ses enfants deviennent progressivement meilleurs. Elle vénère la vertu et le génie, non la richesse ou la force, elle veut des instituteurs et non des maîtres, le culte du vrai, non du mensonge ou du hasard. Elle croit en Dieu et au peuple ; non au pape et aux rois. Et pour que le peuple soit, il faut qu'il conquière par l'action et le sacrifice la conscience de ses devoirs et de ses droits. L'indépendance, c'est-à-dire la destruction des obstacles intérieurs et extérieurs qui s'opposent à la constitution de la vie nationale, doit donc s'obtenir non seulement pour le peuple, mais par le peuple. La guerre par tous, la victoire pour tous.

Il est temps, ô jeunes gens, de comprendre combien est grande, religieuse et sainte l'oeuvre que Dieu vous confie. Elle ne saurait s'accomplir par les voies tortueuses des intrigues de cour, ni par les mensonges de doctrines arrangées pour les besoins du moment ; ni par des pactes destinés à être rompus par les contractants aussitôt l'occasion propice, mais seulement par la longue pratique, et par l'exemple vivant donné aux multitudes, d'une vertu austère, par les sueurs de l'âme et les sacrifices du sang (...). Repoussez sans pitié les petits Machiavel d'antichambre, les diplomates en expectative qui s'insinuent dans vos rangs pour vous murmurer aux oreilles des projets de cours amies, de princes émancipateurs ; que peuvent-ils désormais vous donner, sinon de ridicules illusions, propres à briser l'unité du parti national et à faire germer la corruption. Il y a deux ans, ils tenaient entre leurs mains toutes les forces, toute l'âme de la nation, un roi en qui la multitude saluait le conquérant de l'indépendance, un pape en qui la multitude vénérait l'initiateur de la liberté ; et ils vous ont donné l'armistice Salasco et la défaite de Novare : ruine et honte !

La guerre royale a donné un grand enseignement aux Lombards et imposé au Piémont une sévère obligation.

Les Lombards savent aujourd'hui que le secret de leur émancipation est pour eux un problème de direction. S'ils n'avaient pas, par aveugle vénération pour une apparence de force, mis les traîtres dans leur propre cause - s'ils s'étaient fiés plus à l'Italie qu'au roi du Piémont - si au lieu de confier le mandat de la guerre à une coterie de courtisans, ils l'avaient conféré à des hommes comme ceux qui avaient dirigé l'insurrection, ils auraient triomphé. Tôt ou tard, les journées de mars peuvent et doivent se renouveler. Qu'ils se souviennent alors de l'enseignement.

Les Piémontais ont l'obligation de prouver à l'Italie et à Europe qu'ils sont des Italiens et non les serviteurs d'une famille de rois. Qu'ils ont marché pour combattre dans les plaines de la Lombardie, non comme les instruments aveugles des volontés ambitieuses d'un homme ou de quelques intrigants, mais comme les apôtres armés de la création d'un Peuple, de la liberté de la patrie. Ils ont l'obligation de dire à leurs frères hésitants : c'est nous qui sommes l'épée de l'Italie. Que leur drapeau soit celui de vingt-six millions d'hommes libres ; que leur cri à la rescousse soit ROME et MILAN, UNITÉ et INDÉPENDANCE ; que leur armée soit la première légion de l'armée nationale. Bien grande sera cette gloire, comparée à celle d'être un fragment royal sans base et sans avenir, sans cesse oscillant, grâce à de faibles ou à de pervers gouvernants, entre les menaces de l'Autriche et le joug des jésuites !

Que la Lombardie et le Piémont payent leur dette. Rome et l'Italie ne failliront pas à l'entreprise."

in MAZZINI, République et royauté en Italie. Aperçus historiques et documents relatifs à l'insurrection lombarde et à la guerre royale, Paris, 1850, pp150-158.


 

Lettre de Cavour (12 avril 1856).


Cavour essaie dans un congrès à Paris après la guerre de Crimée d'obtenir le soutien de la Grande-Bretagne et de la France. Il a trouvé un accueil favorable chez Lord Clarendon, ministre britannique.


