L'astronomie au XVI-XVIIe siècle
Une démarche scientifique
« En assumant les mouvements que, dans l'ouvrage suivant, j'attribue à la Terre, j'ai finalement trouvé, après de longues et soigneuses recherches, que lorsqu'on rapporte les mouvements des autres planètes à la circulation de la Terre, et qu'on les calcule pour la révolution de chaque étoile, non seulement les phénomènes s'ensuivent nécessairement de là, mais encore l'ordre et la grandeur des étoiles et tous leurs [orbites] et le ciel lui-même sont si liés ensemble que dans aucune partie on ne peut rien transposer sans confusion pour le reste et tout l'univers. C'est pourquoi nous n'avons pas honte de soutenir que tout ce qui est au-dessous de la Lune, avec le centre de la Terre, décrit parmi les autres planètes une grande orbite autour du Soleil, qui est le centre du monde; et que ce qui paraît être un mouvement du Soleil est en réalité un mouvement de la Terre. »
Copernic, De Revolutionibus Orbium Coelestium, 1543.
Copernic explique son système au pape
«Figurons-nous un assemblage de membres détachés du corps humain, qui appartiendraient à des individus d'une taille et d'une conformation différentes. Si l'on s'avisait d'en composer un tout organisé, la disproportion des parties, leurs diverses configurations présenteraient l'aspect hideux d'un monstre, plutôt que la forme régulière de la figure humaine. Voilà les traits sous lesquels s'offrait à mes yeux l'édifice de l'astronomie ancienne.
Après de longues recherches, je me suis enfin convaincu :
Que le Soleil est une étoile fixe, entourée de planètes qui tournent autour d'elle et dont elle est le centre et le flambeau. Qu'outre les planètes principales, il en est encore du deuxième ordre, qui circulent d'abord comme satellites autour de leurs planètes principales, et avec celles-ci autour du Soleil
Que tous les phénomènes des mouvements diurne et annuel, le retour périodique des saisons, toutes les vicissitudes de la lumière et de la température de l'atmosphère qui les accompagnent, sont les résultats de la rotation de la Terre autour de son axe et de son mouvement périodique autour du Soleil.
Que le cours apparent des étoiles n'est qu'une illusion d'optique, produite par le mouvement réel de la terre et par les oscillations de son axe.
Enfin, que le mouvement de toutes les planètes donne lieu à un double ordre de phénomènes, qu'il est essentiel de distinguer, dont les uns dérivent du mouvement de la Terre, les autres de la révolution de ces planètes autour du Soleil.»
in Nicolas Copernic, De la révolution des orbes célestes, 1543, dédicace au pape Paul III.
Galilée (1564-1642) et l'Inquisition
"SENTENCE rendue le 26 février 1616: L'opinion que le Soleil est au centre du monde et immobile est absurde, fausse en philosophie, et formellement hérétique, parce qu'elle est expressément contraire à la Sainte Écriture.
ABJURATION faite le 23 juin 1633: Moi, Galileo Galilei,
(...) âgé de 70 ans, (...) agenouillé devant vous, éminentissimes et révérendissimes cardinaux de la république universelle chrétienne inquisiteurs généraux (...), je jure que j'ai toujours cru, que je crois maintenant, et que je croirai à l'avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Église catholique, apostolique et romaine ; (...) j'ai été jugé suspect d'hérésie pour avoir tenu et cru que le Soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n'était pas le centre et qu'elle se mouvait.
C'est pourquoi, voulant effacer des esprits de vos Éminences et de tout chrétien catholique cette suspicion véhémente... d'un coeur sincère et d'une foi non feinte, j'abjure, maudis et déteste les susdites erreurs et hérésies..."
in L'affaire Galilée, Émile NAMER, Éditions Gallimard
un extrait du « Dialogue » de Galilée
En 1616, le Saint-Office émet un décret interdisant la pensée copernicienne, à laquelle Galilée adhère complètement. En 1624, Galilée reprend tout de même l'écriture de son livre, "le Dialogue" concernant les deux grands systèmes du monde, qu'il termine en 1630. L'auteur a la maladresse de présenter le système copernicien cité dans l'ouvrage comme un fait et non comme une hypothèse. Il y apparaît très nettement la prise de position du savant en faveur du système copernicien, et non en faveur du ptolémaïque.
Le livre est publié à Florence, le 21 février 1632.
Ce dernier est, le 22 juillet 1632, retiré du commerce sous les ordres du Pape Urbain VIII, ancien ami de Galilée, et l'auteur est convoqué à Rome le 12 avril 1633 où il est mis en état d'arrestation. Puis, le 30 août 1634 comparaissant devant le tribunal de l'Inquisition, il est condamné à la prison à vie. Il abjurera tout de même la théorie de Copernic et sera donc autorisé à séjourner en maison d'arrêt. Tous ses ouvrages seront évidemment interdits.
«Salviati : Moi, je me demande si le Signor Simplicio n'a pas quelque peu altéré le sens des textes d'Aristote et des autres péripatéticiens, lesquels disent que le ciel doit être tenu pour inaltérable parce qu'on n'a jamais vu en lui s'engendrer ni se corrompre aucune étoile, alors qu'une étoile est une moindre partie du ciel que ne l'est de la Terre, une ville, et que d'innombrables villes ont été détruites au point qu'il n'en reste plus trace.»
