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Une vision des Aborigènes dans un manuel français

Entre [...] = indications hors texte

 

Les aborigènes d'Australie vus par un manuel de 5è (1945-1948)

 


Tiré d'un manuel de géographie Magnard de 5ème et datant des années qui suivent la deuxième guerre mondiale, une vision oubliée du peuple du Rêve... mais malheureusement authentique.

 

Source :
Etienne Baron, Agrégé d'Histoire et de Géographie, Professeur au Lycée Rollin.
Géographie
Classe de cinquième et Cours complémentaires.
Editions Magnard, entre 1945 et 1948
La date n'est pas précisée, mais l'ouvrage fait mention de la capitulation du Japon et d'un futur Etat d'Israël... ce qui laisse un fourchette assez précise.

Ce texte se situe à la toute fin de ce manuel, dans la partie qui étudie l'Océanie. Après le texte du cours, le résumé, le questionnaire, les exercices et les devoirs, des lectures sont proposées aux élèves. Ce texte nous donne à voir ce que les enfants de cinquième apprenaient des aborigènes australiens dans ces années là. Le texte est ici intégralement reproduit. Je le précise parce qu'il est assez incroyable, en particulier en ce qui concerne la fin du deuxième paragraphe...

Si vous souhaitez découvrir un peu la civilisation Aborigène, quelques pistes :
L'article de Wikipedia
Un site d'information australien à destination des publics francophones
Le site d'une exposition organisée au Muséum de Lyon en 2004
et la lecture des passionnants polars ethnologiques de
Arthur Upfield (1888 - 1964) parus aux éditions 10/18
Je n'ai pas de références universitaires à vous proposer, hélas. Mais n'hésitez pas à me les communiquer.

Caroline Tambareau

 

" I - Les indigènes australiens

Lorsque les Européens explorèrent l'Australie, au XVIIIè siècle, ils ne rencontrèrent pas les animaux qui leur étaient familiers. Ils y découvrirent, au contraire, des races étranges, des « marsupiaux », comme la sarigue et le kangourou, qui portent leurs petits dans une poche placée sur leur ventre, ou cet animal bizarre, l'ornithorynque, qui a un bec de canard, pond des œufs et allaite ses petits. C'est que l'Australie, séparée depuis bien longtemps des autres continents, est une terre isolée où n'avaient jamais pu aborder les animaux des autres parties du monde. Cet isolement explique aussi que les indigènes, des « Papous » se rattachant à la race noire, en fussent encore, à l'arrivée des Européens, à l'âge de la pierre taillée. Ils n'ont fait depuis, d'ailleurs, aucun progrès.

Nus dans le nord ou il faut chaud, ils sont habillés dans le sud, où le climat est plus froid, de peaux de kangourous. Ils revêtent un tablier de cuir pour se protéger le corps quand il leur faut traverser le « scrubb », steppe parsemée de plantes épineuses. Ils se construisent parfois des abris contre le vent (un peu de terre molle autour de quelques poutres). Ils n'ont que des ébauches d'outils et d'armement en pierre polie, et le fameux boomerang, bâton recourbé, qui peut être lancé à 100 mètres et revient à sont point de départ s'il n'a pas touché le but (dans le cas contraire, il perd sa vitesse et tombe). Ils n'ont pu apprivoiser, sans même avoir réussi à le domestiquer, qu'un chien à demi-sauvage, le dingo. Ils vivent de poissons qu'ils prennent à la main, ou de gibier, car ce sont des chasseurs merveilleux. Il leur suffit de sentir les mottes de terre pour se guider. La nuit, rien qu'au toucher des pieds, ils reconnaissent et suivent une piste. Ils savent se glisser auprès des animaux, revêtus de la dépouille de l'un d'entre eux, en imitant à la perfection leur démarche. Quand ils sont assez près, ils bondissent sur leur proie, dont ils ont su ne pas éveiller l'attention. Parfois aussi, avec le dingo, ils poursuivent le kangourou. C'est pendant deux ou trois jours, sans répit, une course folle, l'animal sauteur arrivant, par bonds successifs, à faire 30km à l'heure. Ils finissent par terrasser la bête. Mais la chasse se termine parfois tragiquement, car le kangourou est un excellent boxeur. Traqué, il s'adosse à un arbre, se dresse sur ses pattes de derrière, et d'un seul coup de patte, peut éventrer un homme (d'après Privat-Deschanel, L'Océanie [1]). L'indigène d'Australie qui a capturé une grosse proie est d'une voracité inouïe. S'il n'a rien attrapé, il accepte de manger les nourritures les plus répugnantes : serpents, rats, lézards, limaces, vers, œufs pourris, entrailles d'animaux. Bon mari il ne mange sa femme qu'à la dernière extrémité et toujours après avoir préalablement mangé ses enfants.

Les indigènes d'Australie forment des tribus dont chacune a son emblème, c'est à dire son signe particulier, généralement, un animal. Ces tribus se font la guerre ; on mange parfois l'ennemi vaincu et tué, non seulement pour se nourrir, mais pour s'assimiler ses vertus : on dévorera les reins pour absorber son âme, on mangera son courage en avalant ses yeux ou brille la flamme du combat.

Le langage est très pauvre. Chaque tribu a sa langue, et son vocabulaire s'appauvrit sans cesse, parce que, après chaque décès, on supprime quelques mots en signe de deuil. Les plus savants des australiens peuvent compter jusqu'à 4, les autres ne savent compter que jusqu'à 2. Les blancs n'ont pu civiliser ces malheureux. Ils les capturent pour se faire guider par eux, car, à défaut d'intelligence, un merveilleux instinct leur fait découvrir les nappes d'eau souterraines. On peut leur confier des animaux à soigner. « L'indigène d'Australie est vraiment proche des animaux dont il se dit le frère : il les connaît, les comprend et, gardien de bestiaux incomparable, il se fait comprendre d'eux. » (Privat-Deschanel, op. cit.). Mais on ne peut lui faire comprendre à lui qu'il est possible de semer et de planter. il n'a guère pris à l'Européen que ses maladies et ses défauts. Décimée par la variole, la tuberculose et l'alcoolisme, la population indigène est en voie de disparition. (Elle ne compte plus guère que 75.000 individus)."


1) L'Océanie est le T10 de la Géographie Universelle de Vidal de la Blache

 

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