"(...) Comme il y a là cependant une question de vie et de mort, nous ne devons agir qu'avec une grande prudence. C'est pourquoi j'ai l'intention d'aller à Londres afin de consulter Lord Palmerston et les autres hommes qui sont à la tête du gouvernement . S'ils partagent les vues de Clarendon, nous devons nous préparer secrètement, contracter un emprunt de 30 millions de francs, puis envoyer à l'Autriche un ultimatum qu'elle ne puisse accepter et ouvrir les hostilités.

L'Empereur [des Français] ne peut pas être contre cette guerre. Il la désire dans le fond de son coeur. En voyant l'Angleterre décidée à entrer en lice, il nous aidera certainement. Avant de partir, je tiendrai donc à l'Empereur le même langage que j'ai tenu à Lord Clarendon. (...) Le seul obstacle que je prévois, c'est le Pape. Que ferions-nous de lui dans le cas où une guerre italienne éclaterait ?

J'espère qu'en lisant cette lettre vous ne me croirez pas attaqué par une fièvre cérébrale ou en proie à un accès d'aliénation mentale. Au contraire, je suis dans un état parfait de santé intellectuelle. Je crois réellement que nous pouvons risquer avec de grandes chances de succès (...)."

Tiré des Lettres inédites du comte de Cavour à V. Ratazzi


 

Discours de Cavour devant la Chambre des députés piémontais, le 10 octobre 1860


"Pendant les douze dernières années, l'étoile polaire qui guida le roi Victor-Emmanuel fut l'aspiration vers l'indépendance nationale ; quelle sera cette étoile en ce qui concerne Rome ? Notre étoile, Messieurs, je vous le déclare ouvertement, est de faire que la ville éternelle, sur laquelle vingt-cinq siècles ont accumulé toutes sortes de gloires, devienne la capitale splendide du royaume d'Italie. (...)

Je crois que la solution de la question romaine doit être produite par cette conviction qui se développera de plus en plus dans la société moderne, et aussi dans la grande société catholique, que la liberté est hautement favorable au progrès du véritable sentiment religieux.

Lorsque cette opinion sera généralement accueillie - et elle ne tardera pas à l'être - nous n'hésitons pas à affirmer que la grande majorité des catholiques éclairés et sincères reconnaîtra que l'auguste pontife qui est à la tête de notre religion, peut exercer son office sublime d'une manière beaucoup plus libre, beaucoup plus indépendante, en étant gardé par l'amour et le respect de 22 millions d'Italiens plutôt que par 25'000 baïonnettes (...)."


 

L'Unité allemande


La conception allemande de la nation


"Pour les ancêtres germains, la liberté consistait à rester Allemands, conduire leurs affaires en toute indépendance, conformément à leur esprit originel, progresser dans leur propre culture d'après ces mêmes principes et transmettre cette autonomie à leur postérité ; quant à l'esclavage, c'était pour eux l'acceptation de toutes les belles choses que les Romains leur offraient, acceptation signifiait esclavage parce qu'ils auraient cessé d'être toutr à fait Allemands, pour devenir à moitié Romains. Il allait donc de soi, pensaient-ils, qu'il valait mieux mourir que d'en être réduits là, et qu'un vrai Allemand ne peut vivre que pour rester allemand et transmettre à ses descendants le même désir.

(...) C'est à eux, à leur langue et à leur manière de penser que nous sommes redevables, nous, les plus directs héritiers de leur sol, d'être encore des Allemands (...) C'est à eux que nous sommes redevables de tout notre passé national et, s'il n'en est pas fini de nous, tant qu'il restera dans nos veines une dernière goutte de leur sang, c'est à eux que nous devrons tout ce que nous serons à l'avenir."

Fichte, Discours à la nation allemande, 1807-1808, 8e discours.



