L'église catholique entre tradition et modernité
Mirari Vos (1832)
La condamnation du libéralisme par le Saint-Siège
"A cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur et que certains hommes osant, avec tant de bruit et tant d'insistance, demander et étendre partout. Nous frémissons, vénérables Frères, en considérant de quels monstres de doctrines, ou plutôt de quels prodiges d'erreurs nous sommes accablés ; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures et autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d'où sort la malédiction qui couvre la face de la Terre et fait couler nos larmes.
Nous avons appris que dans des écrits répandus dans le public, on enseigne des doctrines qui ébranlent la fidélité, la soumission due aux princes et qui allument partout les torches de la sédition ; il faudra donc bien prendre garde que trompés par ces doctrines les peuples ne s'écartent des sentiers du devoir. Que l'on considère attentivement que selon l'avertissement de l'Apôtre : il n'est point de puissance qui ne vienne de Dieu : et celles qui existent ont été établies par Dieu ; ainsi résister au pouvoir, c'est résister à l'ordre de Dieu ; et ceux qui résistent attirent sur eux la condamnation."
in Encyclique Mirari Vos 15 août 1832. Citée par J. Michon. Les documents pontficaux sur la démocratie et la société moderne, Rieder Ed.
LE SYLLABUS
CATALOGUE DES ERREURS MODERNES SELON LE SYLLABUS DE PIE IX (1864) (extraits)
Publié le 8 décembre 1864, il s'agit d'un recueil de 80 propositions des principales doctrines contemporaines condamnées par Pie IX. Les propositions du Syllabus étaient extraites des "allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Pie IX". Certaines propositions, isolées des documents d'où elles avaient été tirées, prenaient un accent provocant et agressif, comme si Pie IX avait voulu manifester la rupture absolue de l'Eglise avec le monde contemporain. Ce texte sera exploité par les anticléricaux et inquiéta les catholiques libéraux.
(informations trouvées dans Michel Mourre, "Dictionnaire encyclopédique d'histoire", éd. Larousse-Bordas, 1996, art "Syllabus", p. 5331-32)
" I. Panthéisme, naturalisme et rationalisme absolu [...]
II. On doit nier toute action de Dieu sur les hommes et sur le monde. [...]
II. Rationalisme modéré
XI. L'Église [...] ne doit, dans aucun cas, intervenir contre la philosophie [...].
III. Indifférentisme, latitudinarisme
XV. Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison. [...]
XVIII. Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion chrétienne [...].
IV. Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales
Ces erreurs sont à plusieurs reprises condamnées dans les termes les plus graves par l'encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846 [...] ; par l'encyclique Notis et Nobiscum, du 8 décembre 1849 ; [par d'autres encycliques]
V. Erreurs relatives à l'Église et à ses droits
XX. [...] il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. [...]
XXIV. L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. [...]
XXXVIII. Les nombreux actes arbitraires des Pontifes romains ont poussé à la division de l'Église orientale et occidentale. [...]
VI. Erreurs relatives à la société civile, considérée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l'Église
XXXIX. L'État, étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite. [...]
XLII. En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil prévaut. [...]
XLVII. La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires [...] soient affranchies de toute autorité de l'Église [...].
LV. L'Église peut être séparée de l'État, et l'État séparé de l'Église
VII. Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne
LXIII. Il est permis de refuser l'obéissance aux princes et même de se révolter contre eux. [...]
VIII. Erreurs concernant le mariage chrétien
LXVI. Le sacrement du mariage n'est qu'un accessoire du contrat [...].
IX. Erreurs sur le pouvoir temporel du Pontife romain
LXXVI. L'abrogation du pouvoir temporel dont le Saint-Siège est en possession servirait, même beaucoup, à la liberté et au bonheur de l'Église. [...]
X. Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne
LXXVII. À notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État [...].
LXXX. Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et faire un compromis avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. "
RERUM NOVARUM ou DE CONDITIONE OPIFICUM
ENCYCLIQUE « RERUM NOVARUM » SUR LA CONDITION DES OUVRIERS (1891) (extraits)
Encyclique sur la condition des ouvriers publiée par le pape Léon XIII le 15 mai 1891. Déplorant la disparition des corporations et la misère ouvrière, le pape condamnait le socialisme, car la question sociale ne devait être résolue par la lutte des classes. A la patience des ouvriers devait répondre l'humanité du patron (juste salaire, horaire décent, respect des femmes et enfants, respect du dimanche). Le pape envisageait l'intervention de l'Etat, mais tenait surtout au rôle des associations professionnelles (corporations ou syndicats). Cette encyclique fut jugée audacieuse à l'époque et devint la première charte du christianisme social.