«Sagredo : Pour moi, j'en jugeais tout autrement: je croyais que le Signor Simplicio évitait de produire des textes pour ne pas charger le maître [il s'agit d'Aristote] et son école d'une faute beaucoup plus lourde encore. N'est-il pas vain de dire que "la région céleste est inaltérable, parce qu'en elle aucune étoile ne s'engendre ni ne se corrompt" ? Quelqu'un a-t-il jamais vu un globe terrestre se corrompre et un autre s'engendrer ? Et n'est-il pas admis par tous les philosophes que très peu d'étoiles au ciel sont plus petites que la Terre, tandis qu'un très grand nombre sont plus grandes, et de beaucoup? La corruption d'une étoile au ciel n'est pas un moindre accident que la destruction du globe terrestre tout entier; si donc, pour qu'on puisse introduire la génération et la corruption dans l'univers, il faut que se corrompent et se régénèrent des corps aussi vastes que les étoiles, renonçons à en parler, car je vous assure bien que jamais on ne verra se corrompre le globe terrestre ou quelque corps intégral du monde, en sorte qu'après avoir été visible durant de longs siècles, il se dissolve et ne laisse aucune trace de lui-même. »
«Salviati : Mais pour donner surabondante satisfaction au Signor Simplicio et, s'il se peut, pour le tirer d'erreur, j'ajoute que notre siècle nous apporte des observations nouvelles et des faits nouveaux tels que si Aristote vivait aujourd'hui, je suis certain qu'il changerait d'opinion. Sa façon même de philosopher nous le prouve: quand en effet, il écrit qu'il tient les cieux pour inaltérables, etc., parce qu'on n'a jamais vu s'y engendrer rien de nouveau ni rien d'ancien s'y corrompre, il laisse implicitement entendre que, s'il avait été témoin de tels accidents, il aurait pensé le contraire et placé, comme il convient, l'expérience sensible avant la raison naturelle; car s'il n'avait pas voulu tenir compte du témoignage des sens, il n'aurait pas conclu de l'absence des mutations sensibles à l'immutabilité.»
« Simplicio : Aristote se fonde d'abord sur le raisonnement a priori et déduit de principes naturels, clairs et évidents, la nécessité de l'inaltérabilité du ciel, qu'il établit ensuite a posteriori par le donné sensible et les traditions des anciens.»
«Salviati : Ce que vous dites, c'est la méthode selon laquelle il a écrit sa doctrine, mais je ne crois pas que ce soit celle qui lui a permis de la trouver, car je tiens pour certain que, par la voie des sens, des expériences et des observations, il a d'abord pris soin de s'assurer, autant que possible, de la vérité de sa conclusion, et qu'ensuite il a cherché le moyen de la démontrer. Ainsi procède-t-on le plus souvent dans les sciences démonstratives, et cela parce que, si la conclusion est vraie, on retrouve aisément, en employant la méthode résolutive, quelque proposition déjà démontrée où on remonte à quelque principe évident; si au contraire, la conclusion est fausse, on procède indéfiniment sans jamais rencontrer aucune vérité connue, ou même on aboutit à une absurdité manifeste.»
Extrait du « Dialogo » de Galilée. Comme son nom l'indique, le texte entier est un long dialogue entre trois personnages :
Salviati : Il est l'incarnation de la pensée de Galileo Galilei et défend ses idées contre celles de Simplicio.
Simplicio : Il représente pour sa part la pensée aristotélicienne. Il est l'adversaire de Salviati dans ce débat. Son nom est en rapport avec un grand Aristotélicien : Simplicius.
Sagredo : Il est là comme témoin de la discussion. Il joue le rôle d'une personne qui doit choisir son camp et il fait tout au long des réflexions sur les réponses de Salviati.
Son vrai titre est : Dialogo sopra i due massimi sistemi tolemaico e Copernicano.
extrait trouvé sur http://www.nv2r.com/philosophie/Galilee/Galilee-aristote1.htm
Lettre de Galilée à l'un de ses correspondants français:
"Vous avez lu mes écrits et ainsi vous avez certainement compris quelle était la vraie et réelle cause qui a provoqué, sous le masque mensonger de la religion, cette guerre contre moi, qui continuellement me lie et me contraint en tout sens, de sorte qu'aucune aide ne peut venir de l'extérieur, et que je ne puis pas non plus me mettre en avant pour me défendre, car un ordre exprès a été donné à tous les inquisiteurs de ne point autoriser la réimpression d'aucun de mes ouvrages ayant été publiés il y a plusieurs années, ni de donner de permis d'imprimer à aucune de mes oeuvres nouvellesÉ un ordre, dis-je, très rigoureux et très large, contre tous mes ouvrages, omnia edita et edenda [ceux déjà édités comme ceux à paraître]; de sorte qu'il ne me reste plus qu'à succomber en silence sous le flot d'attaques, de dérisions et d'insultes venant de toutes parts."
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