Le génie allemand


"Le génie étranger éparpillera des fleurs dans les sentiers battus et tissera un gentil manteau à la sagesse de la vie qu'il prendra volontiers pour de la philosophie ; l'esprit allemand au contraire ouvrira de nouvelles mines ; il fera pénétrer la lumière et le jour dans les abîmes et fera sauter d'énormes masses de pensées dont les âges futurs se serviront pour construire des demeures. Le génie étranger sera l'abeille qui, adroite et industrieuse, butine le miel... Mais l'esprit allemand sera l'aigle, qui d'une aile puissante, enlève son corps pesant, et, d'un vol vigoureux et longuement exercé, monte de plus en plus haut pour se rapprocher du soleil dont la contemplation l'enchante."

Fichte, Discours à la nation allemande, 1807-1808, 8e discours.


 

L'impact économique des divisions allemandes

"Cependant le provincialisme allemand avec ses multiples législations différentes du commerce et des métiers, devait devenir une entrave insupportable à cette industrie, dont le niveau s'élevait énormément, et au commerce qui en dépendait. Tous les dix ou vingt kilomètres un droit commercial différent, partout des conditions différentes dans l'exercice d'un même métier, et partout d'autres chicanes, des chausse-trappes bureaucratiques et fiscales, souvent encore des barrières de corporations contre lesquelles aucune concession ne prévalait ! Et avec tout cela, les nombreuses législations sociales locales diverses, les limitations de droit de séjour qui empêchaient les capitalistes de jeter en nombre suffisant les forces de travail disponibles sur les points où le minerai, le charbon, la force hydraulique et d'autres ressources naturelles exigeaient l'implantation d'entreprises industrielles. La possibilité d'exploiter librement la force de travail massive du pays était la première condition du développement industriel ; partout cependant où l'industriel patriote rassemblait des ouvriers attirés de toute part, la police et l'assistance publique s'opposaient à l'établissement des immigrants. Un droit civil allemand, l'entière liberté de domicile pour tous les citoyens de l'Empire, une législation industrielle et commerciale unique, ce n'étaient plus là des rêveries patriotiques d'étudiants exaltés, c'étaient désormais les conditions d'existence nécessaires à l'industrie."

extrait de F. ENGELS, Le rôle de la violence dans l'histoire, 1887-88.


 

Les difficultés de déplacement dans l'Allemagne d'avant le Zollverein


"(...) De Magdebourg, je gagnai Preussisch-Münde et voulais passer jusqu'à Hannover-Münde, mais n'y parviens pas (...). Tout principicule (1), et Dieu sait s'ils sont nombreux, avait son propre poste-frontière et sa monnaie propre. Il m'est arrivé de devoir en un seul jour changer trois fois mon argent, et chaque fois à perte. À peine avait-on fait un mille, qu'on tombait sur la barrière d'octroi et qu'on entendait : Qui est-ce qui lui a permis de venir comme ça dans notre principauté (ou duché) ; montre ton passeport ! Alors on vous gribouillait quelque chose sur le passeport, et bien souvent on se voyait vidé des lieux (...).

Donc je voulais, puisque j'avais échoué du côté hanovrien pour gagner Hambourg, tenter ma chance du côté du Mecklembourg. Je me rendis à Reibnitz et passai la frontière ; j'avais parcouru déjà deux milles en territoire mecklembourgeois, lorsqu'il me fallut à la nuit consigner mon passeport au maire du village, sans quoi personne n'aurait pu m'héberger ; mais le maire m'a proprement tancé pour l'audace que j'avais de pénétrer dans cet État sans autorisation. Il me remit un billet de logement pour un paysan chez qui je pus passer la nuit et le lendemain matin je fus refoulé de l'autre côté de la frontière (...).