(informations trouvées dans Michel Mourre, "Dictionnaire encyclopédique d'Histoire", éd. Larousse-Bordas, 1996, art. "Rerum Novarum", p. 4686)
" À tous nos vénérables Frères, les patriarches, primats, archevêques, évêques du monde catholique en grâce et communion avec le Siège apostolique. [...]
L'erreur capitale dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu'ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. C'est là une aberration telle qu'il faut placer la vérité dans une doctrine complètement opposée.
Car, [...] dans la société, les deux classes sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une de l'autre : il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l'ordre et la beauté ; au contraire, d'un conflit perpétuel il ne peut résulter que la confusion et les luttes sauvages. Or, pour dirimer ce conflit et couper le mal dans sa racine, les institutions chrétiennes possèdent une vertu admirable et multiple.
Et d'abord toute l'économie des vérités religieuses, dont l'Église est la gardienne et l'interprète, est de nature à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels, et avant tous les autres ceux qui dérivent de la justice.
Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l'ouvrier : il doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s'est engagé par contrat libre et conforme à l'équité : il ne doit point léser son patron ni dans ses biens ni dans sa personne ; ses revendications mêmes doivent être exemptes de violences et ne jamais revêtir la forme de séditions ; il doit fuir les hommes pervers qui, dans des discours artificieux, lui suggèrent des espérances exagérées et lui font de grandes promesses, lesquelles n'aboutissent qu'à de stériles regrets et à la ruine des fortunes.
Quant aux riches et aux patrons, ils doivent ne point traiter l'ouvrier en esclave, respecter en lui la dignité de l'homme, relevée encore par celle du chrétien. [...] Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user des hommes comme de vils instruments de lucre et de ne les estimer qu'en proportion de la vigueur de leurs bras. [...] Que le riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté et la misère et spéculer sur l'indigence sont des choses que réprouvent également les lois divines et humaines. Ce qui serait un crime à crier vengeance au ciel serait de frustrer quelqu'un du prix de ses labeurs. Voici que le salaire que vous avez dérobé par fraude à vos ouvriers crie contre vous, et la clameur est montée jusqu'aux oreilles du Dieu des armées (Jac. V, 4).
[...] L'obéissance à ses lois, Nous le demandons, ne suffirait-elle pas à elle seule pour faire cesser tout antagonisme et en supprimer les causes ? L'Église, toutefois, instruite et dirigée par Jésus-Christ, porte ses vues encore plus haut ; elle propose un corps de préceptes plus complet, parce qu'elle ambitionne de resserrer l'union des deux classes jusqu'à les unir l'une à l'autre par les liens d'une véritable amitié. [...]
Mais, dès qu'on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, c'est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres (Luc, XI, 41). C'est un devoir non de stricte justice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de charité chrétienne ; un devoir, par conséquent, dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine. [...]
Que chacun se mette à la tâche qui lui incombe, et cela sans délai, de peur qu'en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà grave. Que les gouvernants fassent usage de l'autorité protectrice des lois et des institutions ; que les riches et les maîtres se rappellent leurs devoirs ; que les ouvriers dont le sort est en jeu poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule [...] est capable de détruire le mal, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c'est la restauration des moeurs chrétiennes sans lesquelles mêmes les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire des salutaires résultats. - Quant à l'Église, son action ne fera jamais défaut en aucune manière et sera d'autant plus féconde qu'elle aura pu se développer avec plus de liberté, et ceci, Nous désirons que ceux-là surtout le comprennent dont la mission est de veiller au bien public.
[...] Comme gage des faveurs divines et en témoignage de Notre bienveillance, Nous vous accordons de tout coeur, à chacun de vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à vos fidèles, la Bénédiction apostolique dans le Seigneur.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 mai de l'année 1891, de notre Pontificat la quatorzième.
LÉON XIII, PAPE "
Vous trouverez un devoir (analyse avec correction) sur ce texte dans le site de Philippe Briat.
Sur Cliotexte, vous trouverez aussi l'Encyclique "Vehementer nos" condamnant la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France (1905).
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