Entre Lindow et Liebenwald, il y avait une auberge sur la route ; il faisait très chaud et j'y entrai pour boire un verre de bière. Dans la salle, un voyageur de mise cossue faisait les cent pas. (...) Il s'approcha de moi, me tendit la main et me demanda en dialecte haut-rhénan : " L'ami, où vas-tu comme ça ? " - Je lui dis que je voulais aller à Hambourg, mais qu'au vu de mon passeport prussien, je me faisais repousser à toutes les frontières. Il sourit avec compassion et dit : " Notre gouvernement est sûrement meilleur, nous pouvons voyager où nous voulons. " - " Sous quel gouvernement êtes-vous ? " demandai-je alors. - " Sous le gouvernement français, répondit-il ; puis il ajouta : J'habite à Strasbourg sur le Rhin. ". (...) "

1) Petit prince, souverain d'un très petit État (sens très péjoratif).

Carl SCHOLL, "Souvenirs de la vie d'un vieil artisan de Memel", rapportés par Jacques DROZ, "Histoire de l'Allemagne. 1. La Formation de l'unité allemande 1789-1871". Paris, Hatier, 1970.


 

Le traité du Zollverein 22 mars 1833


"S.M. le Roi de Prusse, S.A. le Prince électoral et co-Régent de Hesse, (1) et S.A.R. le Grand-Duc de Hesse (2) d'une part, et S.M. le Roi de Bavière et S.M. le Roi de Wurtemberg, d'autre part, d'accord dans leur désir de favoriser la liberté de commerce et les relations commerciales entre leurs États, et dans l'Allemagne en général (...) ont fait ouvrir des négociations pour lesquelles ils ont donné pleins pouvoirs. (...)
Par lesquels plénipotentiaires la Convention suivante a été conclue, sous réserve de ratification :
1. Les réunions de douanes, existant actuellement entre les États nommés ci-dessus, formeront à l'avenir une réunion générale, liée par un système commun de douanes et de commerce, et qui embrassera tous les pays y compris. (...)
4. Dans les territoires des États contractants, il sera établi des lois uniformes sur les droits d'entrée, de sortie et de transit, sauf les modifications qui, sans faire de tort au but commun, résultent nécessairement soit de la législation particulière qui régit chaque État contractant, soit d'intérêts locaux. (...)
14. Les gouvernements contractants conviennent d'unir leurs efforts pour introduire dans leurs États un système uniforme de monnaies, poids et mesures. (...)
...Dès à présent, les monnaies d'or et d'argent de tous les états contractants, à l'exception de la petite monnaie, seront reçues dans tous les bureaux de perception de l'association, et il sera publié à cet effet des tables d'évaluation. (...)
18. ...A dater de la mise en vigueur du présent traité, les sujets de l'un des États contractants qui font le commerce ou cherchent du travail dans le territoire d'un autre de ces États, ne seront assujettis à aucun impôt qui ne pèserait également sur le régnicole [habitant du royaume] se trouvant dans le même cas...
19. Les ports de mer prussiens seront ouverts au commerce des sujets de tous les États de l'union, contre payement de droits parfaitement égaux à ceux que payent les sujets prussiens. (...)
22. Le produit des droits qui entrent dans la communauté sera réparti entre les États associés dans la proportion de la population, pour laquelle ils se trouvent dans l'union, sous la déduction : 1° des frais dont il sera question dans l'article 30; 2° des restitutions de perceptions inexactes ; 3° des remises de droits et diminutions faites par suite de conventions communes et spéciales. (...)
33. Il y aura tous les ans, dans les premiers jours de juin, une assemblée de plénipotentiaires des gouvernements de l'union, chargés de délibérer en commun, et chaque État pourra y envoyer un fondé de pouvoirs. (...)
35. Si dans le courant de l'année, hors le temps de la réunion des plénipotentiaires, il survenait des événements extraordinaires qui nécessitassent des mesures et des dispositions promptes de la part des États de l'union, les parties contractantes se concerteraient à cet égard par la voie diplomatique, ou elles provoqueraient une assemblée extraordinaire de leurs plénipotentiaires. (...)
38. Dans le cas où d'autres États allemands manifesteraient le désir d'être reçus dans l'union formée par le présent traité, les hautes parties contractantes se déclarent prêtes à accéder à ce désir par des traités spéciaux, en tant, toutefois, que cette accession s'accorderait avec les intérêts particuliers des membres de l'union. (...)
41. Le terme de ce traité, qui sera mis à exécution le 1er janvier 1834, est provisoirement fixé au 1er janvier 1842.
S'il n'est pas dénoncé pendant ce laps de temps, et au plus tard deux ans avant son expiration, il sera considéré comme prolongé pour la durée de douze ans, et ainsi de suite, de douze en douze ans.


in Archives diplomatiques, Paris, 1862

( 1 ) Hesse-Cassel. (2) Hesse-Darmstadt.


 

Frédéric-Guillaume IV refuse la couronne impériale.


Le 21 avril 1849, Frédéric-Guillaume IV refuse la couronne impériale que lui proposait l'Assemblée de Francfort. Il écrit ceci dans une lettre à son ambassadeur de Londres :


"Mais, mon très cher ami, toute la difficulté gît précisément là : je ne veux ni l'assentiment des princes à « ce » choix, ni « cette » couronne impériale. Comprenez-vous les mots soulignés ?

Je vais vous mettre cela en pleine lumière, aussi brièvement et aussi vivement que possible. D'abord « cette » couronne n'est pas une couronne. La couronne que pourrait prendre un Hohenzollern [dynastie des rois de Prusse], si les circonstances permettaient que cela fût possible, ce n'est pas, même avec l'assentiment des princes, la couronne fabriquée par une assemblée d'un germe révolutionnaire, une couronne « dans le genre de la couronne des pavés de Louis-Philippe » [allusion aux événements de juillet 1830 à Paris] ; c'est la couronne qui porte l'empreinte de Dieu, la couronne qui fait souverain par la grâce de Dieu celui qui la reçoit avec le saint-chrême [huile consacrée], la couronne qui fait rois des Allemands par la grâce de Dieu plus de trente-quatre princes et qui associe toujours le dernier oint du Seigneur à l'antique lignée qui le précède. La couronne qu'ont portée les Othon, les Hohenstaufen, les Habsbourg [trois dynasties qui ont donné des empereurs du Saint-Empire romain germanique], un Hohenzollern peut la porter, cela va sans dire ; elle est pour lui une surabondance d'honneur, un rayonnement de mille années d'éclat.

Celle-là au contraire, celle dont vous vous occupez (...) pour votre malheur, elle est déshonorée surabondamment par l'odeur de charogne que lui donne la révolution de 1848, la plus niaise, la plus sotte, la plus stupide, et non pas cependant, Dieu soit loué, la plus criminelle des révolutions de ce siècle. Quoi, cet oripeau, ce bric-à-brac de couronne pétri de terre glaise et de fange, on voudrait la faire accepter à un roi légitime, bien plus, à un roi de Prusse qui a eu cette bénédiction de porter, non pas la plus ancienne, mais la plus noble des couronnes royales, celle qui n'a été volée à personne ? [le duché de Prusse est devenu royaume en 1701]"

Extrait de Frédéric-Guillaume IV, "Correspondance", cité dans "Les Mémoires de l'Europe", Paris, R. Laffont, 1972, t. V, p. 209



A la mi-août 1859, des démocrates et des libéraux allemands créent le Nationalverein  (union nationale) au 2e Congrès d'Eisenach, dont voici le manifeste.


"1° Nous apercevons, dans la situation politique actuelle du monde, de grands dangers pour l'indépendance de notre patrie allemande, dangers plutôt accrus qu'amoindris par la conclusion de la paix entre l'Autriche et la France.
2° Ces dangers ont pour fondement dernier l'état défectueux des relations inter-allemandes et ne peuvent être écartés qu'en remédiant rapidement à cet état de choses.
3° A cette fin, il est nécessaire que la Diète fédérale soit remplacée par un gouvernement central d'Allemagne ferme, fort et stable, et que soit convoquée une assemblée nationale allemande.
4° Dans la conjoncture actuelle, les démarches les plus efficaces pour atteindre ce but ne peuvent provenir que de la Prusse ; il faut donc travailler à ce que la Prusse prenne dans ce domaine l'initiative.
5° Au cas où l'Allemagne serait de nouveau directement menacées de l'extérieur dans les jours prochains , il convient de charger la Prusse, jusqu'à la formation définitive du gouvernement central d'Allemagne, du commandement des forces militaires allemandes et de la représentation diplomatique de l'Allemagne à l'étranger.
6°  Le devoir de tout Allemand est de soutenir dans la mesure de ses forces, le gouvernement prussien pour autant que les efforts de celui-ci tendent à concilier pour l'essentiel les obligations de l'Etat prussien avec les besoins et les obligations de l'Allemagne et autant qu'ils s'orientent vers une organisation commune d'une Allemagne libre et forte.
7° Nous attendons de tous les amis de la patrie allemande, qu'ils appartiennent au parti démocratique ou bien au parti constitutionnel, qu'ils placent l'indépendance et l'unité nationale au-dessus des exigences des partis, et que, dans la concorde et la persévérance, ils collaborent à la réalisation d'une Allemagne organisée avec vigueur."


 

Les capitaliste aussi nationalistes


"Cette bourgeoisie [d'affaires] est fortement représentée dans le Nationalverein, dont tous les voeux avaient une teinte nationale allemande accentuée, déjà agressive : "Les peuples forgent eux-mêmes leur sort, disait une motion de l'Assemblée de 1861. Nous avons été assez longtemps l'enclume de l'étranger, nous essaierons de devenir à notre tour les marteaux". ( cité par Benaerts, Les origines de la grande industrie allemande, Paris, 1932)


 

Extraits des écrits de Bismarck, sur l'unité allemande:


Ecrit avant 1866 :
« Il n'y a pas de place pour deux en Allemagne. Je veux venger l'affront d'Olmütz, je veux abattre l'Autriche… Je veux relever la Prusse et lui donner en Allemagne la situation prépondérante qui lui revient de droit. La monarchie autrichienne… [ferait mieux de cesser] de courir après le rêve d'une suprématie allemande que nous lui disputons et qui ne lui appartient à aucun titre. »

« Il n'est pas possible de dénouer pacifiquement le nœud gordien de la situation allemande, on ne pouvait le trancher que par l'épée »


Ecrit après 1870 : « Je ne doutais pas qu'il ne fallût faire une guerre franco-allemande avant que l'organisation générale de l'Allemagne eût pu être réalisée »

« La guerre avec la France était la seule méthode pour combler l'abîme creusé au  cours de l'histoire entre le Sud et le Nord de l'Allemagne. »

in Pensées et souvenirs par le prince de Bismarck, 1899.


 

Un Juriste, Rudolf von Ihering, exprime, avant et après la bataille de Sadowa (3 juillet 1866), son opinion sur la politique de Bismarck.


"1er mai 1866
Jamais sans doute une guerre n'a été manigancée de façon aussi éhontée, avec une légèreté aussi scandaleuse que celle que Bismarck est en train de monter contre l'Autriche. (...)
Je suis un partisan convaincu de l'influence prussienne en Allemagne du Nord, bien que je n'aie que peu de sympathie pour le système politique actuel en Prusse (...).
Tout le monde ici déteste cette guerre, personne ne peut s'accommoder de l'idée que l'issue inéluctable de la lutte sera ce que nous devons souhaiter. Nous allons voir des Allemands prendre les armes contre les Allemands, bref une guerre civile (...).

19 août 1866
(...) Quel bonheur enviable de vivre à notre époque et d'avoir pu être témoins de ce tournant de l'histoire de l'Allemagne (...). Des années durant (...) j'ai souhaité un Cavour allemand ou un Garibaldi comme Messie pour mon pays. Et voilà qu'il vient de paraître dans la personne de ce Bismarck, que l'on a trop dénigré.
(...) Je m'incline très bas devant le génie de Bismarck, qui a porté à son sommet un chef-d'oeuvre d'intelligence politique et d'action, comme il est rare d'en trouver un exemple dans l'histoire."


Dans ma page d'adresses vous trouverez des liens avec ce sujet : guerre franco-allemande de 1870

 

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